• Au bagne

    Albert Londres

    • Motifs
    • 28 Mars 2012

    Cayenne. Guyane française. Le bagne. C'est l'absolue folie d'une institution qu'Albert Londres, missionné par sa rédaction, va découvrir, entre l'Ile du diable et l'Ile du Salut. Dans cet espace d'exotisme et de misère crue, c'est derrière les barreaux que se rencontrent les hommes. Les tatoués, les parias, les bandits, innocents et criminels, ils sont tous là, inoubliables. Enquête, reportage, Au bagne est un de ces livres majeurs qui, par sa vérité, force les choses. Un an après sa parution, la France fermait pour toujours les portes du bagne.

  • "Les forçats de la route" est un reportage d'Albert Londres publié en 1924. Initialement paru comme une série d'articles dans "Le Petit Parisien" pendant l'été 1924, "Les forçats de la route", parfois connu sous le titre "Tour de France, tour de souffrance", est un reportage exceptionnel sur les temps héroïques du Tour de France : coureurs face à leur solitude, luttant en permanence contre la douleur physique, le long d'étapes sans fin...Pour l'anecdote, le Tour de France 1924 fut remporté par un Italien, Octavio Bottechia, et c'est aussi la première fois qu'un coureur conserva le maillot jaune de la première à la dernière étape.


  • Albert Londres (1884-1932) a laissé son nom a un des grands prix internationaux de journalisme.


    On connaît ses reportages sur les bagnes : journalisme d'investigation, mais qui passe d'abord par la capacité de l'écriture à proposer après coup le chemin même de l'enquête et son enjeu humain. Grandeur de ceux-là à ce qu'ils ne jugent pas, mais construisent l'humain au point exact où la révolte même, ou la peine, ou le partage, deviennent incontestables.


    En 1925, pas question de forcer officiellement la porte des asiles. Il y entrera quand même (et s'en fera 9 fois expulser), parfois se faisant passer pour l'assistant du dentiste. C'est plus facile en province.


    Et c'est hallucinant. La folie est une punition, qu'on redouble dans le traitement asilaire. Misère de ces mouroirs sans hygiène, et 80 000 enfermés... Hauteur d'Albert Londres : ne pas contourner les internements forcés, familiaux ou administratifs, suivre un patient guéri, quand son village d'origine se referme devant lui comme devant une bête malfaisante. Et entrer dans les cachots - sculpter visages, mots et voix avec la même attention et la même ouverture.


    Une psychiatrie tâtonnante, qui garde les cerveaux dans des pots de chambre (hallucinant chapitre), qui peut laisser tremper les gens 36 heures dans l'eau tiède, la tête seule dépassant, ou nourrir de force les patients par intubation nasale, mais qui ne dispose d'aucun médicament contre l'angoisse.


    On ne vient pas ici lire et publier Chez les fous par besoin d'exotisme, ou se rassurer sur la psychiatrie d'aujourd'hui. On est dans le même choc et la même densité humaine que Raymond Depardon a rapporté de San Clemente. On croise aussi, en ouverture et clôture du livre, un précurseur : le Dr Toulouse, la même année qu'il accueille le jeune Antonin Artaud à Paris. La dénonciation politique d'Albert Londres quant aux lois de 1838 qui organisent le système asilaire est violente.


    Mais, parmi les patients, il aurait pu croiser Camille Claudel. Et tous ces visages qu'on vient accueillir dans ce livre, on sait le traitement que leur réserve, en masse, le régime de Pétain en 1940.


    Ce livre est aussi une part de notre inconscient.

