La découverte

  • Depuis qu'elles existent, les sciences dites exactes se prétendent différentes des autres savoirs. Comment comprendre cette prétention ? Faut-il, à la manière des épistémologues anglo-saxons ou de Karl Popper, tenter d'identifier les critères qui la justifient ? Peut-on, suivant le modèle nouveau des études sociales des sciences, y voir une simple croyance ? Ce livre propose un dépassement fructueux de l'opposition, apparemment irréconciliable, entre ces deux approches des sciences.
    Depuis qu'elles existent, les sciences dites exactes se prétendent différentes des autres savoirs. Comment comprendre cette prétention ? Faut-il, à la manière des épistémologues anglo-saxons ou de Karl Popper, tenter d'identifier les critères qui la justifient ? Peut-on, suivant le modèle nouveau des études sociales des sciences, y voir une simple croyance ? Ce livre propose un dépassement fructueux de l'opposition, apparemment irréconciliable, entre ces deux approches des sciences. Et si la tension entre objectivité scientifique et croyance était justement constitutive des sciences, enjeu des pratiques inventées et réinventées par les scientifiques ? Réussir à parler des sciences avec humour, sans en faire un objet de vénération, ni de dénonciation, en restant au plus proche de la passion des scientifiques, tel est ici le pari d'Isabelle Stengers. Mais ce livre ne se limite pas à un discours sur les sciences. Il s'agit bien plutôt de prolonger l'histoire de leur invention. Comment comprendre les liens multiples entre la science et les pouvoirs qui la mobilisent aujourd'hui ? Comment concevoir les rapports entre science, expertise et démocratie ? La nouveauté de L'invention des sciences modernes est de faire de ces différents problèmes intellectuels, pratiques et politiques les enjeux du processus par où pourrait s'inventer et se renouveler l'identité même des sciences.

  • Les histoires classiques de la chimie se partagent en deux périodes bien tranchées : un âge préscientifique, celui des alchimistes aux pratiques occultes et des artisans obscurs, puis un âge scientifique " sérieux ", qui voit la multiplication des lois et des découvertes, à la source d'immenses progrès techniques. Ce genre d'épopée positiviste, hérité d'un temps où la chimie était la science de pointe, paraît bien vieilli aujourd'hui. Mais peut-on encore écrire l'histoire de la chimie sans tomber dans les clichés traditionnels ? Cet ouvrage tente l'aventure : il présente la chimie comme une science en quête d'identité, hantée par la question de sa nature, de son rang dans l'encyclopédie. La chimie est une histoire, toujours en marche, jalonnée de spectaculaires conquêtes et de dures batailles pour la dignité et la reconnaissance. Une fresque pleine de surprises et de rebondissements, que les deux auteurs, s'appuyant sur des années de recherche, ont réussi à rendre passionnante, sans rien abandonner de la rigueur historique et scientifique.

  • Plus les sciences et les techniques apportent des solutions raisonnées aux problèmes humains, et plus semble grandir l'angoisse de l'incontrôlable, qu'elle concerne les atteintes à l'environnement ou les risques des manipulations génétiques : chaque avancée du savoir paraît exiger une rançon de peur. Pourquoi ces liens étranges entre raison pratique et motif d'émotion ou d'inquiétude ?
    Plus les sciences et les techniques apportent des solutions raisonnées aux problèmes humains, et plus semble grandir l'angoisse de l'incontrôlable, qu'elle concerne les atteintes à l'environnement ou les risques des manipulations génétiques : chaque avancée du savoir paraît exiger une rançon de peur. Pourquoi ces liens étranges entre raison pratique et motif d'émotion ou d'inquiétude ? Pourquoi, en même temps, ces décalages entre la réalité des risques ou la tendance à les percevoir de façon dramatisée ou au contraite à les négliger ? La volonté de maîtrise scientifique n'entretient-elle pas avec l'irrationnel une relation beaucoup plus étroite qu'on a pu le dire ?
    Pour répondre à ces questions, Denis Duclos a enquêté auprès des spécialistes de la science et des dangers : techniciens, savants, journalistes, industriels, syndicalistes, écologistes. Et il montre dans ce livre nourri d'exemples passionnants que tous ont tendance à opposer fiabilité technique et faillibilité humaine, à séparer vérité matérielle et engagement éthique, à couper la professionnalité de l'appartenance civile. C'est dans cette dissociation, au coeur même du processus d'élaboration de la science et des techniques, que se reproduit l'oscillation caractéristique de la modernité entre croyance et savoir.
    L'auteur utilise ainsi le rapport des acteurs sociaux au péril technologique comme un instrument sociologique inédit, révélateur du fonctionnement symbolique de notre culture et de ses tensions face au progrès. Son livre s'adresse aussi bien aux techniciens et aux ingénieurs qui réfléchissent sur le sens de leurs activités, qu'au plus large public intéressé à l'évaluation des choix scientifiques et techniques par la société.

