• Industriel, scientiste, positiviste, mais aussi mystique spiritualiste et occultiste, tel aura été le paradoxal XIX e siècle français dont Guillaume Cuchet se fait ici le médium historique et littéraire. Un tableau sans précédent du choc des croyances.
    Le xixe siècle a-t-il été ce fameux temps de déclin religieux ? Le rationalisme y triomphait-il autant qu'on l'a dit ? Le positivisme y régnait-il en maître ?
    Guillaume Cuchet démontre que le xixe siècle a été une époque d'intenses ferveurs religieuses, à la mesure des bouleversements politiques qu'il a connus, aussi bien à l'intérieur des cultes existants, comme le catholicisme, qu'en dehors. Tout un New Age précoce de croyances et de pratiques hétérodoxes a rencontré un grand succès, notamment dans les rangs d'une gauche loin d'être entièrement sécularisée. Apparitions mariales, contestation de l'enfer, renouveau du purgatoire, nouvelles conceptions du paradis, culte de la tombe et des morts, définition de nouveaux dogmes comme l'Immaculée Conception ou l'Infaillibilité pontificale, succès des " philosophies religieuses ", vogue des tables tournantes et du spiritisme, essor de la piété " ultramontaine ", sont autant de manifestations de cette effervescence.
    À travers toutes ces pratiques pour le moins surprenantes se dessine le visage d'un autre xixe siècle, plus intime et plus complexe, dans lequel croyants et incroyants se ressemblent souvent, là même, parfois, où ils s'opposent le plus.
    Un essai détonnant.

  • Quand la République était révolutionnaire
    Citoyenneté et représentation en 1848
    L'insurrection imprévue de février 1848 a fait naître une République. Mais que recouvre exactement le mot ?
    Loin de s'enfermer dans des discussions savantes, cette question fait l'objet de débats publics, de manifestations et d'affrontements, en particulier dans les rues de Paris. Deux conceptions opposées de la République se constituent. D'un côté, la République modérée, défendue par la majorité du Gouvernement provisoire puis de l'Assemblée nationale, selon laquelle la République se résume dans l'élection au suffrage " universel " (les femmes en restent exclues). D'un autre côté, la République démocratique et sociale, qui rallie des membres de clubs, des ouvriers, de simples citoyens, pour lesquels la République n'a de sens que si elle permet au peuple de participer directement aux affaires publiques, de garder le contrôle sur ses représentants et d'assurer l'émancipation des travailleurs.
    L'échec de l'insurrection de juin permet le triomphe de la République modérée et des institutions du gouvernement représentatif, mais la République démocratique et sociale se maintient, comme horizon révolutionnaire, au sein du mouvement ouvrier naissant.
    En retrouvant les discours et les controverses sur le sens de la citoyenneté et de la représentation, cette plongée dans le printemps 1848 laisse entrevoir la possibilité d'une République émancipatrice, non advenue mais dont la puissance révolutionnaire est toujours actuelle.
    Samuel Hayat est docteur en science politique de l'Université Paris 8-Saint-Denis et lauréat 2012 du prix Aguirre-Basualdo en Droit et Sciences politiques de la Chancellerie des Universités de Paris. Chercheur au Conservatoire national des arts et métiers, membre des comités de rédaction des revues Tracés et Participations, ses travaux portent sur l'histoire et la théorie de la représentation politique, ainsi que sur la sociologie historique du mouvement ouvrier français.

  • L'originalité de cette synthèse très accessible repose sur un triple choix : traiter à parts égales Paris, province et colonies ; accorder toute leur place aux destins individuels des hommes et des femmes ; articuler l'histoire sociale et culturelle au récit politique.
    Loin de la nostalgie pour une prétendue " Belle Époque " ou pour un " modèle républicain " bien difficile à définir, il s'agit de rendre leur éclat, leur jeunesse et leur indétermination aux débats et aux choix d'une République adolescente qui mûrit dans une France transformée par l'accélération des mouvements de modernisation.
    Ce livre, où l'on croisera des élus et des institutrices, des ouvrières et des vagabonds, parle donc d'une société hantée par le spectre de la division et d'un régime qui se vit comme fragile et menacé. Des ruines de 1871 à l'Union sacrée de 1914, il raconte " le triomphe de la République ", sans en occulter les limites ni en négliger les difficultés, mais en rendant justice tant à sa force combative qu'à son sens de la pédagogie et du consensus.
    Une lecture renouvelée des débuts de la Troisième République.
    Arnaud-Dominique Houte est maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Paris-Sorbonne. Ses recherches portent principalement sur l'histoire de la sécurité publique : après une thèse sur Le Métier de gendarme au XIXe siècle (Presses universitaires de Rennes, 2010), il a codirigé avec Frédéric Chauvaud Au voleur ! Images et représentations du vol dans la France contemporaine (Publications de la Sorbonne, 2014).