    FB

  • Biribi

    Georges Darien

    Froissart, le double romanesque de George Darien, raconte ses 33 mois passés dans l'enfer du bagne militaire de Gafsa, dans le sud tunisien à la fin XIX° siècle...Terrifiant !
    Ils se sont précipités sur moi, trois ou quatre, m'ont ramené les bras en avant et m'ont serré les poignets dans la chaîne infâme.
    - Encore un cran ! N'ayez pas peur de tirer dessus. Ça lui apprendra à rouspéter.
    Ça ne m'apprendra rien du tout. Ce que ça pourrait m'apprendre, je le sais depuis longtemps : c'est que le jour où j'ai jeté bas mes effets de civil pour endosser l'habit militaire, j'ai dépouillé en même temps ma qualité de citoyen et que, étant soldat, je suis un peu plus qu'une chose, puisque j'ai des devoirs, mais beaucoup moins qu'un homme, puisque je n'ai plus de droits.
    Le gendarme qui doit m'escorter m'a conduit à l'entrée de la cour, devant la route qui traverse la Kasbah et m'a fait asseoir sur une grosse pierre.
    - Attendez-moi là.
    J'attends. On doit me prendre pour une bête fauve exhibée à la porte d'une ménagerie pour attirer les curieux.
    « Je ne sais si c'est un livre, je voudrais que ce fut un cri. » Biribi est certes un roman, mais un roman vrai, un reportage romancé, décrivant l'horreur de ces établissements tortionnaires. L'oeuvre de George Darien, « est le plus rigoureux assaut que je sache contre l'hypocrisie, l'imposture, la sottise, la lâcheté » selon André Breton. Conclusion de la préface de Max Obione.

  • Terre d'ébène est un des grands textes anticolonialistes. Il nous vient d'un des plus grands journalistes, pourtant aux idées politiques plutôt de droite, assez favorables à la politique coloniale. Oui, mais voilà, il s'agit d'Albert Londres. Alors, il part en Afrique pendant quatre mois, il en fait le tour, exploitations forestières, agricoles, train Congo-Océan, Dakar, Bamako, Tombouctou, Libreville, il va partout. Et sa langue, en dépit de la chaleur, il ne l'a pas dans sa poche ! Il a beau être « haut comme une pomme », il s'en prend à tout le monde : blancs de l'administration, blancs des affaires, gouvernement, petits blancs fonctionnaires de « la colonie en bigoudis » ; et se livre à un réquisitoire en règle contre un système révoltant, le « moteur à bananes », qui trahit la réalité de l'époque : « L'esclavage, en Afrique, n'est aboli que dans les déclarations ministérielles d'Europe ».

  • En 1929, alors que l'antisémitisme est très présent en Europe, il se rend en Palestine. Il rencontre la communauté juive et tombe face à un peuple exclu. Il se prononce alors pour la création d'un État israélien mais doute sérieusement d'une possible entente entre Juifs et Arabes. Ce livre rassemble vingt-sept articles sur les juifs qu'Albert Londres a écrit. Extrait : Ce n'étaient pas des israélites, mais des Juifs. Je répète cela parce qu'il faut bien comprendre. Les assimilés français, anglais, allemands, hollandais, hongrois, etc., ont renoncé depuis plus ou moins de temps à la vie purement juive. Chez eux, beaucoup plus d'Occident que d'Orient. Les pays qu'ils ont adoptés et loyalement servis les ont baignés de leur génie. Et maintenant, ils sont Français israélites, à peu près comme on est protestant ou catholique français. À notre génie ils ajoutent le leur. C'est tout ce que l'on peut dire. Ceux de Moravie, de Pologne, de Russie, nos Juifs des Carpathes ne sont pas des israélites, mais des Hébreux. Ils sont Hébreux plus que Déroulède ne fut Français. Et c'est leur vie d'Hébreux qu'ils sont venus cacher dans ces montagnes, la même -- la même avec des amendements en accentuant encore le caractère -- que leurs ancêtres menèrent dès leur sortie d'Égypte, l'an 1500 avant Jésus-Christ. Où donc se sont-ils préservés de la contagion européenne~? Dans le ghetto.

