• Le Conseil et le Bureau du commerce constituent l'instance principale de l'administration royale du commerce au XVIIIe siècle. Bien que le roi n'assiste jamais aux séances hebdomadaires, cette institution, créée en 1700 et dissoute en 1791, a contribué à modeler l'économie française de l'époque. Installée au sommet d'une pyramide institutionnelle, elle est étroitement associée à l'élaboration et à l'application du droit économique, exerçant un véritable pouvoir par procuration en matière d'édiction de la norme. La très influente présence, en son sein, de députés du commerce la crédibilise aux yeux des forces vives de l'économie. Par ailleurs, une intégration institutionnelle forte tend à la solidariser, de façon presque organique avec les chambres de commerce, les corporations et les manufactures. Contrairement à une vision quelque peu réductrice d'une économie « dirigiste », le Conseil/Bureau du commerce, durant la première moitié du siècle, opère une économie d'une nature profondément conventionnelle. Concrètement, cette institution est le point de rencontre de toutes les entités intéressées au commerce et le rapport de force s'avère ambigu entre le pouvoir et les opérateurs privés. Durant la seconde moitié du siècle, le Bureau du commerce change radicalement de politique, voire de doctrine, pour mettre en oeuvre un libéralisme économique « premier ». Le langage employé et l'intériorisation de concepts économiques et idéologiques nouveaux montrent le degré de pénétration de ce libéralisme.

  • Créée en 1875, la Banque de l'Indochine est la plus grande banque française à avoir opéré hors d'Europe sous la IIIe République. Bénéficiant du privilège d'émission pour l'Indochine, elle a su ne pas se contenter de gérer une position favorable et élargir considérablement son champ d'action, tant d'un point de vue géographique que pour ce qui concerne ses opérations : elle combina bientôt les caractéristiques d'une banque coloniale et celles d'une banque d'affaires. Volontairement interrompue en 1939, année qui constitue en tous points une césure, l'étude pionnière de Yasuo Gonjo dresse pour toute cette période un tableau précis des succès et des échecs, des différentes phases d'expansion de la Banque de l'Indochine qui fut un exemple cardinal du dynamisme et de l'esprit d'entreprise des milieux bancaires français, et fut partie prenante de cette sorte d'union sacrée entre banques et États pour ce qui concerne la politique coloniale. Plus avant, il met au jour les facteurs de succès de cette banque - en particulier la répartition des bénéfices et le mode d'approvisionnement en capitaux - qui furent, par la suite, repris par toutes les multinationales ; il évalue l'influence réelle d'une telle banque sur le développement de la colonie indochinoise et la pénétration, à un rythme très lent, du capitalisme en Asie orientale. Bref, l'ouvrage de référence de Yasuo Gonjo permet d'aborder les problèmes, en particulier financiers, de la colonisation, du rôle de l'État dans l'économie, et de percevoir plus précisément les mécanismes décisionnels et les contingences globales auxquelles une grande banque, et toute grande entreprise, doit s'adapter.

  • Cet ouvrage et étudie le destin de quelque cent vingt officiera de finance de la première moitié du XVIe siècle. Il analyse leur rôle dans l'appareil monarchique, en s'interrogeant sur leurs méthodes de travail et sur l'ampleur de leur engagement au service du roi. Fortement impliqués dans les circuits de l'argent, ces hommes sont souvent dénoncés pour leurs malversations : ces accusations sont-elles fondées ? La réussite sociale des officiers de finance transparaît d'abord dans l'étude de leurs fortunes, avec pour objectif de comprendre le processus de leur enrichissement, puis dans celle de leurs réseaux, dont il faut mesurer l'efficacité. Par rapport aux puissants du royaume, ils occupent une position originale, étant à la fois leurs clients et leurs créanciers. Dans leur désir de se fondre au sein des élites sociales, les gens de finance tentent de concilier volonté de mimétisme et singularité de leur position. Cette singularité découle de la place suspecte de l'argent dans leur parcours et de la rapidité de leur ascension. L'étude minutieuse de ce groupe restreint est donc mise par Philippe Hamon au service d une large réflexion sur le fonctionnement de la société et de la monarchie dans la France de la Renaissance.

