Presses de Sciences Po

  • Certains mondes sociaux font rarement parler d'eux. Celui des jeunes femmes de la campagne, cette partie de la jeunesse qui « ne pose pas problème » a priori, est l'un d'eux.Pour faire entendre la voix de celles qui ont grandi et qui vivent en milieu rural, Yaëlle Amsellem-Mainguy a sillonné des territoires ruraux très divers. Originaires de milieux populaires, les jeunes femmes qu'elle a rencontrées et dont elle restitue le quotidien et les aspirations occupent souvent des emplois au bas de l'échelle, quand bien même leur formation leur permettrait de prétendre à « mieux ».

    Yaëlle Amsellem-Mainguy est sociologue, chargée d'études et de recherche à l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP) et membre du Centre d'études et de recherches sur les liens sociaux (CERLIS).

  • La France, à l'instar de nombreux autres pays développés, s'est dotée depuis plusieurs décennies d'une organisation de la gestion de crise. Elle dispose d'un arsenal législatif et réglementaire complet, d'institutions spécialisées et de plans d'action. Elle organise régulièrement des exercices de simulation à l'échelle nationale ou locale. Comment expliquer l'impréparation face à la pandémie de la Covid-19 ?
    Les auteurs de cet ouvrage ont recueilli « in vivo » du matériau à chaque étape de la gestion de cette crise. Leur analyse des faits montre que l'exceptionnalité de la situation ne doit pas masquer des défauts de coopération structurels bien connus en sociologie des organisations : cloisonnement, alliances, désaveu du management intermédiaire, etc.
    Un retour d'expérience indispensable.

    Sociologue, Henri Bergeron est directeur de recherches au CSO (Centre de sociologie des organisations, CNRS Sciences Po).
    Directeur de recherches, Olivier Borraz dirige le CSO (CNRS Sciences Po).
    Sociologue, Patrick Castel est chargé de recherche au CSO (CNRS Sciences Po).
    Sociologue, François Dedieu est chargé de recherche à l'INRAE, membre du LISIS (Laboratoire interdisciplinaire sciences innovations sociétés).

  • La financiarisation de l'économie est une des lignes de force de la transformation du capitalisme. Elle passe par un changement des règles du jeu : suppression des règles qui empêchent la logique financière de s'exprimer pleinement, établissement de normes professionnelles qui ancrent cette logique financière dans la pratique quotidienne.

    La directive Solvabilité II, adossées aux développements les plus radicaux des mathématiques financières, incarne ce double mouvement. Appliquée depuis 2016, cette réforme du secteur assurantiel ne sépare plus la gestion des risques de l'optimisation de son activité. Alors que cette confusion est à l'origine de la crise de 2008, comment comprendre qu'elle ne soit pas mise en cause ? Une enquête sur le capitalisme contemporain.

    Sociologue et directeur de recherche CNRS au Centre de sociologie des organisations (CSO), Pierre François dirige l'école doctorale de Sciences Po. Ses travaux portent notamment sur la sociologie des entreprises et de leurs dirigeants.

  • Mouvements des « sans », des parapluies, des places, mais aussi Mai 68, grèves contre la « Loi travaille », mobilisations féministes et homosexuelles, contre-sommets altermondialistes, blocages d'universités, gilets jaunes... les mouvements sociaux constituent une composante essentielle et en constante évolution de la vie politique et sociale.

    Ce dictionnaire répertorie l'ensemble des concepts clés, traditionnels ou plus récents, pour les appréhender les formes contemporaines de la contestation.

    Olivier Fillieule est professeur de sociologie politique à l'Université de Lausanne (IEPHI-CRAPUL) et directeur de recherche au CNRS (CESSP, Paris-1-Panthéon-Sorbonne).

    Lilian Mathieu est directeur de recherche au CNRS (Centre Max Weber, ENS de Lyon).

    Cécile Péchu est maîtresse d'enseignement et de recherche à l'UNIL.

  • Une histoire globale (XVIIIe-XIXe siècles)

    Les récits de Conrad m'accompagnent depuis mon enfance. À cette époque, j'aimais surtout l'aventure, le bruit et le parfum de la mer. [...] Je pensais avoir mis de côté Conrad

    jusqu'à ce que, il y a quelques années, un ami [...] me dise : as-tu remarqué que tes terrains de recherche suivent à peu près les périples de Conrad ?