  • Après le détachement religieux que révèle la Révolution, le XIXe siècle, en France, voit se succéder des attitudes bien différentes dans le domaine spirituel : l'influence des Lumières et le voltairianisme de M. Homais ; les réveils religieux romantiques, catholiques et protestants ; le temps du positivisme, avec ses prolongements scientistes qui font dire au chimiste Marcellin Berthelot que " le monde est aujourd'hui sans mystère " (1885). Claudel, Bergson, Charles de Foucauld, Péguy et quelques autres laissent entrevoir ensuite, au moment même de la Séparation, les prémices du réveil spiritualiste qui s'épanouira dans les décennies ultérieures.
    Mais qu'en était-il à la base, dans les paroisses, les campagnes et les quartiers ouvriers ? Quelles étaient la spiritualité des masses et celle des élites ? Les renouveaux avaient-ils des répercussions profondes ? Ce livre fait le point, au travers d'une foule d'exemples.

  • Hormis la guerre de Crimée et sa politique des nationalités (en Italie et en Roumanie notamment), Napoléon III a eu pour ambition d'intervenir sur le continent américain. Cette guerre du Mexique (1862-1867), si elle continue d'être associée à un échec retentissant, n'en demeure pas moins une tentative importante d'infl uence politique pour contrer celle, grandissante, des États-Unis. Quatorze auteurs, français et mexicains, étudient ici les principaux éléments de cette campagne, à travers l'opération militaire elle-même, mais aussi les batailles emblématiques et décisives (Puebla, Camerone...), les personnages ainsi que la politique extérieure du Mexique. Ces communications ont été prononcées lors du colloque sous-titré " un conflit inattendu, une amitié naissante ", qui s'est tenu le 5 juillet 2017 à l'École militaire de Paris, organisé par l'ambassade du Mexique en France conjointement avec le Service historique de la Défense, le Souvenir napoléonien, la Fondation Napoléon et les Amis de Napoléon III.

  • Prise entre la légende dorée napoléonienne et le mythe républicain, attaquée de toutes parts pour des raisons politiques et idéologiques et privée des courants qui auraient pu s'en revendiquer et la défendre, la monarchie censitaire a longtemps fait l'objet d'un refoulement collectif et a été traitée comme une simple parenthèse réactionnaire, une hérésie au regard du sens de l'histoire, a fortiori de l'histoire de France.
    C'est faire naïvement crédit aux bruyantes proclamations de retour en arrière ; c'est se montrer plus royaliste que le roi de ne pas voir combien, par sa redéfinition de la légitimité du pouvoir, par son renouvellement du personnel politique, par le pragmatisme inédit d'un pouvoir soucieux de se concilier ses administrés, par l'acclimatation du parlementarisme et de certaines libertés civiles et politiques, par sa recomposition tendue des hiérarchies sociales, par son effervescence intellectuelle et artistique, la Restauration, puis la monarchie de Juillet, sont synonymes de rénovation, et donnent alors au pays une place à part dans le concert des nations.
    La France et les Français s'engagent dans une douloureuse réinvention de leur passé et s'adonnent à des projets d'avenir qui bouleversent les rapports de force et recomposent les lignes de clivage d'une société en pleine transformation.

