Les Editions de Londres

  • Le "Voyage au centre de la terre" est pour certains le plus grand roman de Jules Verne. Les Editions de Londres sont plutôt de cet avis, mais surtout elles n'oublient pas que le « Voyage... » fait partie des vingt-sept ouvrages de la bibliothèque du Docteur Faustroll de Jarry. C'est vrai que dans le « Voyage... », tout y est : style impeccable, poésie, intrigue serrée, personnages fouillés, mythe de l'engloutissement, du retour aux origines, narration au découpage presque cinématographique, trouvailles, rebondissements, retournements, et chute inattendue. Ce qui commence avec un vieux manuscrit trouvé à Hambourg, contenant un document en caractères runiques, continue avec le secret d'un alchimiste Islandais, un volcan, un voyage souterrain de milliers de kilomètres, des grottes de cristal, forêts de champignons géants, animaux préhistoriques combattant dans une mer intérieure de la taille d'un océan, et se termine dans une apothéose à l'italienne. Voilà, un chef d'oeuvre.

  • "L'Assommoir" est un roman d'Emile Zola écrit en 1876. C'est le septième volume des Rougon-Macquart, et le plus célèbre des romans de Zola avec « Germinal ». Ici, l'auteur, en peignant la condition ouvrière, atteint les sommets du mélodrame et de la tragédie personnelle. L'assommoir, c'est l'alambic qui trône dans l'estaminet où les ouvriers et leurs compagnes viennent trouver le réconfort de l'ivresse. L'Asommoir, c'est l'histoire de Gervaise, la description méthodique de sa déchéance terminale, sans espoir, c'est avant tout le roman de la condition ouvrière. L'Assommoir fonde la réputation de Zola d'auteur réaliste et naturaliste.

  • La «Bête humaine» est un roman d'Emile Zola publié en 1890. Dix-septième roman des Rougon-Macquart, Zola est à cette époque au sommet de son art et de sa gloire. On sous-estime souvent à quel point La Bête humaine se distingue du reste de son oeuvre, à quel point c'est une oeuvre à part. En effet, pour une fois, les personnages ne sont pas les véhicules d'une critique sociale, ils ont une vie propre derrière laquelle la société n'apparaît qu'en toile de fond, ils sont poussés par des instincts animaux, sensuels, meurtriers qui dominent et expliquent leurs actes. Par bien des traits La Bête humaine est probablement le premier roman noir ?

  • "Le neveu de Rameau" de Denis Diderot est un dialogue philosophique entre Jean-François Rameau, neveu du célèbre Jean-Philippe, et Moi, un avatar un peu plat de Diderot. Le neveu est un personnage fantasque, un peu caractériel, qui nous livre, au fil d'une maïeutique post-socratique, les bases de sa raison cynique : le monde est corrompu, finalement, profitons-en. Face à lui, le philosophe, cherche à clarifier la pensée de son interlocuteur et à lui montrer l'incohérence ou l'immoralité de ses propos. Mais ça, c'est la version pour universitaires ; la réalité, c'est qu'il y a de multiples niveaux de lecture dans ce chef d'oeuvre des Lumières : Diderot fait tout pour chambouler les idées reçues, pour camoufler les sentiers trop bien battus de la morale commune. En semant le doute, en provoquant le lecteur, en émaillant son dialogue de traits comiques, de piques contre ses contemporains, de fulgurances, il désoriente le lecteur, et son époque. Cri de liberté, apologie de la contre-morale, point culminant de ses théories de la relativité de la morale ? Nous répondons dans la préface sur ce texte unique, magique, qui désorienta Foucault, Hegel, et les dogmatiques de tout crin. S'il en reste un, ce serait le « Neveu... », et « rira bien qui rira le dernier ».