  • Les péages constituent sous l'Ancien Régime un motif fréquent de plaintes de la part des voituriers qui dénoncent les lenteurs et les surcoûts imposés à la circulation marchande. Plus encore, le péage est mis en cause au XVIIIe siècle dans sa fonction et ses fondements. Attentive à la diversité des acteurs et des intérêts en jeu, Anne Conchon s'attache ici à montrer comment l'institution du péage s'est progressivement modifiée, pour survivre au démantèlement de la féodalité qui l'avait engendrée. La monarchie avait créé en effet une commission, chargée dans un premier temps de vérifier la légalité des perceptions et de réviser les tarifs, avant de tenter, sans y par-venir, de supprimer les péages. Ce n'est qu'après l'abolition des droits féodaux par la Révolution française, que l'État conféra à cette fiscalité une légitimité nouvelle. Cette redéfinition du péage, au cours du XVIIIe siècle, n'est pas seulement le fait d'une monarchie incapable de réformer sans achopper sur l'épineuse question des privilèges. Elle s'inscrit, plus généralement, dans les mutations économiques et sociales qui traversent en profondeur le siècle des Lumières.

  • L'importance des archives comptables médiévales n'est plus à démontrer. Elles ont nourri nombre d'études d'histoire sociale, économique ou institutionnelle. En revanche, l'élaboration des comptes en tant que documents n'a pas donné lieu à une enquête d'ensemble. L'ambition de ce livre, ...

  • Les septièmes « Rencontres internationales de la gestion publique », organisées en juin 2008 par l'Institut de la gestion publique et du développement économique en partenariat avec l'OCDE, ont eu pour thème : « Évaluer les politiques publiques pour améliorer l'action publique ». En France l'évaluation des politiques publiques s'inscrit dans une actualité nouvelle. L'article 47-2 de la Constitution en consacre, en effet, l'obligation. Toutefois les tentatives d'évaluation effectuées depuis 1989 en ont donné une image négative : études lourdes et absconses, ne ébouchant guère sur des décisions ; travaux enlisés dans des comités pléthoriques... Comment alors relever le pari de la Constitution tout en ne reproduisant pas les erreurs réelles ou supposées du passé ? L'expérience internationale peut être une source d'inspiration, en permettant notamment de dégager une voie moyenne entre les audits rapides et l'évaluation ou en invitant à renforcer le travail entre les évaluateurs, les administrations et la société civile. La confrontation de regards différents et d'expertises plurielles permet à l'action publique de déboucher sur de meilleurs résultats. La France dispose de la LOLF et de la RGPP : comment bâtir sur ces bases en s'inspirant de l'expérience de pays qui pratiquent également une gestion par programmes ? Cet ouvrage trace un tableau des préoccupations concrètes que rencontrent divers pays dans le développement de l'évaluation : Royaume-Uni, Espagne, Suède, Italie, France, Pays-Bas. Les multiples questions de méthodes, de stratégies, et les relations entre les acteurs sont ici abordées. Cet ouvrage s'adresse à ceux qui s'intéressent à l'évaluation mais également aux questions sociales, notamment à celles relatives à l'organisation des débats publics dans le cadre de la mise en oeuvre de politiques publiques.

  • Malgré les clauses du traité de Versailles, le Reich a réussi, à la fin des années 20, son redressement économique. Mais la crise de 1929 révèle la fragilité financière de cette renaissance. La France, dont le stock d'or est important, refuse son concours à l'Allemagne et c'est alors que les deux pays se replient sur leurs espaces nationaux, ...