  • "Marseille, porte du Sud" est un reportage d'Albert Londres publié en 1926. Le journaliste nous décrit son Marseille à lui, quelques années après la deuxième exposition coloniale du siècle. Marseille est le port de l'Empire Colonial, mais c'est avant tout une porte, « une porte monumentale, où passeraient, flux et reflux, les cent visages du vaste monde. ». Londres passe en revue le port, les docks, les marins, les immigrants, l'activité incessante, la proximité des colonies, les parfums exotiques, les bois rares et précieux, les foules les plus diverses, s'intéresse aux tatoués, au trafic d'opium, et au passage, il nous peint le portrait d'une ville trois fois millénaire, qui à elle seule constitue une autre histoire de France.

  • « Dans la Russie des Soviets » est un reportage d'Albert Londres écrit en 1920 pour le compte de l'Excelsior. Il faut cinquante-deux jours au journaliste français pour pénétrer dans la République Socialiste Fédérative des Soviets Russes. A l'époque, on est en plein « Communisme de guerre » ; les journalistes occidentaux ne sont pas admis en Russie rouge, c'est la guerre civile, la famine dans les villes et les campagnes, l'effondrement de la production agricole et industrielle. Albert Londres y découvre une situation extraordinaire : faim, pauvreté, villes en déliquescence, désertées, morts dans les rues, combats, et ce qui l'étonne d'autant plus, c'est le contraste entre cette terrible réalité et l'intention des dirigeants communistes, celle de faire un « paradis sur terre ». Il nous livre un compte-rendu sans concession d'un pays en proie à une crise sans précédent. Un document exceptionnel, à lire absolument, pour toute personne s'intéressant à l'histoire de la Russie, et à cette période en particulier, sans prisme idéologique, sans oeillères, sans discours préfabriqué, du Albert Londres, quoi !

  • Pêcheurs de perles

    Albert Londres

    • Motifs
    • 28 Mars 2012

    Au large des côtes brulantes de la Corne de l'Afrique, Albert Londres observe, fasciné, l'aventure de ces hommes qui plongent à la recherche des huîtres perlières, pour parer la gorge des belles Occidentales. La misère des pêcheurs, la cécité, la surdité qui les affligent, le cynisme des courtiers et des systèmes politiques, mais aussi la poésie des sambouks de la mer Rouge et des marieurs de perles, les rêves de fortune... En 1931, le bourlingueur marche avec les pêcheurs de perles sur la trace des fées" et peint, le verbe haut et l'adjectif corrosif, des tableaux éblouissants du Yémen, de Djibouti-la-Jolie et de Bahrein l'inaccessible, qui ont des "perles au fond de la mer et des étoiles au fond des cieux".".

  • « "Rois, ministres, officiers, gens du peuple, à bas de vos chevaux." À Pékin, dans l'enceinte du Palais d'Hiver, face à la montagne de charbon aux cinq pics et cinq pagodons, sur une stèle millénaire, en cinq langages : mongol, mandchou, chinois, turc et tibétain, ainsi, la vieille Chine, orgueilleusement, apostrophait le passant. À vous tous qui désirez me suivre par les trouées obscures du Céleste Empire en déliquescence, hommes de peu ou de bien, traîneurs de mélancoliques savates ou abonnés de rubriques mondaines, moi, diable blanc et barbare d'Occident, du haut rickshaw1 qui me roule présentement sur le sol immonde et vénéré de la Chine, je crie : - Gens du peuple, officiers, ministres, rois, bottez-vous jusqu'au-dessus du genou, armez-vous de pincettes pour prévenir le contact de toutes choses et en avant ! »

  • "Contre le bourrage de crâne" est la compilation d'articles écrits sur le front par Albert Londres entre Juillet 1917 et Décembre 1918 pour le Petit Journal alors qu'il est correspondant de guerre, et qu'il doit se frotter à la censure militaire. Le journaliste nous emmène un peu partout sur le front français, à Verdun, Reims, Lille, dans l'Est et le Nord, en Belgique, en Angleterre, à Londres, en Italie, jusqu'à Venise, sur le front autrichien, et après l'armistice, jusqu'en Allemagne, où il décrit un pays vaincu, écartelé entre les révolutionnaires et les mouvements conservateurs refusant la défaite. L'un des textes essentiels à lire quand on veut comprendre la Première Guerre Mondiale, et comment elle fut à la fois conclusion du Dix Neuvième siècle Européen et préambule de la Seconde Guerre Mondiale. Un document indispensable, un témoignage unique, qui façonnera les idées, la carrière et l'indépendance d'Albert Londres.