    Le livre de l'historien Alessandro Stanziani ne parle pas des voyages de Joseph Conrad, mais des travailleurs et des asservis que l'écrivain polonais a côtoyés : les serfs de Russie, les salariés et les marins des empires français et britannique, les esclaves et les immigrés de l'océan Indien. Il s'achève au Congo, dans les violences extrêmes perpétrées contre les indigènes par des compagnies coloniales en quête effrénée de profits.

    De la pensée des Lumières à l'évolution du droit et à la réalité des conditions de travail, Alessandro Stanziani montre par son approche globale que l'histoire du travail forcé ne peut se comprendre qu'en relation avec celle du travail libre. Les deux aires ne cessent de se superposer et de se répondre mutuellement pour écrire une seule et même histoire encore inachevée, celle d'une difficile émancipation.

    Directeur d'études à l'EHESS et directeur de recherche CNRS, Alessandro Stanziani a notamment publié Les Entrelacements du monde. Histoire globale, pensée globale (CNRS Éditions, 2018).

    Directeur de recherche CNRS, Alessandro Stanziani est directeur d'études à l'EHESS. Il est notammment l'auteur de Les entrelacements du monde. Histoire globale, pensée globale (CNRS éditions, 2018).

  • La lutte contre la pauvreté connaît une transformation majeure depuis la fin du XXe siècle. Longtemps au coeur d'une politique sociale inclusive, « les pauvres » sont désormais une catégorie d'individus qu'une administration tatillonne stigmatise, tout en leur dispensant d'insuffisantes prestations. Comment est-on passé d'un idéal d'insertion sociale à l'injonction de traverser la rue pour trouver un emploi ?
    Pour comprendre cette évolution, Frédéric Viguier retrace l'histoire de la cause des pauvres depuis 1945. Il décrit notamment le travail mené par des associations comme ATD Quart Monde ou la Fédération des acteurs de la solidarité dans les campements et les cités de transit de l'après-guerre et la façon dont elles ont, au fil des ans, porté cette cause sur les scènes administratives, politiques, médiatiques et scientifiques. Un combat qui s'est souvent soldé par des victoires à la Pyrrhus face aux représentants des hautes sphères de l'État social et à leur conception d'une bonne action publique.

    Normalien, agrégé de philosophie et docteur en sciences sociales, Frédéric Viguier enseigne les sciences sociales à l'Institut d'études françaises de New York University.

  • L'islam de France a cessé de se faire discret. Les jeunes générations désirent lui faire une place et, à travers lui, affirmer leur identité, dénoncer les discriminations, voire contester un modèle de société.
    L'engouement religieux et le communautarisme menacent-ils pour autant les libertés individuelles, la cohésion sociale et la paix ? Guerres et attentats menés au nom du fondamentalisme ne sont pas propices à l'analyse raisonnée ; c'est à elle pourtant que prétend cet ouvrage. Ni angélisme ni alarmisme du côté des auteurs, plutôt une analyse des faits à partir d'enquêtes de terrain et de témoignages. On y croise des étudiantes voilées, des entrepreneurs, des mères d'élèves de quartier sensible, des jeunes actifs de retour d'un pèlerinage à la Mecque, des délinquants rejoignant un islam rigoriste, des jeunes repérés par la Protection judiciaire pour « radicalisation ».
    Les écouter, prendre au sérieux leurs opinions, comprendre leur cheminement et interroger leurs rapports à la société et à la République, voilà des clés pour éclairer le jugement, combattre quelques idées fausses et mieux vivre ensemble.

    Lætitia Bucaille, vice-président de l'INALCO, et Agnès Villechaise, maîtresse de conférence à l'Université de Bordeaux, ont dirigié cet ouvrage auquel ont contribués:
    Vincent Tiberj, Leila Seurat, Sarah Aïter, Fabien Truong, Geneviève Zoïa, Laurent Visier, Laurent Bonelli et Fabien Carrié.

  • Un déguisement de princesse et un aspirateur pour les filles, un château fort et une voiture radiocommandée pour les garçons... On pourrait penser qu'un choix de jouets aussi stéréotypé appartiendrait au passé. Il n'en est rien. Une sexualisation de plus en plus marquée s'observe dans l'éducation comme dans tous les domaines de la vie sociale.