  • Dans la famille des dictionnaires, et en particulier ceux des élites ou des grands corps, celui des inspecteurs des Finances était attendu. Comme les autres, sans doute, il contient des notices biographiques détaillées, en l'espèce celles des 1 217 membres des promotions qui s'égrènent de 1801 à 2009. Mais il s'en distingue aussi. D'abord, par la richesse des articles rédigés par une quarantaine d'auteurs, qui y analysent dans leur diversité les parcours, les pratiques et les activités des inspecteurs au cours des deux siècles écoulés. Ensuite, par l'analyse des figures singulières de soixante-deux inspecteurs, connus ou méconnus, qui ont marqué de leur empreinte la vie économique financière et politique. Si on y ajoute les nombreuses annexes, on prend la mesure du fait que ce dictionnaire est conçu à la fois comme un état des lieux provisoire des études scientifiques sur les membres de ce corps et sur l'institution, mais aussi comme un outil de travail durable en vue de recherches nouvelles.

  • De 1491 date du mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne à 1547 fin du règne de François Ier la Bretagne vit une étape importante de son histoire qui la voit passer du statut de principauté quasi autonome à celui de province intégrée au royaume. De cette évolution on a gardé le souvenir de l'édit d'Union de 1532, qui a défini les relations entre la Bretagne et la France jusqu'à la Révolution de 1789. L'étude de la politique menée par la monarchie dans le domaine financier au cours de la première moitié du XVIe siècle montre que cet acte n'a constitué que l'aspect le plus « spectaculaire » d'un processus d'intégration plus long et plus complexe engagé de façon résolue dès 1491 et poursuivi au-delà de 1532. Il s'est traduit par un remodelage profond de l'administration héritée de la période ducale, par une mainmise sur les ressources de la province et par un choix attentif du personnel chargé de la perception des impôts. Sans rencontrer d'opposition majeure, ce processus a connu des phases d'accélération- sous Charles VIII et après 1524- et des moments de temporisation surtout après 1498 quand Anne de Bretagne profitant de la restauration de ses pouvoirs ducaux a tenté de rétablir l'autonomie de la principauté bretonne.« À la lecture du travail important de Dominique Le Page, on comprend tout ce que peut apporter l'analyse des milieux administratifs à la connaissance des rapports entre l'État et les populations du royaume. Lorsqu'il démonte les mécanismes de fonctionnement de la centralisation monarchique, lorsqu'il met en relief l'enjeu politique des réformes financières et le rôle éminent des gens de finances, il apporte une pierre solide à la connaissance de la croissance de l'Etat français moderne en même temps qu'il incite à porter un regard neuf sur les modalités administratives et humaines de la disparition des grands États princiers médiévaux ». Jean Kerhervé

  • Cette thèse de doctorat d'État soutenue en 1989 sous la direction de M. Jean Bouvier (+) et de M. René Girault renouvelle l'histoire politique et économique du XXe siècle. L'auteur étudie les mutations de l'État entre la crise des années trente et l'amorce de la forte croissance à la fin des années quarante sans oublier les années de guerre et d'occupation. Si l'étude porte avant tout sur les aspects économiques et financiers, les hommes et les "mentalités" ne sont pas pour autant négligés et retrouvent là une place de choix dans l'analyse des décisions politiques et stratégiques. This book, which was originally a PhD thesis defended in 1989 under the direction ofJean Bouvier and René Girault, offers a fresh view of mid-20th century political and economic history. The author examines how the French State changed through the crisis of the 1930s, the war, the German occupation and the beginnings of strong growth in the late 1940s. Its primary focus is the economic and financial aspects of this period, but society and its prevailing attitudes are also examined, and are given pride of place in the book's analysis of political and strategic decision-making. Esta tesis de doctorado de Estado, dirigida por Jean Bouvier y René Girault y defendida en 1989, ha renovado la historia política y económica del siglo XX. El autor estudia las mutaciones del Estado entre la crisis del decenio de 1930 y el inicio del fuerte crecimiento económico de finales de la década de los cuarenta, sin omitir los años de la guerra y la ocupación alemana. Aunque se estudian sobre todo los aspectos económicos y financieros, no se pasan por alto los hombres y las "mentalidades", ya que ocupan un puesto privilegiado en el análisis de las decisiones políticas y estratégicas.