  • Après celle du conte philosophique, dans "Le Rêve de D'Alembert", Diderot utilise l'arme du dialogue, qu'il maîtrise mieux que quiconque, pour nous asséner quelques vérités bien méritées, ce que certains réducteurs appellent sa philosophie matérialiste. La vision du monde héritée du Clergé (à ne pas confondre avec l'Eglise, communauté de foi d'inspiration spirituelle et à l'organisation spontanée), le pacte fait entre le Clergé, les Nobles et le Roi, (aux uns les âmes, aux autres les sous, au dernier la vie des pauvres), tout cela, il décompose, il démonte, patiemment, impitoyablement, comme un gigantesque mécano, jusqu'à ce que tout tombe par terre. A nous de ramasser les morceaux et de faire autre chose de nos existences. Diderot nous a donné les clés, ouvrons les portes de nos geôles mentales.

  • "Chez les fous" est un reportage d'Albert Londres au coeur de l'institution psychiatrique française. De retour du Bagne, Londres éprouve d'abord des difficultés à pénétrer l'enceinte des asiles d'aliénés. Mais, une fois dans la place, le récit qu'il nous en fait est poignant, terrible, révoltant. Comme toujours, il déchaînera la colère des administrations dont le rôle est le maintien des statu quo. En refermant ce livre, on reste pantois ; pourtant, la façon dont les « fous » étaient considérés et traités par la société en 1925, a-t-elle beaucoup changé ?

  • "Belphégor" est un roman d'Arthur Bernède paru en 1927 à l'origine comme un cinéroman. L'intrigue tient en quelques mots : « Il y a un fantôme au Louvre ! ». Si le romancier populaire Arthur Bernède a souvent manqué du respect des critiques littéraires, de son époque, et de la nôtre, l'adaptation télévisée de Claude Barma en 1965 en a fait un des plus grands phénomènes de la télévision française. "Belphégor" est un chef d'oeuvre du Pulp français : personnages multiples et stéréotypés, écriture efficace, multiples rebondissements, fond d'ésotérisme, jeu avec l'Au-delà, mais surtout une formidable histoire, qui fait rêver et dépasse un cadre purement littéraire pour s'épanouir avec bonheur sur le celluloïd.

  • Dieu et l'Etat est un essai politique et philosophique de Mikhaïl Bakounine. En une centaine de pages à la structure un peu déroutante, mais à la cohérence surprenante, pour celui qui ne se voyait pas philosophe ou penseur, mais bien un homme d'action, Bakounine dénonce les deux bêtes noires de l'homme, ses deux oppresseurs historiques, l'Eglise et l'Etat. Mais il s'en prend aussi au gouvernement de savants, dont, visionnaire, il devine déjà l'émergence tyrannique derrière les habits révolutionnaires ou académiques. Les Editions de Londres font le lien dans la préface avec la pensée de Castoriadis, et nous invitent à revenir aux bases de la démocratie, celle d'un gouvernement de citoyens où les spécialistes, les technocrates, les bureaucrates de tous poils sont au service du peuple, et non pas l'inverse. Après Dieu et l'Etat, on comprend mieux à quel point, Bakounine, ce chevalier errant de la liberté, cet anti-doctrinaire invétéré, est un peu l'antithèse de Marx. Dieu et l'Etat est un grand moment de liberté, la mienne, la votre, la notre : « La liberté d'autrui, loin d'être une limite ou la négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation. »

  • Timée

    Platon

    Le Timée est un dialogue de Platon qui, avec le Critias, évoque le mythe de l'Atlantide. N'en déplaise à Corto Maltese, Timée, c'est aussi bien plus que ça : c'est probablement la première tentative d'élaboration scientifique d'une cosmogonie ; les quatre protagonistes, Socrate, Critias, Hermocrate et Timée y traitent de tout : genèse, religion, physique, biologie, mathématiques... Y trouve t-on, cinq siècles avant les tentatives gnostiques de fusion de la pensée platonicienne avec le christianisme primitif, les prémices du monothéisme de Platon ? Les Editions de Londres vous offrent leur point de vue dans la préface. Timée n'est pas le dialogue le plus simple, mais c'est un des textes incontournables de notre culture.