    Ces traitements différenciés ne sont pas systématiquement perçus comme des inégalités. Ils sont justifiés par des croyances en des distinctions essentielles, d'ordre « naturel », entre femmes et hommes. Un ensemble de discours psychologisants, de normes et de symboles en découle, qui a des conséquences multiformes sur les rôles assignés à chacun et chacune.

    Alors que la notion de genre a été promue par les sociologues pour révéler les rapports de domination, l'invoquer à tout propos, qu'il s'agisse de féminiser la langue ou de prôner la parité, instille l'idée que femmes et hommes sont toujours, partout et avant tout, non des personnes uniques mais des prototypes de leur groupe de sexe.

  • Les pesticides sont des produits dangereux. Pour cette raison, ils comptent parmi les substances chimiques les plus surveillées et ce, depuis des décennies. Des agences d'évaluation des risques contrôlent leur mise sur le marché et assurent une toxico-vigilance de leurs effets sur la santé.Comment alors expliquer l'accumulation de données épidémiologiques qui attestent la sur-incidence de pathologies chroniques - maladies neurodégénératives, hémopathies malignes, cancers - parmi les populations humaines les plus exposées, et en particulier les agriculteurs ?Pourquoi des résultats aussi inquiétants sont-ils si peu de répercussion sur les autorisations de mise en vente ?Le sociologue Jean-Noël Jouzel a mené l'enquête en France et aux États-Unis pour comprendre ce qui conduit les agences d'évaluation à ignorer volontairement certaines données scientifiques lorsqu'elles n'ont pas été élaborées selon les normes de la toxicologie réglementaire.Les industriels ont bien compris le profit qu'ils pouvaient tirer de cette routine normative. Ils ont en effet tout intérêt à suivre ce cadre, disposant par ailleurs des ressources matérielles nécessaires pour s'y conformer.

  • Avec la crise actuelle, toutes les sciences sociales sont confrontées à des remises en débat de leurs schémas de compréhension ou à l'émergence de nouveaux axes de recherche. Cette évolution pousse les chercheuses et les chercheurs vers des frontières interdisciplinaires : l'évolution des États providences, l'équilibre entre libertés publiques et contraintes collectives, la confiance interindividuelle et verticale, les relations de travail, l'enjeu environnemental, les relations internationales et de puissance commerciale, la compréhension de l'événement dans une démarche comparative et historique, les inégalités et la prospérité.
    Pour la première fois, les chercheuses et chercheurs de Sciences Po ont voulu ancrer leurs réflexions dans une production commune, accessible à tous.

    Professeur des universités en histoire et sociologie politique, Marc Lazar est président du Centre d'histoire de Sciences Po où il est aussi directeur du département d'histoire et président du Conseil scientifique.

    Professeur des universités en économie, Guillaume Plantin est directeur scientifique de Sciences Po.

    Directeur de recherche au CNRS, Xavier Ragot est président de l'OFCE.

  • Qu'est-ce que la ville fait au cinéma ? Qu'est-ce que le cinéma fait à la ville ?

    À travers les exemples de Paris et Marseille, deux métropoles qui font les yeux doux au cinéma, ou encore Versailles, Rome et Los Angeles, l'auteure s'intéresse à ce qui se joue entre un territoire, une ville, et la production d'une oeuvre cinématographique. Dans le temps éphémère où les films s'accomplissent, travailleurs du cinéma et travailleurs de la ville apprennent à combiner leurs actions pour rendre possible les tournages. À mesure que les équipes de film se les approprient, les lieux choisis pour servir de décor ne sont plus figés, circonscrits ni fermés au regard extérieur, ils s'ouvrent, deviennent malléables, se recomposent sans cesse au fil de multiples événements.

    Émaillé de témoignages, documents, anecdotes, tranches de vie de plateau, voici un « envers du décor » cinématographique peu usuel, sous le regard d'une sociologue cinéphile qui a observé des dizaines de tournages.