  • Cette thèse de doctorat d'État soutenue en 1989 sous la direction de M. Jean Bouvier (+) et de M. René Girault renouvelle l'histoire politique et économique du XXe siècle. L'auteur étudie les mutations de l'État entre la crise des années trente et l'amorce de la forte croissance à la fin des années quarante sans oublier les années de guerre et d'occupation. Si l'étude porte avant tout sur les aspects économiques et financiers, les hommes et les "mentalités" ne sont pas pour autant négligés et retrouvent là une place de choix dans l'analyse des décisions politiques et stratégiques.

  • À l'heure de l'après-guerre froide et de la reconversion des ex-pays de l'Est à l'économie de marché, La France, l'aide américaine et la construction européenne constitue un ouvrage de référence pour tous ceux que soucie le devenir de l'Europe. Dans cette somme que forment la thèse qu'il a soutenue en 1988, ...

  • Jean Monnet est mal connu ! Celui qui est considéré comme le « père de l'Europe », parmi d'autres cependant, ne s'est affirmé sur ce créneau que tardivement, à plus de 60 ans, au moment de la déclaration Schuman du 9 mai 1950. Auparavant, l'homme avait eu plusieurs vies : chargé, à son initiative, d'organiser les comités de ravitaillement de la France et de la Grande-Bretagne durant la Première Guerre mondiale, il devint secrétaire général adjoint de la SDN de 1919 à 1923. Commence alors une étape pendant laquelle il développe son goût pour les affaires financières internationales, objet de ce livre. Banquier d'investissement avec la firme Blair and Co., fondateur d'une banque d'affaires, la Monnet, Murnane and Co., investisseur malheureux dans la Bank of America de Giannini en Californie durant les années de crise, puis chargé en 1932 d'organiser un consortium financier international pour développer la Chine de T. V. Soong, la China Development Finance Corporation (CDFC), en s'appuyant sur des banques américaines et françaises. Jamais il n'aura été autant globe-trotteur, voyageant sur les grands paquebots entre la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis, le Canada puis la Chine et le Japon. Point d'Europe unie dans ces activités qui, semble-t-il, l'ont finalement lassé. C'est pourquoi il répond en 1938 à l'appel de Daladier pour acheter des avions américains. Une autre histoire commence alors ; celle du banquier Monnet est terminée. Ce livre présente des textes originaux de chercheurs, Gérard Bossuat, Renaud Boulanger, Pierre de Longuemar, Philippe Mioche, Yuichiro Miyashita, qui éclairent ce moment des activités de Jean Monnet. La difficulté était d'accéder à des sources fiables, dispersées, pour une période moins bien documentée que celles qui suivent. Ils font apparaître la complexité et la richesse relationnelle d'un banquier d'affaires avant la Seconde Guerre mondiale, préoccupé d'affaires internationales, financières certes, mais au plus près des milieux politiques internationaux et impliqué dans la grande histoire des relations internationales.

  • À l'été 2008, la planète tremble en découvrant l'ampleur de la crise financière. Les subprimes deviennent en quelques semaines une réalité dévastatrice. Peut-on considérer que l'échec a eu une vertu et que du séisme est sorti un bien ? Sans doute, mais à quel prix ? Success story, demande de régulation, crise, faillite, échec, tels sont les axes d'une réflexion à laquelle l'Association française d'histoire économique (AFHÉ) a voulu participer à l'occasion de son dernier congrès, les 4 et 5 octobre 2013. Les travaux présentés dans cet ouvrage font varier les échelles d'analyse - temporelle, spatiale et sociale - et révèlent les multiples dimensions de l'échec, puisque celui des uns forge parfois le succès des autres et peut avoir des retombées imprévisibles, pas nécessairement négatives, que l'on se place au niveau des individus, des familles, des sociétés ou de l'humanité tout entière. Lorsque pointe l'échec, plusieurs options s'ouvrent : c'est l'heure des choix. Faut-il opter pour une gestion prudente ? Réorienter l'activité et se faire plus offensif ou au contraire abandonner un créneau, un projet ? Renoncer, persévérer, recréer ? L'échec peut alimenter le repli et le conservatisme autant que l'innovation et la prise de risques. Si la remise en cause est une vertu possible de l'échec, quels en sont les lieux et les outils ? On trouvera ici vingt-quatre interventions inédites organisées en cinq thèmes qui rendent compte de la richesse des approches : les usages sociaux de la faillite ; l'histoire des entreprises ; les espaces transfrontaliers et politiques en Europe ; les districts et les territoires ; les institutions et les politiques publiques. Si le thème de réflexion peut surprendre par sa formulation antinomique, l'introduction d'Aldo Schiavone, « Quelques hypothèses sur les temps qui nous attendent », confirme la justesse de l'intuition originale.