  • « Les Comitadjis » est un reportage d'Albert Londres réalisé en 1931 dans les Balkans, dans le monde des indépendantistes et terroristes macédoniens de l'ORIM. Londres étudie avec minutie l'histoire, la géographie, les conditions politiques qui prévalent en Macédoine, Bulgarie et Serbie. Sans jamais juger, il décrit l'Etat dans l'Etat représenté par l'ORIM, rappelle la tradition des Haïdoucs, et s'intéresse à leurs méthodes, impôt de la Terreur, assassinat comme mode de règlement politique, tout en maintenant des représentants officiels dans les grandes capitales européennes. Intéressant à double titre, que ce soit pour comprendre le fonctionnement des organisations indépendantistes à tendances terroristes, ou pour appréhender la situation des Balkans d'un oeil nouveau. A découvrir !

  • "Visions orientales" est la compilation de trois textes d'Albert Londres qui complètent avec "La Chine en folie" son voyage initiatique en Asie de 1922. Son texte sur le Japon, écrit quelques mois avant le grand tremblement de terre de Tokyo, nous impressionne toujours par sa clairvoyance, son pouvoir d'observation et sa verve intelligente. Oserons-nous le dire ? Il devine presque le futur conflit du Pacifique...Au Vietnam, il se repose, résiste à la chaleur, découvre le port d'Haiphong, chasse le tigre vers Dalat, et surtout s'éprend de Saigon, « la colonie de la colonie », où l'on rencontre « le dernier argonaute ». Puis il s'aventure dans l'Inde de Gandhi, décrypte le mouvement indépendantiste, et après la Cochinchine, dresse un tableau des comptoirs français en Inde, de Pondichéry, où l'on en veut encore à Louis XV d'avoir laissé tomber Dupleix.

  • Dans ce récit poignant, comme tous ses récits et reportages, Albert Londres se lance sur les traces de Georges Darien et part à la recherche de Biribi, les bataillons disciplinaires d'Afrique du Nord. On ne peut pas ne pas mettre les deux livres en parallèle, ce que d'ailleurs nous avons fait. Londres obtient la fermeture des camps disciplinaires quelques années après la mort de Darien. L'écrivain anarchiste avait porté le premier coup, Londres aura la peau de ces camps de la mort de la République. C'est "Dante n'avait rien vu". A lire absolument.

  • Le «chemin de Buenos Aires» est un reportage d'Albert Londres réalisé en 1927 entre Paris, Bilbao et l'Argentine. Cette fois-ci, le journaliste fréquente le « milieu », rencontre des maquereaux, des prostituées, visite des maisons closes pour son enquête sur la traite des blanches. Albert Londres ne s'intéresse qu'à la réalité, il ne conçoit pas le journalisme comme l'illustration d'idées préconçues. Encore aujourd'hui, son enquête fait grincer des dents : on lui reproche sa trop grande complaisance vis-à-vis de ceux qui exploitent les Franchuchas de Buenos Aires. Nous ne sommes pas d'accord. Si, comme le dit Albert Londres, « la vertu est le vice qui ne voit pas », la pression de la morale moderne est si forte qu'elle en arrive à demander aux journalistes qu'ils l'entérinent par une distorsion de la réalité perçue. Albert Londres ne mange pas de ce pain là. Ce qu'il voit, qu'on veuille l'entendre ou non, il le dit.