  • « On est la dernière personne à pouvoir les aider quand ils sont sur la table. » Ainsi une jeune légiste rencontrée dans cet ouvrage résume-t-elle sa vocation pour « la médico-légale ».
    Au terme d'une enquête singulière, menée pendant quatre ans au coeur du dispositif médico-légal français, l'auteur lève le voile sur un métier popularisé par les séries policières et pourtant méconnu. Il nous entraîne dans le quotidien de ces « blouses blanches » dont le rôle est de transformer les corps des victimes, vivantes ou mortes, en preuves judiciaires.
    Nous les suivons dans les salles d'autopsie où ils tentent de percer les secrets des cadavres, dans les cabinets médicaux où ils examinent les plaignants pour évaluer le degré de violence subie, et jusqu'aux tribunaux où les magistrats du parquet se saisissent de leur expertise. Nous écoutons leurs récits pour comprendre ce qui les a conduits, dans leur parcours personnel et professionnel, à exercer aux confi ns de la médecine et du droit une activité qui fait souvent d'eux de véritables juges en matière de faits de violence.
    Romain Juston Morival est maître de conférences en sociologie à l'Université de Rouen-Normandie, membre du Laboratoire DySoLab et chercheur affilié au Centre d'études de l'emploi et du travail.

    Romain Juston Morival, sociologue, est depuis 2019 chercheur affilié au Centre d'études de l'emploi et du travail, et maître de conférences en sociologie à l'Université de Rouen Normandie (Laboratoire DySoLab-IRIHS).

  • Omniprésente, la discrimination s'insinue dans toutes les étapes du parcours professionnel, de la candidature à l'embauche en passant par la perte d'un emploi et les chances de promotion. Elle se manifeste même dès les années d'éducation, in?uençant l'acquisition de compétences comme les choix de carrière. Les causes, le coût et la mesure des discriminations au travail font l'objet de multiples recherches et expérimentations, dont cet ouvrage novateur présente les résultats pour un large éventail de groupes sociaux : les femmes, les seniors, les LGBT, les minorités ethniques et religieuses, les personnes discriminées en raison de leur apparence physique.Cet ouvrage est aussi le premier à proposer une série de mesures qui, bien au-delà d'une approche strictement punitive, montrent que les discriminations au travail ne sont pas une fatalité et peuvent être combattues.

  • "Ce livre va au-devant dune population oubliée et hétérogène, celle des «précaires » : travailleurs pauvres, chômeurs en fi n de droits, mères seules avec enfants, bénéfi ciaires des minima sociaux ou personnes en hébergement durgence. Il sappuie sur une enquête réalisée lors de lélection présidentielle de 2012, qui cherchait à comprendre et à mesurer limpact de la précarité sur les rapports des individus à la politique, et sur des entretiens effectués dans des centres daccueil de jour et lieux de distribution alimentaire à Paris, Grenoble et Bordeaux.La lutte quotidienne pour la survie incite aux comportements individualistes, à la « débrouille » plus quà laction collective. Elle suscite un profond sentiment dinjustice face aux riches, mais ne pousse pas à la révolte. Le lien avec la politique institutionnelle nest pourtant pas rompu : les hommes et les femmes en situation de précarité suivent la campagne présidentielle, expriment des préférences,font davantage confiance à François Hollande quà Nicolas Sarkozy et plus à Marine le Pen quau candidat du Front de gauche.Ces positions se traduisent néanmoins rarement en bulletins de vote. Faute de dispositifs leur facilitant laccès à lespace public, les individus en situation de précarité demeurent, la plupart du temps, inaudibles."

  • Les personnes en situation de handicap souffrent d'une marginalité persistante face au monde du travail. Les chiffres français sont éloquents : 35 % de taux d'emploi, 19 % de taux de chômage. Pour comprendre un tel constat malgré les nombreuses politiques adoptées depuis le début du XXe siècle, l'auteure présente la situation de cette population sur le marché de l'emploi et passe en revue le foisonnement de dispositifs existants, pour la plupart mal connus et rarement évalués : quotas, droit à la non-discrimination, travail protégé et adapté, aménagements de poste, accompagnement vers et dans l'emploi, reclassement, etc.

    Cet état des lieux, éclairé des apports de la littérature internationale, montre l'importance d'un changement des pratiques et des représentations entourant le handicap au coeur des organisations, afin de favoriser l'embauche, la progression et l'épanouissement professionnels des personnes handicapées.

  • Dans sa course pour rester à la pointe de la recherche scientifique et des classements mondiaux, l'Université française n'en finit pas de se recomposer, enchaînant depuis trois décennies fusions, regroupements, créations, diversifications et mises en compétition.

    Fine connaisseuse des systèmes universitaires français et étrangers, Christine Musselin s'appuie sur les résultats de ses recherches menées depuis les années 1980 pour porter un diagnostic sur l'état actuel de l'enseignement supérieur et de la recherche en France. Afin d'accompagner la révolution en cours, des changements lui paraissent indispensables dans trois domaines : le pilotage de la recherche et de l'enseignement supérieur par les pouvoirs publics, le mode de gouvernance des universités, la gestion des carrières des enseignants et des chercheurs. Ses propositions ne manqueront pas de faire débat, et c'est exactement ce qu'elle souhaite.

