• Rigoureuse indépendance vis-à-vis du pouvoir politique et formation très poussée, moyens matériels efficaces, tout cela, certes, est indispensable au corps judiciaire pour répondre aux demandes croissantes d'une société sans cesse plus complexe, qui tolère mal l'injustice (ou ce qu'elle tient pour tel) et dont les membres réclament de plus en plus qu'une tierce autorité les départage en cas de conflit. Encore faut-il que le magistrat qu'il soit agent de la société (procureur) ou bien organe de la loi (juge) sache que l'impartialité ne procède que de lui seul. Il doit se savoir dépendant d'abord de son milieu, de ses croyances, de ses amitiés, de ses inimitiés ; il doit être conscient des effets inattendus, parfois dévastateurs de la violence qu'il est chargé d'exercer ; enfin, il doit concilier l'irresponsabilité que son statut organise et se sentir responsable des sanctions qu'il est amené à prendre. Conditions ô combien difficiles à remplir.Pierre Truche a accompli une grande carrière dans la magistrature : il a été le « premier magistrat de France » en occupant de 1996 à 1999 le poste de premier président de la Cour de cassation, après une longue activité de procureur. Il a en outre été directeur des études à l'Ecole nationale de la magistrature (1974-1978), membre de la Commission Justice pénale et droits de l'homme en 1991, président du Comité de réflexion sur la création d'un tribunal international appelé à juger les crimes commis dans l'ex-Yougoslavie en 1993 et président de la Commission de réflexion sur la justice en 1997. C'est à la fois en humaniste et en expert qu'il s'interroge ici sur ce qu'aujourd'hui la nouvelle donne sociale requiert des hommes et des femmes qui rendent la justice.

  • En 1987, dans la nuit du 3 au 4 juillet, la cour d'assises du Rhône prononçait pour la première fois en France, une condamnation pour crimes contre l'humanité contre Klaus Barbie, pour des faits commis entre février 1943 et août 1944. Cette décision, en ce qu'elle retenait une qualification ignorée lors des procès ayant suivi la Libération, avait connu en France un grand retentissement, mettant durablement en mémoire ce qu'avaient été le génocide et les crimes contre l'humanité perpétrés par le régime nazi.
    Revenant sur cet événement juridique et historique majeur qu'a été le procès Barbie, cet ouvrage dresse un état des lieux mémoriel de la France de 1987 pour mieux appréhender les enjeux de ce procès et en mesurer les conséquences tant au niveau de la justice que de l'histoire et de la mémoire. Cet ouvrage est issu d'un colloque organisé à l'Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines les 10, 11 et 12 octobre 2007 à Lyon et qui a réuni principalement des universitaires et des magistrats : Jean-Marc Baïssus (magistrat et directeur général de la fondation pour le droit continental) William Bourdon (avocat à la cour, fondateur de l'association Sherpa) Elisabeth Claverie (anthropologue, directrice de recherche au CNRS, elle a travaillé sur la mémoire des victimes de Bosnie) - Laurent Douzou (historien, professeur à l'université Lumière Lyon II) Antoine Garapon (magistrat et secrétaire général de l'Institut des hautes études sur la justice) Daniel Gonin (expert psychiatre au procès Barbie) Joël Hubrecht (chercheur à l'Institut des hautes études sur la justice, il a publié Crimes de masse et responsabilité individuelle : la place du droit et ses alternatives) Jean-Paul Jean (avocat général près la cour d'appel de Paris, professeur associé à l'Université de Poitiers) Claude Jorda (juge français, ancien président du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, juge à la Cour pénale internationale) Marcel Lemonde (président de chambre à la cour d'appel de Paris et co-juge d'instruction au Tribunal spécial Khmers rouges) Andréa Lollini (professeur de droit constitutionnel à l'université de Bologne) Rafaëlle Maison (professeur de droit international public à l'université de Picardie) Michel Massé (professeur à l'université de Poitiers spécialiste de droit pénal international) Denis Salas (magistrat, enseignant à l'École nationale de la magistrature et secrétaire général de l'Association française pour l'histoire de la justice) Johannes Schwartz (historien, doctorant au Centre de recherches de l'anthropologie historique à l'Université d'Erfurt) Françoise Sironi (psychologue-psychothérapeute, maître de conférences à l'université Paris 8 et à l'Institut d'études politiques de Paris, expert près la Cour d'appel de Paris, auteur de Psychopathologie des violences collectives) Bernard Thomann (maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales) Pierre Truche (procureur général au procès Barbie, Premier Président honoraire de la cour de cassation et président de l'Association française pour l'histoire de la justice).

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