  • Cet ouvrage présente, dans une perspective comparatiste et sur la longue durée, les moyens de mobilisation des ressources publiques des États médiévaux et modernes, dont les besoins de fonds sont accrus par les guerres. Couvrant six siècles de l'histoire de l'Europe occidentale, ...

  • Gérer l'argent du roi... Voilà la mission prestigieuse et délicate que se charge d'accomplir le Bureau des finances de Lyon dans sa généralité, l'une des plus importantes du royaume, sinon par sa taille du moins par la densité de sa population. Impositions, domaine royal et voirie forment les activités de ce collège de magistrats à la fois moqué, redouté, envié, plusieurs fois supprimé mais toujours rétabli. Les notions de maîtrise des finances publiques, de contrôle budgétaire et comptable s'affinent lentement. Ces opérations, expressions parmi les plus sensibles du pouvoir parce qu'en prise directe non seulement avec les populations mais encore avec l'Histoire, donnent corps à un droit administratif qui tend à se différencier de plus en plus du droit privé. Elles reflètent l'affirmation d'un pouvoir royal en pleine expansion. Elles éclairent aussi le développement d'une province qui cherche à asseoir sa spécificité et à faire reconnaître son identité. Au travers d'archives exceptionnellement bien conservées, Karine Deharbe retrace le destin de cette institution de 1577 à 1790. Elle offre ici un nouvel éclairage de l'histoire financière, politique et administrative d'une région qui faillit devenir capitale de la France.

  • Coûteuse, inégalement partagée, l'information est une arme décisive face à l'incertitude. Les travaux économiques récents, s'éloignant de l'orthodoxie néo-classique, ont mis en valeur le rôle central de l'information dans le fonctionnement des marchés. De fait, du XVIe au XIXe siècle, quand s'intensifient les circulations et les relations commerciales, les différents acteurs marquent leur appétit d'information, et agissent ensuite en fonction de ce qu'ils croient savoir. Ainsi, l'information recueillie sur l'économie joue elle-même un rôle dans l'économie. Elle est donc un élément intrinsèque du fonctionnement même des marchés, une donnée des jeux de l'échange. Les études réunies ici, à la suite de deux journées d'études réalisées en 2004 et 2006 et rassemblant les meilleurs spécialistes, nous emmènent des correspondances marchandes et circulaires commerciales aux Affiches, Annonces et autres feuilles d'information. Mais elles soulignent aussi l'action d'un autre acteur : depuis les initiatives de Colbert jusqu'à l'essor de la Statistique générale de la France, l'État s'est affirmé comme un grand collecteur mais aussi producteur d'information économique. De sorte que, aussi libérale que fût devenue sa politique, au XIXe siècle, il a continué de jouer un rôle crucial, quand lui seul pouvait rassembler des données dispersées. En avoir ou pas : depuis l'époque moderne, chacun était conscient de l'enjeu que représentait l'information économique. Là encore, le passé éclaire notre présent.