  • Une violente remise en cause des présupposés de la "sociologie critique" de Bourdieu, coupable de déposséder les dominés et les militants de leur force critique et politique.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2010).
    La sociologie de Pierre Bourdieu, qui s'est imposée bien au-delà du monde universitaire, est devenue incontournable. Et, dans le même temps, l'homme était devenu un défenseur des dominés et des opprimés, un militant de justes causes. Ce livre reprend tous les grands chantiers ouverts par le sociologue, mort en 2002 ? les femmes, les classes populaires, les sciences, l'Algérie, l'épistémologie ? afin de bien comprendre son mode d'exploration du monde. En confrontant les positions de Bourdieu à celles d'autres chercheurs, Pierre Verdrager fait apparaître des traits permanents qui caractérisent la " sociologie critique " qu'il a fondée : une sociologie qui requiert des gens capables de trop peu, vulnérables en tout, mais des sociologues capables de tout et vulnérables en rien ! C'est le paradoxe du libérateur qui est contraint, pour libérer, d'aliéner ; mais aussi de s'aliéner, s'interdisant de voir que, dans bien des circonstances, les acteurs sont tout à fait capables de se libérer sans lui. Contraindre les acteurs à ne pouvoir faire autrement que d'en appeler à un sociologue incapable de les voir autrement qu'incapables, telle est la violence symbolique dont se rend responsable le sociologue critique. Ce livre s'adresse d'abord aux acteurs et aux militants. En effet, il n'est pas certain qu'on doive considérer comme un bon guide quelqu'un qui ne croyait pas en l'intelligence des gens, qui faisait dépendre le changement social de la survenue de miracles, qui considérait toute prise de conscience comme une impossibilité et qui disait pis que pendre des associations. Les militants n'ont pas besoin de guide ni d'homme providentiel capables d'indiquer ce qui est à faire : la science peut sans doute informer modestement l'action, certainement pas s'y substituer. La pédagogie ne remplacera jamais la politique. Tout compte fait, ce dont les acteurs ont d'abord besoin d'être libérés, c'est d'une sociologie critique qui se sent autorisée, au nom de son savoir accumulé et de ses " méthodes rigoureuses ", à les penser incapables de toute critique.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2010).

  • La recherche sur la vie et l'intelligence artificielles posent une question qui hante nos contemporains : si nous pouvons modifier la nature humaine, qu'en est-il alors de la condition humaine ? Jusqu'où l'homme " amélioré " reste-t-il un homme ? Une réflexion philosophique et politique.
    Depuis les années 1980, la recherche sur la vie et l'intelligence artificielles a permis des avancées spectaculaires dans la fabrication d'artefacts inspirés du vivant. Grâce au génie génétique et aux neurosciences, des chercheurs annoncent la possibilité d'" améliorer " la nature humaine. Et la pensée elle-même est désormais le fruit de combinaisons entre processus neuronaux humains et ceux des artefacts. Ces techniques posent toutefois une question majeure : jusqu'où l'homme " amélioré " reste-t-il un homme ?Pour y répondre, Miguel Benasayag propose dans ce livre de rompre avec le vieil imaginaire opposant l'homme à la machine : la question n'est pas de savoir si les automates peuvent ou non imiter le fonctionnement de la conscience et de la vie, mais d'interroger - grâce aux ressources de la philosophie et de la neurophysiologie - le sens même de ces deux notions. Pour l'auteur, elles ne recouvrent pas des entités ontologiques qui existeraient " en soi " : elles sont des constructions de chaque époque et celle qui a conçu leurs avatars modernes est elle-même en crise. Les conceptions de la conscience et de la vie que les savants cherchent à reproduire n'ont rien de comparable avec leur manifestation biologique, mais les effets de cette recherche dans le formatage de la vie et du monde sont bien réels : l'idéologie postmoderne du " tout est possible " en matière de modification du vivant, loin d'être la réalisation d'un rêve, serait plutôt l'avènement d'un cauchemar.Miguel Benasayag pose ici les bases d'une nouvelle épistémologie des rapports complexes entre techniques et vie. Et il explore les voies qui permettront l'homme de développer une véritable puissance d'agir à l'heure de la virtualisation mortifère de la vie.

