La découverte

  • " Contre le chômage, on a tout essayé ", disait François Mitterrand en 1993. L'économiste américaine Pavlina Tcherneva vient rappeler que rien n'est plus faux, à condition d'accepter de modifier notre façon de voir l'économie. Face à une vision où le chômage est un " mal nécessaire ", un ajustement utile, elle défend l'idée que la priorité doit être de donner un emploi à tous ceux qui désirent travailler. Une telle idée n'est pas utopique, elle correspond simplement à une volonté politique.
    En assurant un " emploi pour tous ", la garantie d'emploi assure aussi un " nouveau contrat social " où l'action publique est libérée du chantage des entreprises, tout en étant capable de répondre aux défis actuels de la société. Certes, il y aura toujours des crises, mais ceux qui en paieront le coût ne seront pas les travailleurs et les chômeurs. L'ajustement de l'économie se fera ailleurs et la cohésion sociale n'en sera que renforcée.
    Avec cette garantie, les besoins de la société seront satisfaits et la démocratie locale renforcée. C'est pourquoi la garantie d'emploi est une part indissociable du Green New Deal : une société débarrassée du risque du chômage et du chantage à l'emploi se donne pleinement les moyens d'une action déterminée sur le front de l'écologie, tant en termes de moyens disponibles que d'action. Et elle le fait en améliorant la vie quotidienne de millions de citoyens.

  • Les boulots de merde sont partout : fatigue, ennui, servitude et finances en berne. Mais qu'est-ce qui définit un boulot de merde ? Du distributeur de prospectus au cost-killer en audit, du mécano externalisé à la personal shopper pour emplettes de luxe, enquête à travers le vaste territoire de ceux qui, à leur insu ou non, relèvent à différents titres de cette catégorie.
    Pas un jour sans que vous entendiez quelqu'un soupirer : " Je fais un boulot de merde. " Pas un jour peut-être sans que vous le pensiez vous-même. Ces boulots-là sont partout, dans nos emplois abrutissants ou dépourvus de sens, dans notre servitude et notre isolement, dans nos fiches de paie squelettiques et nos fins de mois embourbées. Ils se propagent à l'ensemble du monde du travail, nourris par la dégradation des métiers socialement utiles comme par la survalorisation des professions parasitaires ou néfastes.
    Comment définir le boulot de merde à l'heure de la prolifération des contrats précaires, des tâches serviles au service des plus riches et des techniques managériales d'essorage de la main-d'oeuvre ? Pourquoi l'expression paraît-elle appropriée pour désigner la corvée de l'agent de nettoyage ou du livreur de nans au fromage, mais pas celle du conseiller fiscal ou du haut fonctionnaire attelé au démantèlement du code du travail ?
    Pour tenter de répondre à ces questions, deux journalistes eux-mêmes précaires ont mené l'enquête pendant plusieurs années. Du cireur de chaussures au gestionnaire de patrimoine, du distributeur de prospectus au "
    personal shopper " qui accompagne des clientes dans leurs emplettes de luxe, de l'infirmière asphyxiée par le "
    lean management " au journaliste boursier qui récite les cours du CAC 40, les rencontres et les situations qu'ils rapportent de leur exploration dessinent un territoire ravagé, en proie à une violence sociale féroce, qui paraît s'enfoncer chaque jour un peu plus dans sa propre absurdité. Jusqu'à quand ?

