• " Ils sonnent à l'interphone, s'annoncent, entrent, ouvrent leur casier fermé à clef, y déposent leurs sacs, leurs manteaux, se lavent soigneusement les mains au savon, pendant plusieurs secondes, chacun leur tour, sans parler, sèchent leurs mains avec du papier puis les passent sous une pompe géante de solution hydro-alcoolique, se les frictionnent longtemps, sèchent leurs mains avec du papier, enfilent chacun une blouse jaune transparente, Vincent attache celle d'Alice dans le dos, Alice attache celle de Vincent.
    Ils ouvrent la porte qui sépare César du reste du monde. Chaque matin, après avoir accompli tout cela, Alice met la main sur la poignée de la porte, chaque matin elle prend une grande inspiration, ferme les yeux et dit tout bas : j'espère que la nuit s'est bien passée. Chaque matin.
    En réalité chaque matin elle se demande : mon bébé est-il mort ? "

  • Les divorce hotels promettent de divorcer en un week-end, sans tracas ni démarches interminables, dans un souci de médiation, de bonne humeur, et même de bien-être. L'Hôtel du bord des larmes est l'un de ces hôtels. En ce vendredi de début d'été, il accueille Cécile et François, désolés d'en arriver là, pas très convaincus par l'idée, mais bien décidés à rompre ce mariage tout en préservant leur fille : ce que l'amour a fait mourir, la famille qu'ils étaient les oblige à le laisser en vie. Au cours de ces deux jours, ils vont revivre les émotions qui les ont unis puis séparés, accepter de prendre leurs distances... et faire de nouvelles rencontres. Et ça, ce n'était pas prévu.
    À travers les aventures touchantes et drôles de ses jeunes personnages, Elsa Flageul dessine un portrait acide et très subtil de la difficulté à vivre des nouvelles générations.

  • Clin d'oeil au film Baisers volés de François Truffaut, ce roman cinéphile confronte trois points de vue sur une même rencontre amoureuse. Émouvant, délicat et sensible, Madame Tabard n'est pas une femme se lit comme on regarde un film... de la Nouvelle Vague, évidemment.
    Tandis que résonnent dans la salle du Royal Palace les premières répliques du film Baisers volés, Hannah, la jeune projectionniste, se souvient. Enfant, lorsqu'elle vivait seule avec sa mère, un homme s'était présenté chez elles, un soir, sous le nom farfelu de " Fabienne Tabard ", un des personnages féminins du film de Truffaut. En vérité, ce n'était autre qu'Antoine, l'homme dont sa mère venait de tomber amoureuse et qu'Hannah rencontrait pour la première fois. Drôle, léger, séduisant, mais papillonnant d'un coeur à l'autre, Antoine se révéla hélas incapable d'aimer, et finit par disparaître de leurs existences. Certaines rencontres ont pourtant un effet à retardement, et certaines coïncidences nous inciteraient presque à croire au destin. À moins que ce ne soit la " magie du cinéma " ? Dans la pénombre du Royal Palace, un dénouement inattendu se prépare... Peut-être un happy end ?Hommage à la passion du cinéma qui pénètre nos inconscients au point d'influencer nos vies, ce roman à trois voix est construit comme un flash-back qui remonte les époques jusqu'à nos jours. Récit triangulaire entre une fille, sa mère et son amant, l'intrigue nous livre trois facettes d'une histoire commune. Comment une jeune fille se construit-elle avec comme modèle celui d'une mère qui ne parvient pas à retenir l'homme qu'elle adore ? Qu'attend encore de l'amour une femme célibataire de quarante ans ? Que peut bien se raconter à lui-même un homme sans attaches - et fier de l'être - pour justifier son incapacité à s'engager ? Grâce au charme de son écriture toute en finesse, Elsa Flageul épouse avec la même véracité les réflexions de chacun de ses trois personnages et dévoile, par touches subtiles, l'intimité de leurs pensées. Un conte de fées moderne, mais sans mièvrerie.

  • Les mijaurées

    Elsa Flageul

    • Julliard
    • 4 Février 2016

    En 1992, Lucile et Clara entrent en quatrième dans un collège parisien des beaux quartiers. Différentes des autres élèves, elles se rapprochent et nouent, envers et contre tous, un lien indéfectible. Les années 1990 s'achèvent, un nouveau siècle voit le jour. Inséparables, Lucile et Clara cherchent à se faire une place dans ce monde qui ne les attend pas et que la crise et l'arrivée du sida fragilisent. Leur duo, aussi incandescent, aussi amoureux que le sont les amitiés adolescentes, est une armure pour se jeter dans une existence qu'elles imaginent ensemble, toujours. En 2001, les tours jumelles s'effondrent à New York, et la vie continue, avec ses échardes, ses blessures, la maladie, la passion, la mort, avec aussi parfois des rêves qui se réalisent... Lucile et Clara, ensemble, oui, mais jusqu'à quand, et surtout, comment ?De son écriture précise, chatoyante et musicale, Elsa Flageul nous livre un récit universel sur la force, et parfois la violence, de l'amitié.

