• Deux semaines après l'assassinat de Samuel Paty, François Héran publiait dans
    La Vie des idées une " lettre aux professeurs ". Ce texte ayant beaucoup circulé, et suscité quelques vives réactions, l'auteur en développe ici les arguments. Les caricatures qui désacralisent le religieux sont-elles sacrées ? La diffusion des caricatures est-elle indépendante de l'État ? Comment la liberté de conscience et la liberté d'expression, ces " tours jumelles ", ont-elles évolué depuis 1789 ? Peut-on outrager les croyances sans outrager les croyants ? Qu'en est-il au sein des établissements scolaires ?
    Dans son hommage à Samuel Paty, Emmanuel Macron défendait les caricatures, tout en appelant à revoir l'enseignement de l'Histoire, à combattre les discriminations, à pratiquer le respect mutuel. François Héran le prend au mot et s'attaque, avec des arguments percutants, à ceux qui nient l'existence de l'islamophobie, du racisme structurel et des discriminations systémiques. C'est dans ce déni que se loge la véritable
    cancel culture, note-t-il avec malice.
    Implacable et vif, pédagogique et précis, cet essai récuse les tentations extrêmes. Sa méthode : mettre en balance les grands principes avec discernement. Sa philosophie : recréer le lien social autour de la règle d'or du respect réciproque.

  • En France, les sujets liés à l'immigration se succèdent en rafale : crise des réfugiés, débats sur l'islam et la laïcité, mises en cause du droit du sol, de la double nationalité ou du regroupement familial, sans compter les milliers de fugitifs qui tentent, souvent au prix de leur vie, de rejoindre l'Europe. Dans ce livre salutaire, François Héran décortique les grands arguments de ce débat sur l'immigration et le remet en perspective, dans ses dimensions à la fois démographiques et politiques.
    En France, les " problèmes de l'immigration " se succèdent en rafale, dans un débat récurrent attisé par les cycles de la vie politique et en particulier le rythme de la présidentielle : crise des réfugiés, islam et laïcité, droit du sol, double nationalité, regroupement familial, " jungle " de Calais...
    François Héran replace les arguments de ce débat dans une perspective démographique et politique. Il revient notamment sur l'ère Sarkozy : neuf années de mainmise sur la politique migratoire de la France, mais pour quel bilan ? Abandon de la politique d'" immigration choisie ", persistance de l'immigration dite " subie " mais légale : en fin de compte, une personne sur quatre vivant en France est immigrée ou enfant d'immigré. Le volontarisme ultra rêve encore, cependant, de faire sauter le verrou des droits fondamentaux.
    Soulignant le progrès des connaissances sur l'immigration, l'auteur réfute les erreurs grossières de certains politiques (Marine Le Pen en tête) et essayistes médiatiques (tel Éric Zemmour). Il revisite la question de la citoyenneté : " droit du sang " et " droit du sol " sont en fait deux versions d'un même droit, le droit du temps. Sans occulter les obstacles à l'intégration, il la montre aussi à l'oeuvre, comme dans ce gymnase de banlieue où chacun, sans distinction d'origines et de croyances, vient donner son sang, peu importe à qui.
    Au final, une approche sereine et réaliste. Ni pour ni contre l'immigration : avec elle, tout simplement.

  • Les migrations internationales, au-delà des épisodes spectaculaires qui polarisent l'attention et soulèvent les passions, sont une composante ordinaire de la dynamique des sociétés, mais continuent de faire l'objet de visions très contradictoires. Si l'analyse démographique permet de cerner l'ampleur des migrations, il faut mobiliser d'autres disciplines pour saisir toutes leurs dimensions - géopolitique, historique, anthropologique, économique, mais aussi juridique et éthique. Car les migrations, liées à l'origine aux besoins des économies nationales, sont de plus en plus alimentées par la logique des droits universels. Une mutation à la fois décisive et fragile.

  • Les hommages à Claude Lévi-Strauss privilégient les dimensions littéraire ou écologique de l'oeuvre sans s'attarder aux études de parenté.Or, le meilleur hommage à rendre à une oeuvre scientifique est de la discuter scientifiquement. Souvent présentée comme une révélation jaillie du terrain amazonien ou de la rencontre avec Jakobson, la modélisation structurale de la parenté doit être replacée dans l'histoire des sciences. Dès 1939, Marcel Granet avait énoncé la typologie complète des systèmes de parenté, réduisant l'inceste à une « faute de jeu » et valorisant la « réciprocité élargie » des alliances.
    Partant du modèle Granet/Lévi-Strauss, l'enquête parcourt les formalisations de la parenté du droit romain à nos jours, en privilégiant la notion de bifurcation, sexuée ou non. On découvre qu'hommes et femmes sont interchangeables dans la théorie classique de l'alliance, à moins d'être séparés par un écart d'âge structural. Que les classifications cognitives de la parenté ruinent les interprétations démographiques. Que les locuteurs ne confondent pas l'individu avec ses équivalents structuraux : ego n'est pas quelconque mais quelqu'un. Et qu'il faut réfuter les théories déterministes qui prétendent loger des ressorts inconscients dans les structures de parenté, comme l'ordre mathématique des choses, l'intérêt caché (Pierre Bourdieu) ou le contact des chairs (Françoise Héritier).
    Nourri d'exemples anciens (Égypte pharaonique, Rome impériale, Europe classique...) ou actuels (Sahara, Inde du Sud, Australie, Nouvelle-Guinée...), l'ouvrage est émaillé de 240 « diagrammes de structure » spécialement conçus pour exposer au regard et à la critique les postulats de la logique structurale.

  • À quoi tiennent les archaïsmes de la société andalouse qui ont, tour à tour, enchanté les folkloristes et indigné les sociologues ? On les impute volontiers à l'emprise de la bourgeoisie urbaine : au lieu d'investir dans l'industrie, elle a racheté les grands domaines vendus comme Biens nationaux à partir de 1836. Mais ce bourgeois qui a délogé le noble et le chanoine des campagnes de Séville, quel était son système de valeurs ? Rentier ou entrepreneur, latifundiaire ou agriculteur ? L'auteur concentre ici ses efforts sur la plus fortunée des familles bourgeoises de Séville, les Vazquez Gutierrez. En dépit d'une agitation sociale endémique, des aléas démographiques et d'une norme de partage très égalitaire, elle parvint à accumuler une immense fortune le long du Guadalquivir. Archives notariales et archives privées, cadastre et presse agricole, permettent d'en suivre le destin depuis la fin du XVIIIe siècle. La fortune familiale est le fruit d'investissements de tous ordres : économique, éducatif, matrimonial, politique, religieux ou onomastique, dont la cohérence devient visible dès qu'on observe le patrimoine plus que la propriété, le réseau de parenté plus que l'individu. Moment décisif de l'histoire andalouse, le basculement de la grande propriété dans la logique du marché donne encore prise à une anthropologie historique qui éclaire le présent.

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