République des Lettres

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Maeterlinck. Après avoir cherché des solutions à quelques-uns des problèmes les plus angoissants de la condition humaine, le philosophe auteur de "La Sagesse et la Destinée" se tourne ici vers la nature pour y trouver des éléments de réponse. Apiculteur lui-même, Maeterlinck est frappé par le fait que certains comportements des abeilles ne semblent s'expliquer qu'en se référant aux comportements de l'homme. Il entreprend alors une étude systématique de l'activité de la ruche, suivant pas à pas la vie d'un essaim, décrivant sa fondation, la discipline et le dévouement des ouvrières, l'exclusion des bourdons après le vol nuptial ou le régime de la reine, et s'interrogeant plus globalement sur l'esprit d'organisation sociale, le travail, le langage et l'âme de cette société. "La Vie des abeilles" est donc à la fois un ouvrage d'éthologie et le fruit d'une merveilleuse réflexion sur le destin de l'abeille comparé au nôtre. Suggestif, vivant et plein de poésie, il nous ouvre à un univers mystérieux et nous apprend à voir les mille manifestations de la vie.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Élisée Reclus. "J'étais triste, abattu, las de la vie. La destinée avait été dure pour moi, elle avait enlevé des êtres qui m'étaient chers, ruiné mes projets, mis à néant mes espérances. Des hommes que j'appelais mes amis s'étaient retournés contre moi en me voyant assailli par le malheur. L'humanité tout entière, avec ses intérêts en lutte et ses passions déchaînées, m'avait paru hideuse. Je voulais à tout prix m'échapper, soit pour mourir, soit pour retrouver dans la solitude, ma force et le calme de mon esprit. Sans trop savoir où me conduisaient mes pas, j'étais sorti de la ville bruyante, et je me dirigeais vers les grandes montagnes dont je voyais le profil denteler le bout de l'horizon." Anarchiste exilé en Suisse après la Commune de Paris, géopoéticien avant l'heure, précurseur de l'écologie et de la mésologie, c'est en savant, philosophe et poète qu'Elisée Reclus s'attache ici à décrire le milieu naturel de la montagne, observé lors de son séjour dans les Alpes, qui lui permet de retrouver la joie et l'émerveillement. Menant en parallèle étude scientifique et réflexion philosophique sur la liberté et le bonheur, explorant et analysant les paysages, la géologie, le climat, la flore, la faune, se penchant avec humanité sur la vie des montagnards, il explique l'environnement avec clarté et simplicité, transmettant au lecteur toute l'émotion de l'expérience vécue. "Histoire d'une montagne" est à la fois un traité géographique sensualiste et une méditation philosophique, à la fois science et poésie.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Teilhard de Chardin. Homme de science, philosophe et théologien, le Père Pierre Teilhard de Chardin a fait de la synthèse du christianisme et de la connaissance scientifique moderne l'objet constant de son étude et de sa réflexion. Dans cet essai qui ouvre de vastes horizons à tous ceux qui cherchent à comprendre le sens du monde et de la vie, il apporte une contribution magistrale à la cosmologie et à la phénoménologie de l'univers, domaines de recherche où convergent nécessairement science, philosophie et religion. Tout en restant exclusivement sur le terrain scientifique, "Le Phénomène humain" élargit le champ de la réflexion en offrant une solide synthèse sur l'évolution de l'humanité et la conscience de l'univers. Pour Teilhard de Chardin, l'Univers est une évolution qui va vers l'Esprit. La matière originaire contient en son sein la conscience comme élément organisateur, par laquelle l'évolution se présente comme un processus qui n'est pas complètement déterministe, mais aussi téléologique. L'univers, comprenant l'homme et son histoire, tend vers un point oméga identique à un alpha qui serait le corps du Christ cosmique.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Albert Londres. Figure incontournable du grand reportage écrit du XXe siècle, défendant souvent des causes de justice sociale, Albert Londres a sillonné le monde pour les grands journaux de son époque et marqué plusieurs générations de journalistes contemporains. Après avoir décrit l'enfer de l'enfermement dans les retentissants "Au bagne" et "Dante n'avait rien vu", le journaliste s'attaque en 1925 à l'univers alors méconnu des hôpitaux psychiatriques. Pour le "Petit Parisien" il se rend dans plusieurs asiles d'aliénés afin de décrire les conditions de vie des malades mentaux qui y sont enfermés. Il visite les établissements, s'entretient avec le corps médical et les patients, dénonce les scandales sanitaires et les mauvais traitements, et dresse finalement en une douzaine d'articles un très lucide et très pertinent état des lieux de la psychiatrie et de la condition faite aux fous par la société de l'époque. Le journaliste n'hésite pas à exprimer aussi un point de vue politique radicalement humaniste sur ce monde de la folie et de la santé publique dans la France de l'entre-deux guerres.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Théophile Gautier. Fondé en 1844 par le psychiatre Jacques Joseph Moreau de Tours, qui a découvert les effets du cannabis lors de ses voyages en Orient et publié un traité "Du hachisch et de l'aliénation mentale", le Club des Hachichins se réunissait chaque mois chez le peintre Fernand Boissard, à l'Hôtel de Lauzun, quai d'Anjou à Paris, pour expérimenter diverses drogues hallucinogènes, haschich et opium notamment. Parmi ses membres, outre des scientifiques, de nombreux artistes et écrivains: Eugène Delacroix, Honoré Daumier, Gérard de Nerval, Honoré de Balzac, Alphonse Karr, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, Théophile Gautier ou encore Charles Baudelaire (futur auteur des "Paradis artificiels" et traducteur des "Confessions d'un mangeur d'opium" de Thomas de Quincey, occupant par ailleurs l'étage au-dessus du Club). C'est l'une de ces séances, appelées fantasias par les membres du groupe, que relate ici Théophile Gautier. Non sans ironie, et avec un sens certain du romanesque, l'auteur du "Capitaine Fracasse" se penche d'abord sur l'ancienne secte des Haschischins et l'origine du mot haschich, "d'où vient hachichin, mangeur de hachich, racine du mot assassin", puis décrit en détail les effets psychotropes que la drogue - en réalité du dawamesk, une sorte de confiture verdâtre composée de résine de marijuana, de miel et d'épices - exerce sur son esprit et son corps: sensations amplifiées, métamorphoses, hallucinations, dilatation et mort du temps,... "C'est aujourd'hui qu'il faut mourir de rire !" décrète l'un des personnages.