  • Sous la direction de Margaret Maruani, Je travaille donc je suis est un ouvrage pluridisciplinaire constitué de contributions débattant autour d'une hypothèse forte : l'analyse de la place des femmes et des hommes sur le marché du travail est un fil rouge pour comprendre le statut de l'un et l'autre sexe dans la société. Le travail est au coeur des rapports de genre. Et à l'inverse : les logiques de genre sont indispensables à la compréhension du fonctionnement des activités laborieuses.
    Dès l'après-Seconde Guerre mondiale, l'accès au travail rémunéré a été au coeur des revendications des mouvements féministes occidentaux. En parallèle, cette question de l'activité laborieuse a constitué un champ privilégié pour les travaux de recherche pionniers sur les femmes. En ce début de XXIe siècle, marqué par une " crise " économique de long terme, une augmentation de la précarisation et un chômage endémique liés aux politiques néolibérales, l'analyse de la place des femmes et des hommes sur le marché du travail reste un passage obligé pour comprendre, beaucoup plus largement, les formes nouvelles de la domination masculine.
    Rassemblant une trentaine d'auteur·e·s issu·e·s de différentes disciplines et pays,
    Je travaille, donc je suis propose d'éclairer, dans une perspective internationale et à travers des objets d'étude novateurs, les débats contemporains articulant genre et travail. Cet ouvrage s'appuie sur une hypothèse forte : le travail est une fenêtre sur le monde social - sur ses hiérarchies, ses tensions, mais aussi sur ses transformations - et l'analyse de la place des femmes et des hommes sur le marché du travail doit rester au coeur de toute réflexion sur l'émancipation des femmes.

  • Un vaste ensemble de contributions de chercheurs pour mieux comprendre les chaînes causales complexes qui font du travail un facteur de maladie ou de santé. Comprendre les liens entre santé et travail, c'est se donner les moyens d'agir.
    Analyser la santé au travail, c'est analyser le travail et ses transformations, les déterminants organisationnels et managériaux de l'activité, les contraintes qui pèsent sur elle et les ressources que les salariés mobilisent pour sa réalisation. C'est aussi analyser les transformations historiques de l'identification, de l'objectivation (scientifique, médicale, statistique) et de la prise en charge des pathologies dont le lien avec le travail est avéré ou suspecté. Entre conflits et définition de normes de protection ou de prévention, la santé au travail se négocie. Cette négociation ne porte pas que sur la reconnaissance et la réparation des maladies dites professionnelles ; elle influe sur le travail lui-même et détermine ses conséquences pour la santé. Les contributions d'historiens, sociologues, économistes, ergonomes, psychologues, épidémiologistes, rassemblés dans cet ouvrage, sont issues de travaux de recherche parmi les plus innovants dans ce domaine. Elles associent l'examen des déterminants " objectifs " de la santé au travail à celui des processus sociaux qui président à cette objectivation. Leurs terrains d'observation et d'expérimentation s'attachent au poste de travail, à l'entreprise, à la branche et aux niveaux national et international, et visent à mieux comprendre les chaînes causales complexes qui font du travail un facteur de maladie ou de santé. Elles mettent ainsi en évidence les contraintes, mais aussi des marges de liberté. Mieux comprendre les liens entre santé et travail, c'est se donner les moyens d'agir.

  • Des pionnières du féminisme ou de la recherche, des hommes et des femmes politiques, des syndicalistes, des ouvrières et des artistes, des migrantes et des militantes : cette mosaïque de portraits mélange les genres, les âges et les positions sociales. Ce livre rassemble des parcours parus dans la revue Travail, genre et sociétés de 1999 à 2019.
    Des militantes du MLF ou des féministes africaines et américaines côtoient des caissières et des femmes de ménage en grève, des ténores du barreau, d'ancienn·e·s ministres ou député·e·s cheminent aux côtés de chercheur·e·s de différentes disciplines et pays. Au fil des pages, l'on rencontre une écrivaine magrébine, une cheffe d'orchestre, une pilote de ligne, une bergère argentine, une paysanne chinoise, une migrante latino-américaine, une exilée turque...
    Il n'y a pas de fil conducteur dans ce recueil de parcours intellectuels, politiques et sociaux, mais un dénominateur commun : Leurs trajectoires témoignent d'une lutte pour la cause des femmes, du féminisme ou de l'égalité, chacun·e le décline à sa manière et avec ses mots. Ce sont des propos de femmes (en grande majorité) et d'hommes (minoritaires mais présents) qui viennent de France, du Royaume-Uni, d'Allemagne, du Maghreb, d'Afrique subsaharienne, de Turquie, des États-Unis, du Quebec, d'Amérique Latine, de Chine pour nous conter des histoires de vie passionnantes et passionnées.

empty