  • De Haan quitte sa Hollande natale en 1919 pour s'installer à Jérusalem. Correspondant d'un quotidien amstellodamois, il a laissé derrière lui près de 400 reportages rédigés sous forme de feuilletons qui constituent une chronique fascinante de la vie palestinienne au cours des années 1919-1924 (année où il est abattu, en pleine rue).
    Des reportages passionnants qui restituent admirablement le climat et l'ambiance de l'époque, et qui sont à mettre dans la lignée de ceux de Joseph Kessel ou d'Albert Londres.


  • C'est un club très fermé où l'on entre en montrant ses papiers. Chaque année, il accueille un seul nouveau membre, grand reporter de son état, le meilleur d'entre tous.

    A un rédacteur en chef aujourd'hui oublié qui lui reprochait de ne pas suivre « la ligne du journal », Albert Londres répliqua : « Monsieur, un reporter ne connaît qu'une ligne, celle du chemin de fer ». L'anecdote a une saveur surannée. Elle date des années 20. Depuis la disparition du célèbre reporter en 1932, le prix Albert Londres, que l'on appelle communément le « Goncourt » du journalisme est décerné à des journalistes pour leur travail d'investigation et de terrain. Cette récompense ne dépend d'aucun mécène, d'aucune entreprise de presse, d'aucune maison d'édition.
    Trois confrères du quotidien régional Sud Ouest ont eu l'honneur et le privilège de se voir décerner ce prix prestigieux. Il s'agit de Jean-Claude Guillebaud (en 1972), de Pierre Veilletet (en 1976) et d'Yves Harté (en 1990).
    Ce livre numérique rassemble une sélection de textes de ces trois journalistes, puisés parmi les séries, les enquêtes et les reportages qui leur ont valu d'obtenir cettte distinction. Des "Carnets de route" de Jean-Claude Guillebaud au Bengale à l'interminable agonie de Franco en Espagne racontée par Pierre Veilletet, aujourd'hui disparu, en passant par les derniers soubresauts de l'Europe de l'Est observés par Yves Harté racontant la renaissance d'un monde que deux guerres mondiales avaient figé. Des reportages au long cours, un journalisme rare dont Jean-Claude Guillebaud estimait qu'il est « un coup de filet dont la maille serait un peu trop large pour les nuances et cependant assez fine pour ramener quelques richesses... »
    Pierre Veilletet, Jean-Claude Guillebaud, Yves Harté : trois plumes, trois reporters de "Sud Ouest" dont nous vous proposons de redécouvrir les textes au coeur de l'actualité, et de l'Histoire en marche.

  • Adieu Cayenne

    Albert Londres

    En 1923, il se rend en Guyane où il visite le bagne aux Îles du Salut, à Cayenne et à Saint-Laurent-du-Maroni. Décrivant les horreurs de ce qu'il voit, son reportage suscite de vives réactions dans l'opinion mais aussi au sein des autorités. Lors du reportage qu'il effectue en Guyane sur le bagne, Albert Londres rencontre Eugène Dieudonné, un menuisier anarchiste condamné sans preuve lors du procès qui jugea «la bande à Bonnot». Quelques années plus tard, le journaliste apprend que le forçat s'est échappé, il le retrouve au Brésil où il a refait sa vie. L'auteur nous conte les péripéties de l'évasion, nous décrit l'hostilité de l'environnement, la mer, la forêt, la solidarité mais aussi l'égoïsme des bagnards, les chasseurs d'évadés, etc. Albert Londres fera tout pour que Dieudonné soit gracié et il obtiendra gain de cause. Extrait : J'atteignis le bout de Cayenne. La brousse était devant moi. Un dernier regard à l'horizon. Je disparus dans la végétation. Il s'agissait, maintenant, d'éviter les chasseurs d'hommes. En France, il y a du lièvre, du faisan, du chevreuil. En Guyane, on trouve de l'homme. Et la chasse est ouverte toute l'année ! J'aurais été un bon coup de fusil, sans me vanter. La « Tentiaire » aurait doublé la prime. Fuyons la piste. Et, comme un tapir, je m'avançai en pleine forêt. Au bout d'une heure, je m'arrêtai. J'avais entendu un froissement de feuilles pas très loin. Était-ce une bête ? un chasseur ? un forçat ? Je m'aplatis sur l'humus. La tête relevée, je regardai. C'était Jean-Marie, le Breton. Je l'appelai. Ah ! qu'il eut peur ! Mais il me vit. En silence, tous deux, nous marchâmes encore une heure et demie, le dos presque tout le temps courbé. Et nous vîmes la Crique Fouillée. Brinot, Menoeil, Venet étaient là. On se blottit. Il ne manquait que Deverrer. - S'il ne vient pas, dit Brinot, on aura cinq cents francs de moins, tout est perdu.