  • Dès l'abord, cet ouvrage paraîtra familier au contribuable que nous sommes tous. Il y retrouvera de vieilles connaissances : déclaration de revenus, déductions, progressivité, frais réels, forfaits, fraudes, etc. Ceci, il y a plus de deux siècles, quand l'administration monarchique déployait des trésors d'inventivité pour résoudre la crise financière sans révolution, c'est-à-dire sans supprimer les privilèges. La gageure, on le sait, fut intenable. D'un même élan, 1789 supprima société d'ordre et monarchie et fit naître des citoyens égaux devant la loi, donc devant le fisc. Le système bourbonien parut enterré et, avec lui, des innovations apparemment caduques dans un monde qui se voulait nouveau. Ce n'était qu'un sommeil et le réveil vint d'où on ne l'attendait pas. Jaurès et Caillaux, pères de notre actuel impôt sur le revenu, se firent, au début du XXe siècle, les continuateurs des techniques fiscales de la monarchie ; privilèges en moins cependant, ce qui changeait radicalement les données sociales de la question. S'il était difficile aux deux hommes de revendiquer cet enracinement, alors que la République était encore peu assurée, ils en avaient pourtant bien conscience, et leurs adversaires de la droite de l'époque daubèrent sur des socialistes et des radicaux qui renouaient avec Louis XVI. Aussi, à l'heure où se multiplient les projets de réformes de l'impôt sur le revenu, l'un des mérites de l'étude de Mireille Touzery est de le signaler comme une des grandes réalisations politiques françaises, né dans la monarchie, épanoui sous la République, et de le mettre parmi nos « lieux de mémoire ». Est-il en effet beaucoup de moments d'unité nationale aussi clairs que ce mois où, chaque année, reliés les uns aux autres par le même imprimé, nous remplissons tous notre déclaration de revenus ? Invention scandaleuse au XVIIIe siècle pour un contribuable qui ne participait d'aucune façon au gouvernement du royaume, la déclaration de revenus est devenue, aujourd'hui que le sujet s'est mué en citoyen, une des rares heures où les artisans de la démocratie, en ronchonnant souvent certes, prennent activement conscience d'eux-mêmes.

  • La nomination, à la fin de l'année 1763, d'un magistrat du parlement de Paris au contrôle général des finances eut les caractères d'une petite révolution. Effrayés de voir « le loup entrer dans la bergerie », les commis des bureaux ministériels furent consternés à la nouvelle du choix de L'Averdy. N'était-il pas à redouter que cet homme de 39 ans, qui venait de supprimer l'ordre des jésuites en France et de négocier avec le gouvernement le principe d'une participation des parlements à la politique générale, ne diminuât encore l'autorité du roi et de ses ministres ? Le nouveau contrôleur général n'allait-il pas donner le dernier coup de poing à une monarchie au bord de la banqueroute et dont les principes traditionnels étaient remis en cause par les parlements, les économistes, les philosophes et les pamphlétaires ? Ces craintes, qui allaient justifier huit ans plus tard le coup de force du chancelier Maupeou contre les parlements, étaient illusoires. Si L'Averdy fut appelé au ministère par Louis XV, c'était pour que le nouveau venu fasse usage de son crédit auprès des cours de justice et apporte ainsi à l'État royal les moyens d'entreprendre une série de réformes difficiles que demandaient depuis longtemps les experts du gouvernement, que réclamait l'opinion publique et que la déroute de la guerre de Sept Ans invitait à ne plus différer. Ce livre se propose d'étudier, à travers l'action et la pensée d'un magistrat devenu ministre, les conflits que suscitèrent, entre la fin de la guerre de succession d'Autriche (1749) et la banqueroute de l'abbé Terray (1770), la question de la modernisation des structures économiques et politiques de la monarchie absolue.