  • Tables tournantes et parlantes, somnambules et médiums, fantômes et ectoplasmes ont captivé l'attention d'une fraction non négligeable de la communauté scientifique française au tournant du XXe siècle. Les huit récits d'épisodes marquants du début du XXe siècle réunis dans cet ouvrage se lisent comme autant de reportages inattendus et passionnants sur l'engouement pour les phénomènes inexpliqués.
    Tables tournantes et parlantes, somnambules et médiums, fantômes et ectoplasmes ont captivé l'attention d'une fraction non négligeable de la communauté scientifique française au tournant du XXe siècle. Ces phénomènes bizarres pouvaient-ils s'expliquer par la physique, par la biologie, ou bien relevaient-ils de la psychopathologie ? Nombreux furent les savants qui tentèrent de les soumettre à la méthode expérimentale : Pierre et Marie Curie participèrent aux séances d'une célèbre médium, Camille Flammarion enquêta sur la télépathie, tandis que le prix Nobel de physiologie Charles Richet proclama sa croyance aux fantômes et fonda une nouvelle science, la " métapsychique ". Puis, après cette période d'engouement pour les phénomènes occultes, dans les années 1930, en dépit (ou à cause) d'une radiesthésie aux ambitions scientifiques, toute forme d'occulte fut bannie du champ scientifique et renvoyée vers les " para-sciences ". Les huit récits d'épisodes marquants de cette période réunis dans cet ouvrage se lisent comme autant de reportages inattendus et passionnants. Et au-delà, les historiens des sciences et de la culture qui ont contribué à ce livre apportent des explications troublantes à ce double mouvement d'ouverture puis de fermeture de la communauté scientifique française, dont les effets se font sentir jusqu'à nos jours.

  • " Il est prouvé que... ", " du point de vue scientifique... ", " objectivement, les faits montrent que "... Combien de fois de telles expressions ne scandent-elles pas le discours de ceux qui nous gouvernent ? Car depuis que nos sociétés se veulent démocratiques, le seul argument d'autorité quant à ce qui est possible et ce qui ne l'est pas provient de la science. C'est cette fausse évidence, cette étrange identification des pouvoirs et des sciences qu'Isabelle Stengers conteste ici de manière radicale. Elle s'intéresse à l'image que la science donne d'elle-même : celle d'un savoir neutre et " objectif ", chargé de dissiper les préjugés en dévoilant la vérité. En analysant la manière dont les sciences et les pouvoirs répondent à certaines questions -; qu'est ce qu'une drogue ? Qu'est-ce qu'un microbe ? Comment guérit-on ? -;, elle montre que cette image correspond plus à une légende dorée qu'à la réalité de la science " telle qu'elle se fait ". Et que loin de s'opposer, science et démocratie sont liées de manière cruciale. Car la rationalité s'est toujours construite en contestant les rapports d'autorité et les modes de légitimation dominants. Pour Isabelle Stengers, l'impuissance actuelle des citoyens face aux mutations imposées par le formidable pouvoir de la technoscience n'est pas une fatalité : une autre vision de la science -; à laquelle ce livre entend contribuer -; peut permettre de concilier rationalité et démocratie.

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