  • Une enquête pleine de rebondissements dans un dossier qui semblait désormais ne plus réserver de surprises. S'inspirant des méthodes mises au point par les médiévistes pour l'analyse des procès de l'Inquisition, trois historiens rouvrent les archives de l'Affaire Dreyfus et les font " parler ".
    On croyait tout connaître de l'affaire Dreyfus. Pourtant, on n'en a jamais analysé méthodiquement la pièce centrale : le " dossier secret " que le contre espionnage français - la Section de statistiques - constitua pour le transmettre aux seuls juges en le cachant à la défense. Violant le droit, la Section augmentera régulièrement son " dossier " de pièces incohérentes et de faux. S'inspirant des méthodes mises au point par les médiévistes pour l'étude de l'Inquisition, Pauline Peretz, Pierre Gervais et Pierre Stutin ont rouvert les archives militaires de Vincennes. Ils ont examiné les papiers, les écritures, les encres. Leur enquête plonge au coeur du Paris de la Belle Époque et de l'étrange Section. Fasciné par le milieu cosmopolite des attachés militaires et par l'homosexualité de certains d'entre eux, le contre espionnage reproduit inconsciemment les fantasmes et les procédures accusatoires de la vieille Inquisition. Au rythme d'un roman d'espionnage, Le dossier secret de l'affaire Dreyfus révèle une histoire jusqu'à présent gommée des récits officiels.

  • La France reste un des rares pays à faire défiler son armée lors de sa fête nationale. Depuis la Révolution, la nation est de gauche, la République aime l'armée, conquiert des colonies, et les patriotes ne rêvent que d'émanciper les peuples sous les chaînes. A tout le moins jusqu'à la révolution de 1848 qui, s'exprimant par Lamartine, affirme son pacifisme. Pourtant, jusqu'à la Commune de Paris, la tradition "nationaliste" de la gauche reste vivace. La connaître, l'identifier, en saisir les affirmations et les paradoxes, aide à comprendre un des aspects majeurs de la singularité française.


  • Jeune fille en colère, femme libre, vieille dame insoumise... Martine Marie Muller éclaire toutes les facettes de la vie tumultueuse de Séverine (1855-1929), première femme grand reporter que Jules Vallès avait surnommée " la belle camarade ".
    L'éducation bourgeoise que reçoit la jeune Caroline Rémy ne la prédestine nullement à devenir une pasionaria. Mais le spectacle des cadavres, lors du siège de Paris en 1870, la bouleverse à jamais. Elle a alors quinze ans. La rencontre avec Jules Vallès va s'avérer décisive. Secrétaire, puis collaboratrice de l'auteur de L'Enfant au quotidien Le Cri du peuple, elle y signe ses premiers articles sous le nom de Séverine. " Née dans le camp des heureux, vous avez crânement déserté pour venir, à mon bras, dans le camp des pauvres, sans crainte de salir vos dentelles au contact de mes guenilles ", lui déclare Vallès.
    Pour Séverine, passions amoureuses et combats politiques ne faisaient qu'un. Victime d'un mariage forcé et divorcée, elle se remarie et entretient, parallèlement, une fougueuse liaison au long cours avec un journaliste... avant, au soir de sa vie, de reprendre la vie commune avec son second mari, toujours éperdu d'amour pour elle. Sur le plan professionnel, Séverine prend la direction du journal de Vallès, après la mort de ce dernier. Première femme journaliste, ses reportages la conduisent partout où la " raison du plus faible " est bafouée : au fond des mines de Saint-Étienne, dans les ateliers des ouvrières en grève du Paris populaire, dans la salle d'audience de Rennes où se déroule le procès de Dreyfus, dont elle soutient la cause.
    Quel visage de Séverine retenir ? Celui de la belle pour qui les hommes se battent en duel et dont Renoir peint le portrait ? Celui de la révoltée qui défend la cause des opprimés, qui fait campagne pour le droit de vote des femmes ou qui se pare de noir pendant toute la Première Guerre pour protester contre la guerre ? Ou encore celui de l'intellectuelle à la plume acérée, cofondatrice de la Ligue des droits de l'homme ? " J'ai toujours travaillé pour la paix, la justice et la fraternité ", rappelle opportunément l'épitaphe que Séverine a fait graver sur sa tombe.
    La Belle Camarade est l'histoire d'une rencontre miraculeuse entre une héroïne flamboyante et une romancière de grand talent. La plume sensible et le style ardent de Martine Marie Muller rendent le plus beau des hommages à Séverine.

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