  • Si démembrer et contrôler l'Allemagne constituent officiellement les piliers de la politique allemande de la France, esquissée à Alger en 1943 et poursuivie dès la fin de la seconde guerre mondiale, que de chemin parcouru en l'espace de dix ans ! Après l'échec relatif des projets français concernant le désarmement économique de l'Allemagne, entre 1945 et 1947, tant dans la zone d'occupation que dans les négociations avec les Alliés, certains dirigeants tentent d'imposer une nouvelle politique. Or, au même moment, grâce à l'aide américaine et à la réforme monétaire dans les trois zones occidentales de l'Allemagne, des rapports économiques normaux peuvent à nouveau s'établir entre les deux pays encourageant ainsi la reprise des contacts entre industriels et commerçants. En mai 1950, un nouvel élan est donné par le plan Schuman : les premiers pas vers la coopération franco-allemande sont faits et les échanges commerciaux connaissent un essor remarquable. Il faut toutefois attendre la fin de l'année 1955 et le règlement de l' « épineuse » question sarroise pour que les relations économiques bilatérales entre la France et la RFA se concrétisent enfin. Les années 1945-1955, période de reconstruction des économies française et allemande encore marquée par les problèmes de l'approvisionnement en charbon et du développement de la production d'acier, s'inscrivent en fait dans la tendance séculaire qui pousse ces deux économies l'une vers l'autre malgré les aléas de la politique, malgré deux guerres mondiales. « L'exceptionnel travail de Sylvie Lefèvre nous fait prendre conscience, comme jamais auparavant, de l'importance historique de cet enchaînement quasi miraculeux, qui substitua l'interpénétration des deux économies à leur affrontement, qui favorisa le rapprochement entre les deux pays et qui permit le lancement de la construction européenne. » Georges-Henri Soutou.

  • Issu d'une thèse de doctorat dirigée par M. François Caron sur La politique des prix en France de 1944 à 1952, cet ouvrage retrace l'histoire de la plus violente inflation enregistrée en France à l'époque contemporaine avec un indice des prix officiels qui augmente de 25 fois entre 1938 et 1952. A partir d'une documentation exceptionnelle par son ampleur et par sa diversité, Michel- Pierre Chélini s'attache à présenter l'ensemble des facteurs qui participent au processus inflationniste de ces années de reconstruction ; au-delà d'une simple politique des prix rapidement dépassée dès 1945, on mesure le rôle de la volatilité des salaires, du déficit budgétaire et du déficit des paiements extérieurs. Au fil du récit, le lecteur voit se dérouler les différentes étapes du processus : le dérapage de 1944-1945 qui aurait pu être contenu, l'incohérence de 1946 et l'impuissance de 1947, le redressement enfin de 1948-1949, malheureusement provisoire. « La politique des prix est ainsi analysée dans une triple perspective : pour elle-même d'abord, sous le double aspect de la réglementation et du contrôle ; elle est ensuite replacée dans le cadre de la politique économique, monétaire, budgétaire, fiscale et planificatrice, replacée enfin dans le mouvement général de l'économie. La fin des pénuries aurait dû marquer la fin de l'inflation. Il n'en fut rien avant quatre ans (1948-1952). Michel-Pierre Chélini nous aide à comprendre pourquoi. Il y eut bien une inflation à la française, associée à des pratiques spécifiques, soit trop, soit insuffisamment dirigistes, selon les secteurs et selon les moments ». François Caron

  • À l'heure de l'après-guerre froide et de la reconversion des ex-pays de l'Est à l'économie de marché, La France, l'aide américaine et la construction européenne constitue un ouvrage de référence pour tous ceux que soucie le devenir de l'Europe. Dans cette somme que forment la thèse qu'il a soutenue en 1988, sous la direction du professeur René Girault, et douze chapitres complémentaires, Gérard Bossuat analyse les mécanismes des aides américaines à la France, leurs conséquences intérieures, leur influence sur la politique européenne de la IVe République... Il montre combien furent malaisées, en dépit de la manne du Plan Marshall, les vastes entreprises de la reconstruction, de la modernisation et de l'intégration européenne. À travers cette histoire de l'aide américaine à la France, bilatérale, puis multilatérale, économique puis militaire, on voit agir, de Jean Monnet à Olivier Wormser, Hervé Alphand, François Bloch-Lainé, Robert Marjolin et les grands ministres, Robert Schuman, Georges Bidault, René Pleven, Léon Blum, René Mayer, ceux qui ont fait la France d'après-guerre. « En vérité, après bien d'autres ouvrages sur la IVe République, dans ce livre le lecteur va découvrir ceux qui ont fait la France actuelle, acteurs illustres et moins connus, leurs idéaux et leurs moyes. Il va comprendre un fait qui, jusqu'à maintenant, avait été moins observés que d'autres, à savoir l'influence des « amis américains » sur la gestion des affaires françaises, dans le domaine de l'économie surtout » souligne René Girault.