  • « La victime [est] la grande oubliée du procès pénal. Quiconque assiste à un procès d'assises pour viol s'en rend rapidement compte. »Malgré la sévérité des textes et l'unanime réprobation sociétale, très peu d'affaires de viol sont portées devant l'institution judiciaire, la plupart sont classées, certaines sont requalifiées en simples agressions sexuelles et les rares condamnations semblent plus satisfaire l'opinion publique que les victimes elles-mêmes.Véronique Le Goaziou montre toutes les contradictions qu'il peut y avoir à défendre une cause collective et politique devant une instance qui ne traite que des affaires individuelles. Elle revient en détail sur ce qui motive les décisions des magistrats aux prises avec les délicates questions touchant à la violence, au désir et à la sexualité, et décrit le parcours des victimes tout au long d'un processus judiciaire parfois vécu comme un second viol.Face au traitement strictement pénal des violences sexuelles, qui privilégie la recherche de la faute et la sanction du coupable, ne serait-il pas temps d'écouter les victimes ? De leur demander ce qu'elles attendent de la justice comme de la société ? De trouver d'autres voies pour leur permettre de se reconstruire ?

  • Le mérite a la cote. Avec lui, l'idée que chacun est responsable de ce qui lui arrive, de ses succès comme de ses échecs, et l'espérance qu'en récompensant talents et efforts, on produira une société juste et efficace.La mise en exergue constante du mérite, sans tenir compte des inégalités (sociales, de genre, d'origine, etc.), est pourtant tout sauf anodine. Elle engendre de nombreux effets pervers : à l'école, où l'idéal de la formation de tous s'efface devant la sélection des plus « méritants » ; dans le monde du travail, quand se caler sur la réussite scolaire et le diplôme amène à négliger bien d'autres talents et à créer une concurrence délétère.Sans ôter tout mérite au mérite, ce livre invite à débattre de la place à lui accorder. Une société purement méritocratique, obsédée par l'égalité des chances, ne serait-elle pas source d'injustice, voire invivable ?

  • D'un côté les moins diplômés, dont l'emploi se dégrade, de l'autre les très qualifiés, enfants chéris d'une économie de plus en plus gourmande en compétences. D'un côté des emplois mal payés, sans intérêt ni perspective d'évolution, de l'autre des postes aux salaires élevés, des connaissances valorisées, des possibilités de carrière...

    Phénomène marquant des deux dernières décennies, la polarisation du marché du travail touche la plupart des pays. Elle se traduit par une explosion des écarts de rémunération et par un risque accru de chômage et de précarisation. Les causes sont multiples - changements technologiques, mondialisation, désindustrialisation, etc. - et leurs effets se renforcent mutuellement.

    Ce phénomène est-il inéluctable ? Avec la disparition des emplois intermédiaires assiste-t-on à la mort programmée de la classe moyenne ou parviendrons-nous à adapter nos économies à cette nouvelle donne ?

  • L'histoire de Mai 68 ne s'est pas écrite qu'à Paris, et ses auteurs ne sont pas que des étudiants. Partout en France, d'autres territoires, d'autres militants ont contribué à faire de la décennie qui suivit l'explosion de mai un « âge d'or des luttes », jouant parfois un rôle de catalyseur au plan national.C'est le cas de Marseille et des Bouches-du-Rhône, sur lesquels cet ouvrage porte un regard singulier. En dépouillant des archives récemment déclassifiées, notamment celles des Renseignements généraux, et en collectant de nombreuses interviews de soixantehuitards marseillais, il exhume une histoire sociale et politique inédite de la région. De la fin des années 1960 au milieu des années 1980, il dévoile une cité phocéenne à l'avant-garde de combats tels que la défense des travailleurs immigrés et la reconnaissance des mouvements féministes, lesbiens et homosexuels.Loin de la vulgate officielle centrée sur quelques figures médiatiques, Marseille années 68 fait revivre les actions de milliers de femmes et d'hommes « ordinaires » qui se sont engagés pour un monde plus juste et qui ont payé lourdement cet engagement, aussi bien sur le plan professionnel que personnel.Il réhabilite une époque et une génération souvent mises en accusation et instrumentalisées à des fins politiques.