  • Texte intégral révisé. Biographie de Thomas de Quincey. Arvède Barine, historienne, critique littéraire et biographe entre autres de E.T.A. Hoffmann, Edgar Poe et Gérard de Nerval, relate ici le parcours de l'auteur des Derniers Jours d'Emmanuel Kant et des Suspiria de Profundis, depuis son enfance malheureuse jusqu'à sa mort en passant par sa jeunesse agitée dans les bas-fonds de Londres, sa plongée dans l'enfer de la toxicomanie ou encore ses relations avec les poètes lakistes (William Wordsworth, Samuel Taylor Coleridge, Robert Southey). Analysant sa névrose et se penchant notamment sur l'influence de la drogue tout au long de l'élaboration de son oeuvre, elle nous livre un saisissant portrait du poète en mangeur d'opium.

  • Entretien avec Edgar Morin. "Je crois, comme le disaient Lautréamont et les Surréalistes, que la poésie n'est pas seulement ce qui est écrit sous forme de poésie, mais que la poésie concerne aussi la vie. Dans le fond, de même que tout homme a potentiellement en lui à la fois un génie, un criminel et un fou, je crois que tout homme a potentiellement en lui un poète. Poésie et prose sont les deux polarités de la vie primaire. Du côté de la poésie il y a l'admiration, l'émerveillement, l'extase, l'amour. Je crois que le tissu même de la vie est un mélange de prose et de poésie. Notre façon même de penser est un mélange de prose et de poésie, et nous ne nous en rendons pas compte. Comme nous vivons dans une société techno-bureaucratique, nous voulons chasser de notre mode même de penser tout ce qui est poétique. Nous ne voulons avoir que de la prose. Or le fontionnement du cerveau humain ne se fait pas sur le modèle d'un ordinateur digital. Il fonctionne aussi de façon analogique, métaphorique, poétique. Nos rêves sont poétiques par essence. Ceci dit, nous voyons nécessairement, je dirais dans le quotidien, la poésie sertie dans la prose, comme il y a des paillettes de diamant dans la boue. Je crois que c'est la vie elle-même qui est ainsi faite." - Edgar Morin.



  • Brève biographie de Blaise Pascal suivie d'une étude des Provinciales et des Pensées. "Il y avait un homme qui, à douze ans, avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques; qui, à seize ans, avait fait le plus savant Traité des coniques qu'on eût vu depuis l'Antiquité; qui, à dix-neuf ans, réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l'entendement; qui, à vingt-trois ans, démontra les phénomènes de la pesanteur de l'air, et détruisit l'une des grandes erreurs de l'ancienne physique; qui, à cet âge où les autres hommes commencent à peine à naître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines, s'aperçut de leur néant et tourna ses pensées vers Dieu; qui, depuis ce moment jusqu'à sa mort, arrivée dans sa trente-neuvième année, toujours infirme et souffrant, fixa la langue que parlèrent Bossuet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie comme du raisonnement le plus fort; enfin qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut par distraction un des plus hauts problèmes de la géométrie, et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du Dieu que de l'homme. Cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal (Chateaubriand, 1802).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Bertrand Russell. Philosophe, Mathématicien, Prix Nobel de littérature, infatigable militant pacifiste, Bertrand Russell (1872-1970) a su allier tout au long de sa vie la réflexion du logicien et l'action dans le siècle. Ce petit volume d'essais philosophiques (Le Mysticisme et la Logique, La Raison et l'Intuition, L'Unité et la Pluralité, Le Temps, Le Bien et le Mal), écrits au début de la Première Guerre mondiale, fait partie des premiers grands travaux du futur auteur de "La Connaissance humaine".


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