  • La Ferme générale avait mauvaise presse sous l'Ancien Régime et sa suppression en 1790 a répondu à un voeu unanime. De nos jours, son évocation suscite encore des réactions négatives ; on y voit surtout l'origine de fortunes privées, scandaleusement bâties sur la concession par l'État de la collecte de l'impôt. Les études menées à partir des sources disponibles nous éloignent de ces jugements partiels. Elles révèlent que la célèbre (et vilipendée) compagnie financière fut en son temps un modèle administratif et quelle peut être considérée comme la « mère » des services financiers modernes : son mode de gestion du personnel, en matière de retraites notamment, le fonctionnement de ses services centraux, préfiguration des grandes directions ministérielles, ses rapports avec le Contrôle général des Finances sont autant d'illustrations de cette modernité. Ainsi, l'histoire administrative peut-elle gagner à l'approfondissement de nos connaissances sur la vie des services de la Ferme, en particulier de ses services extérieurs qui, par leurs effectifs et par leur implantation sur tout le Royaume, occupent une place de premier rang dans l'appareil administratif de l'Ancien Régime. « L'histoire financière est une histoire difficile, compliquée à souhait, pleine de contradictions, surtout lorsqu'elle s'intéresse à l'Ancien Régime. Les pièges y sont multiples et l'on ne saurait être trop circonspect lorsqu'on y travaille. Branche de l'histoire administrative, elle est une discipline carrefour, à la croisée de l'histoire institutionnelle, de l'histoire économique, de l'histoire du droit, de l'histoire sociale... Histoire éclectique, elle ne possède pas de méthode qui lui soit propre, mais emprunte à toutes les autres. Elle exige tout particulièrement souplesse, doigté, sagesse. Toutes qualités que l'ouvrage de Jean Clinquart met en valeur. Par le miracle d'archives municipales, pas même départementales, que personne n'avait songé à classer ni à inventorier, ressurgit toute la vie, tout le fonctionnement quotidien de la direction des fermes royales du Hainaut » (François Monnier).

  • À partir de l'étude des relations économiques et financières entre la France et l'Égypte de la fin du XIXe siècle à 1914, l'auteur s'interroge sur leurs implications politiques dans les relations internationales. Il démontre que, de 1882 à 1914, l'Égypte, alors sous tutelle britannique, est l'une des principales destinations de l'épargne française. La masse des capitaux français exportés en Égypte atteint un sommet inégalé avant ou après ces trois décennies. Pourquoi les intérêts français se sont-ils maintenus dans un pays occupé par une autre puissance ? Quelle est leur influence dans la rivalité franco-britannique en Égypte ? Samir Saul répond à ces questions en s'appuyant notamment sur l'histoire des entreprises qui font appel aux capitaux français, des plus modestes aux plus grandes : Suez, le Crédit foncier égyptien, les Sucreries. Il détaille l'évolution de leur structure financière, de la composition de leur conseil, de leurs activités et de leurs performances. Il insiste, en particulier, sur le contrôle des capitaux exportés, sur la relation entre la structure des entreprises et les modes de contrôle, ainsi que sur les conséquences autant pour la société égyptienne que pour les capitaux étrangers. Il propose enfin une réinterprétation de la question de l'impérialisme. Ce travail repose sur l'exploitation de nombreux fonds d'archives publiques et privées, françaises, égyptiennes, britanniques et belges. Les archives des entreprises françaises sont utilisées pour la première fois.

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