  • « Petite discussion avec une momie » est une nouvelle d'Edgar Allan Poe. Appelé tard dans la soirée au City Museum pour y examiner une momie de Libye avec ses amis scientifiques et égyptologues, une malencontreuse expérience à la pile de Volta tire la momie de son sommeil multimillénaire. Une fois éveillée, celle-ci se livre à des commentaires surprenants par leur originalité mais parfois désobligeants vis-à-vis du Dix-Neuvième siècle américain. Petite discussion avec une momie est ici présenté dans une édition bilingue, incluant l'original de Poe et la traduction de Charles Baudelaire, avec la navigation « paragraphe par paragraphe » qui fit le succès critique de notre édition de La lettre volée.

  • « Vie de Henry Brulard, Tome trois » est le troisième et dernier volume de la célèbre autobiographie de Stendhal. C'est le volume qui clôt cette merveilleuse aventure qui nous entraîna dans la vie de Stendhal. Aux deux tiers du texte, l'auteur part enfin de Grenoble pour rejoindre Paris, où il ne préparera jamais le concours d'entrée à l'Ecole Polytechnique, puisqu'au terme de quelques mois passés chez son cousin Daru, à l'angle des rues de Bourgogne et Saint-Dominique, il s'engage et part pour Aoste et l'Italie (« j'étais si heureux en contemplant ces beaux paysages et l'arc de triomphe d'Aoste que je n'avais qu'un voeu à former, c'est que cette vie durât toujours. »). Là, c'est le bonheur, la liberté, l'extase, la découverte de l'Italie, de l'Opéra, à commencer par Cimarosa, puis c'est Milan, « le plus beau lieu de la terre ». A découvrir dans cette édition numérique inédite, enrichie des dessins et des croquis de l'auteur, ainsi que d'une préface et biographie. originales.

  • « Le Discours de la méthode » est l'oeuvre la plus célèbre de René Descartes. Publiée en 1637, Descartes y renverse la logique aristotélicienne prédominante depuis le bas Moyen-Âge, et invente de nouvelles règles servant à l'interprétation du monde, dont le fameux « Je pense, donc je suis ». C'est l'un des textes philosophiques les plus fondamentaux de la philosophie française. On trouvera dans cette édition les deux oeuvres de Descartes expliquant sa méthode de réflexion pour l'approche des sciences ainsi que son traité de dioptrique : Le discours de la méthode qui est son oeuvre maîtresse dans laquelle il a voulu décrire la façon de penser permettant de découvrir la vérité dans les sciences ; Les règles pour la direction de l'esprit qui est une oeuvre incomplète qui n'avait pas été publiée du vivant de Descartes, mais qui a l'avantage de décrire avec plus de clarté les idées qui furent résumées dans le Discours de la méthode ; la dioptrique qui était jointe dans l'édition originale au discours de la méthode et qui en illustre les affirmations théoriques.

  • « Vie de Henry Brulard », Tome deux est le deuxième volume de la célèbre autobiographie de Stendhal. On y retrouve les éléments devenus familiers avec le Tome Un : l'enfance, la mère dont la disparition le traumatise, le père qu'il n'aime pas, le grand-père qui est son confident, la ville de Grenoble qu'il veut quitter, les femmes et l'amour qui font toute sa vie, la Révolution en toile de fond, le « bas » qu'il abhorre, les valeurs bourgeoises qu'il déteste, ses conceptions de la littérature, la peinture, la musique, le latin, les mathématiques...Au final, un chef d'oeuvre. A découvrir dans cette édition numérique inédite, enrichie des dessins et des croquis de l'auteur, ainsi que d'une préface et biographie originales.

  • L'"Entretien entre D'Alembert et Diderot" de Denis Diderot est le premier volet de la trilogie de dialogues qui constituent "Le rêve de D'Alembert", lequel est aussi le deuxième volet, c'est-à-dire qu'il suit le premier volet dont cet article de blog constitue la description, et précède la "Suite de l'entretien entre D'Alembert et Diderot". Bon, c'est toujours autant un texte révolutionnaire, un fourre-tout génial sans lequel on ne peut complètement appréhender la pensée de Diderot.

empty