  • Nul autre lieu que Dubaï, ville-carrefour d'une mondialisation néolibérale, n'incarne mieux les avantages associés à l'occidentalité et à la blanchité. Au travers des récits d'une centaine d'habitants, expatriés ou en contrat local, recueillis par l'auteure, les Occidentaux installés à Dubaï se profilent comme un groupe social à part entière. Ils partagent l'expérience d'être structurellement privilégiés tant sur le marché du travail que dans la sphère intime, même si des hiérarchies de genre, classe, race et sexualité les traversent : tous les titulaires d'un passeport occidental, notamment français, n'en bénéficient pas de la même manière. À Dubaï, l'occidentalité n'est pas seulement mobilisée pour classer, légitimer, regrouper et mettre à distance, elle l'est aussi pour se distinguer des autres élites de la ville globalisée, avec la conviction d'être en avance dans tous les domaines, professionnel, conjugal, familial et domestique. Un regard vif et singulier sur les reconfigurations actuelles de l'hégémonie occidentale.

  • La vie au travail construit les individus, autant que l'appartenance sociale et la formation. Dès les années 1970, Renaud Sainsaulieu révolutionne l'école française de sociologie des organisations en mettant en lumière l'effet culturel central de l'activité professionnelle.Pour éprouver la construction de sa propre identité au travail, l'auteur se fait ouvrier en usine. Il relate cette expérience dans ce livre puis, mêlant la sociologie et la psychologie, distingue différentes cultures au travail - négociation, retrait, affinités, fusion, etc. - pour démontrer que les organisations sont des lieux d'apprentissage et de définition de soi.Réalisée à une époque charnière de tertiarisation de l'économie, de renouvellement des structures d'encadrement et d'arrivée massive des femmes dans les emplois de bureau, l'analyse se prolonge bien au-delà de l'atelier ouvrier. Comme l'écrit Norbert Alter dans la préface de cette quatrième édition, l'entreprise est « l'un des lieux de socialisation centraux du monde contemporain et de ce fait dispose d'une responsabilité sociale ».

  • Depuis vingt ans, le problème climatique s'est hissé au sommet de l'agenda mondial, et un processus multilatéral s'est mis en place pour y répondre. Or, les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, responsables des dérèglements climatiques, ont atteint un niveau record en 2013.Comment apprécier le bilan de ces négociations ? Revenant sur le traitement politique du changement climatique, du protocole de Kyoto à aujourd'hui, les auteurs proposent une analyse de ces enjeux et d'une gouvernance qui suscite autant d'attentes qu'elle crée de désillusions.Est-il possible de changer de paradigme, alors que le monde connaît des accélérations majeures et se voit confronté à de multiples crises ? Dans quel cadre repenser le défi climatique pour y faire face et l'inscrire dans le champ des futurs ? Une référence sur le changement climatique et les questions stratégiques qu'il pose : rapports entre science et politique et rôle des experts, évolution de la géopolitique du climat, transition énergétique en Europe, aux États-Unis et dans les grands pays émergents, articulations entre problème climatique et globalisation, entre adaptation et développement.

  • « J'étais la seule femme dans la grande salle de la mairie avec plein d'hommes qui se connaissaient tous et n'ont pas pris la peine de se présenter. Je ne comprenais pas les débats et j'ai commencé à poser des questions. Ils ont posé leur stylo et croisé les bras. »Les parcours de militantes retracés dans ce livre témoignent des difficultés quotidiennes rencontrées par les femmes ayant osé pénétré ces bastions masculins que sont les syndicats. Alors qu'elles ont massivement investi le marché du travail depuis les années 1970, leur représentation syndicale n'a commencé à devenir une réalité qu'à partir des années 2000.L'enquête menée par l'auteure auprès de syndiquées en France et au Royaume-Uni montre que les femmes n'ont réussi à faire entendre leur voix dans ces instances que grâce à des politiques d'égalité volontaristes. Et l'étude approfondie des grandes mobilisations pour l'equal pay au Royaume-Uni atteste que pour défendre leur cause, elles ont dû renoncer aux actions syndicales traditionnelles pour s'emparer des armes du droit et mener des recours en justice.À travers des récits riches et touchants sur un sujet peu visité, celui de la parole syndicale des femmes, tout un pan de la réalité sociale se dévoile ici.

empty