  • Les araignées du soir

    Elsa Flageul

    Victor aime Véra, mais Véra, elle, aime Nigel, lui-même, marié avec Violette... Dans ce chassé-croisé amoureux où la jalousie des uns tente de contrer le bonheur des autres, se dessine un conte moral, âpre et cruel, écrit d'une plume tout en finesse.
    Depuis l'âge de douze ans, Victor aime Véra, avec patience, avec détermination, certain d'incarner l'image solide du chevalier qui protégera sa belle de toutes les avanies. Parce qu'elle a fait de lui son inséparable et unique confident, il s'est imaginé qu'elle serait à lui un jour, pour toujours. Mais Victor et Véra ont grandi. Huit ans plus tard, Véra est une jeune femme qui attend l'aventure comme on cherche à reprendre son souffle : avec espoir, avec fièvre. Un jour, l'aventure frappe enfin à sa porte sous les traits de Nigel, un écrivain anglais de vingt ans son aîné et marié de surcroît. Véra en tombe follement amoureuse. Quoi de plus humiliant pour Victor que de se voir soudain relégué au second rôle ? La femme de Nigel, Violette, a elle aussi bien du mal à supporter le coup de foudre de son mari pour une gamine surgie de nulle part. Alors qu'ils n'étaient qu'amour et dévouement pour l'élu de leur coeur, Victor et Violette découvrent au fond d'eux-mêmes des sentiments aussi sombres que troublants : le dépit, le ressentiment, et leur inséparable corollaire : la haine. Chacun dans leur coin, ils vont ourdir une vengeance qui sera, pour l'un, mesquine et dégradante, pour l'autre, folle et démesurée, mais sans doute plus salvatrice qu'elle n'y paraît. Jusqu'où peut bien conduire le désespoir amoureux ? Dans cette fable intense et lapidaire, quatre personnages, fragiles et un brin mélancoliques, se succèdent dans une ronde où le monologue de chacun recompose un pan de cette histoire qui les relie les uns aux autres. Elsa Flageul y dépeint l'empreinte indélébile des amours de jeunesse, l'amertume du délaissement, puis les conséquences d'une jalousie incontrôlable. Mais avec beaucoup de sagacité, c'est aussi la poursuite du bonheur qu'elle sonde, montrant ses inévitables victimes collatérales, ces blessures irrémédiables infligées à ceux qu'on sacrifie. Comme dans la vie réelle, ici personne n'est innocent. Chacun doit prendre sa part de cruauté, assumer la violence de ses actes. En témoigne le climax du récit, qu'il ne faut surtout pas dévoiler... Si la délicatesse du style contraste avec la véhémence des sentiments, comme pour mieux les mettre en valeur, on retrouve dans Les Araignées du soir ce ton singulier de l'auteure mêlant fraîcheur et gravité de l'enfance. Avec ce sens inné du rythme de la phrase, sa ponctuation originale, l'apparente simplicité de sa prose en réalité très maîtrisée, et cette élégance de ne jamais peser, Elsa Flageul prouve ici encore son grand talent de styliste. Sa petite musique a un charme fou.

  • Louise a dix ans lorsqu'elle assiste avec sa mère à la cérémonie de transfert des cendres de Jean Monnet au Panthéon. C'est là qu'elle aperçoit pour la première fois en chair et en os le président de la République, dont la silhouette sombre, coiffée d'un feutre noir devenu légendaire, la bouleverse instantanément. Un sentiment irrévocable de familiarité s'impose à elle. Elle le sait, elle le sent : François Mitterrand ne peut être que son propre père. Louise s'empresse alors de révéler son secret à sa meilleure amie. Mais en réalité, Louise, dite Loulou, ne voit son véritable père que par intermittence depuis que ce dernier a quitté le foyer familial pour une autre femme. Maladroit, distant, empêtré dans sa culpabilité, il peine à exprimer à sa fille l'amour qu'il lui porte. Bien malgré elle, la petite Loulou va le pousser à briser la glace. Un premier roman parfaitement maîtrisé et très attachant d'une jeune auteure pleine de promesses. Grâce à la fraîcheur d'une langue qui semble avoir fait peau neuve rien que pour elle, Elsa Flageul parvient avec grand talent à s'immiscer dans les pensées d'une enfant à l'imagination débordante. Son écriture est d'un naturel aussi désarmant que séduisant. Sa maturité nous surprend tout autant. Et son optimisme nous réjouit, puisque dans ce très émouvant récit la tendresse l'emporte sur l'amertume.

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