• L'étude de la religion romaine soulève nombre de problèmes. Au-delà de la similitude des termes religieux, encore en vigueur de nos jours, il existe des différences fondamentales de sens et d'interprétation. Par ailleurs, le terme «  Romains  » lui-même recouvre des réalités très diverses selon l'époque, le lieu et le statut de chaque individu. On ne peut donc parler globalement d'une religion romaine et le choix a été fait ici d'entendre par Romains tous les citoyens romains et leurs dépendants vivant à Rome ou dans les cités romaines.
    Des textes et des images illustrent cette étude revue et augmentée, que l'auteur a voulue structurelle plutôt que chronologique. Un tableau des événements marquants de la République puis de l'Empire romain, une bibliographie et un index donnent au lecteur les instruments de travail et de compréhension.

  • Foisonnante, inventive, en prise constante avec la vie de la Cité, la religion romaine diffère radicalement de nos religions modernes. Elle n'exigeait en effet aucune croyance conforme à une doctrine, ne connaissait ni pratique méditative, ni lectures de textes sacrés, ni prières contemplatives et intériorisées. Les " fidèles " des dieux romains n'étaient pas des croyants pris dans leur vie religieuse personnelle, mais des citoyens conçus dans leur être collectif et leurs aspirations communautaires.

    Dans la Rome antique, tout acte collectif possédait un aspect " sacré ", et tout acte religieux un aspect civique. C'est cet univers rituel singulier que revisite ici le grand spécialiste de l'Antiquité John Scheid, prenant appui sur les avancées les plus récentes de l'archéologie. Temples des dieux, bâtiments communautaires, règles de consécration, calendriers liturgiques, actes divinatoires, pouvoir des auspices, rites de purification, rôles sacerdotaux tenus par les consuls, gouverneurs, centurions, présidents de collèges d'artisans, pères de famille...

    John Scheid souligne l'extraordinaire vitalité des rites romains, met en exergue leur puissance d'incantation et leur ambition de réunir à chaque instant les hommes et les dieux. Il décrypte aussi le rôle social des sacrifices et offrandes d'animaux, de végétaux cuisinés, de vin, d'encens...

  • Au prisme d'une conception chrétienne de la religion, la relation que les Anciens entretenaient avec leurs dieux et la place qu'ils leur accordaient dans la cité paraissent déroutantes. Dans la religion de la Rome antique, il n'était question ni de Révélation ni de dogmes, pas même de transcendance. À tel point que les philosophes et les théologiens de l'époque romantique ont dénié à la piété romaine son caractère de " vraie foi ". Aux yeux de ses détracteurs, cette religion civique, indifférente à la relation émotionnelle et spirituelle qui se nouerait entre Dieu et l'homme, ne pouvait qu'occulter le " véritable sacré ".
    Chose étonnante, bien que des décennies de recherches historiques aient documenté les cultes antiques au plus près de la manière dont les Anciens les pratiquaient, certains travaux contemporains continuent de voir en eux une " non-religion ", par opposition à une " religiosité " supposée universelle.
    En s'attachant à réfuter ces théories, ce livre offre une réflexion sur le phénomène religieux et son inclusion dans la société dont la résonance avec les débats contemporains sur la laïcité n'est peut-être pas fortuite. C'est pourquoi la controverse ne met pas seulement aux prises une approche confessionnelle et une approche historique de la question ; elle met en jeu le droit à l'altérité en matière de religion.
    Historien, spécialiste de l'Antiquité romaine, John Scheid est professeur au Collège de France. Il a notamment publié Quand faire c'est croire : les rites sacrificiels des Romains (Aubier, 2005 ; 2011) et Pouvoir et religion à Rome (Pluriel, 2011).

  • La religion des Romains a mauvaise réputation. Comparée aux religions universelles dites du Livre, elle paraît dénuée d'intérêt. Ignorant l'idée de révélation, dépourvue de croyances et de dogmes, elle ne se compose que de rites et d'obligations rituelles. C'est précisément ce ritualisme qui a longtemps été mal compris, voire méprisé. Or rites et sacrifices peuvent manifester une pensée théologique ou philosophique implicite : ils mettent en scène les hiérarchies qui existent dans ce monde-ci et dans l'au-delà, entre les hommes et les dieux, entre les dieux eux-mêmes, et entre leurs partenaires humains. Ainsi, la découpe d'un boeuf, l'ordre de distribution des parts de viande ou même la manière de les consommer en disent long sur les relations entre les dieux et les humains.

  • D'où viennent les mythes? Comment se fabriquent-ils? Et comment les comprendre? Si Lévi-Strauss oppose le mythe à la poésie, et en fait une structure indépendante de la langue, John Scheid et Jesper Svenbro nous montrent au contraire à quel point les mots, les noms et les objets sont au cœur de l'élaboration du mythe. Car le récit mythique ne se fait pas malgré les mots mais à partir et au moyen d'eux. Ce n'est pas par hasard que le périmètre d'Alexandrie a été délimité avec de la farine plutôt qu'avec de la craie : il fallait marquer le caractère nourricier d'une ville appelée à devenir prospère et cosmopolite. Et si la lyre a le pouvoir de sortir Eurydice des Enfers, c'est parce que selon le récit de son invention, elle a été conçue à partir d'une carapace de tortue morte. Car en donnant voix à la tortue qui était jusque-là condamnée à demeurer toute sa vie dans sa maison/tombe, et dont le nom, qui doit être dérivé du latin tartaruca, signifie " bête du Tartare ", le mythe inverse le cycle vie/mort en un cycle mort/vie. Ces exemples ne résultent pas d'une heureuse coïncidence découverte après coup mais illustrent bien la condition, préalable et parfaitement consciente, de l'élaboration du mythe. De la fondation de Carthage aux exploits d'Héraklès, en passant par le destin tragique d 'OEdipe, John Scheid et Jesper Svenbro nous invitent à une passionnante relecture de grands mythes de l 'Antiquité.

  • Lumières, lumière

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    Depuis la nuit des temps, la lumière a fasciné et inquiété les hommes. Dans l'Antiquité, les cultes solaires étaient importants, et les historiens des religions du XIXe siècle leur ont donné une plus grande importance encore, au point de vouloir comprendre toutes les divinités antiques comme des métaphores du Soleil. Très tôt, les hommes ont tenté d'expliquer les manifestations de la lumière, en particulier par la pratique de l'astronomie, et proposé des théories diverses qui ont abouti non seulement à des cosmologies, mais aussi à la physique et à ses innombrables applications. Ainsi, qu'elle soit un phénomène visible ou un rayonnement électromagnétique invisible, la lumière entre en jeu dans un grand nombre de technologies modernes. À côté de ces développements scientifiques, les penseurs européens du XVIIIe siècle ont recouru à la métaphore de la lumière pour définir une démarche intellectuelle ayant pour fin d'éclairer les esprits (Lumières, Enlightenment, Aufklärung), alors que la création artistique n'a cessé de mettre en oeuvre la lumière ou l'obscurité dans la représentation ou la transfiguration de la réalité. Cet ouvrage regroupe les contributions du colloque tenu au Collège de France à l'automne 2015. John Scheid est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de Religion, institutions et société de la Rome antique (2002-2016). Introduction d'Alain Prochiantz, administrateur du Collège de France, titulaire de la chaire des Processus morphogénétiques. Avec les contributions de Dominique Charpin, Marc Fontecave, Serge Haroche, Pascale Hémery, Anne-Marie Lagrange, Alain de Libera, Jean-Noël Robert, Daniel Roche, José-Alain Sahel, Philippe Walter, Claire Wyart. 

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