  • « Gabriele d'Annunzio et l'incident de Fiume » est une série d'articles d'Albert Londres publiés entre Mars 1919 et Janvier 1921. Ces articles, parus dans Le petit Parisien, puis dans L'Excelsior après que Londres se soit fait licencier du Petit Parisien sur ordre de Clémenceau, gravitent autour de la personnalité de Gabriele d'Annunzio, personnage hybride, rêveur et martial, poète célèbre et aviateur héros de la guerre, qui influencera Mussolini et les Fascistes, plaçant souvent D'Annunzio au mieux dans le camp des fous aux rêves dangereux, au pire parmi les Fascistes ou les pré-fascistes. C'est juste mais c'est réducteur. Ces articles nous permettent de comprendre la situation dramatique de l'Italie à la sortie de la Première guerre mondiale, la promesse (non tenue) faite à l'Italie par le camp des vainqueurs, la France et le Royaume-Uni, le ressentiment italien résultant dans une agitation sociale et politique intense, et dans un sursaut de nationalisme revendicateur. Albert Londres nous fait aussi découvrir le personnage de Gabriele d'Annunzio, son indignation face au sort des compatriotes de Fiume, et le « coup » de Fiume. Ensuite, c'est au lecteur de juger, non pas sur la base de ce qu'il convient de penser ou de dire, mais en fonction des faits.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Albert Londres ne réécrit pas l'Histoire, il la vit au plus près, en donne environ deux cents échos qui, ensemble, posent un regard, posent un homme, lui fournissent une réputation toute nouvelle et déjà solide.
    Nous n'avons, dans ce volume, compilé que les articles signés par Albert Londres. On sait qu'avant d'arriver à Reims en septembre 1914, il avait déjà écrit quelques grands articles. Mais, en l'absence de son nom après le point final, ils ont été écartés. En revanche, la lecture attentive, quatre années durant, des journaux pour lesquels il travaillait à cette époque a permis d'exhumer, en pages intérieures, quelques textes passés inaperçus dans des éditions précédentes. L'exhaustivité a été notre objectif, la rigueur dans la transcription tout autant. En comparant l'original et les diverses copies publiées avant celle-ci, des divergences apparaissent. Elles partent, pour la plupart, d'un bon sentiment : rétablir, dans des phrases parfois longues, à coups de virgules par exemple, un rythme convenu - alors que celui d'Albert Londres ne l'est guère, dans l'économie de respirations qui le caractérise. Sa prose est un flux tendu qui restitue, mieux qu'une langue classique, le tempo des événements.

  • Il est régulièrement question, dans la presse, de la restauration de certains bâtiments abandonnés des bagnes de Guyane. Mais sait-on ce qui amena leur désaffection ? Si l'on a beaucoup écrit, si l'on écrit encore beaucoup sur le bagne, on savait peu de choses sur ce qui amena sa disparition. L'auteur n'a pas cherché à refaire l'histoire, déjà largement connue, d'un châtiment resté inscrit dans le droit français pendant près d'un siècle. Elle a cherché à voir comment et pourquoi s'acheva l'aventure du bagne. Grâce à l'étude de sources nouvelles, tant publiques que privées, le lent processus vers l'abolition du bagne apparaît ici, dans toute sa complexité. Et l'histoire de cette évolution s'éclaire du témoignage de ses acteurs essentiels : Gaston Monnerville et Charles Péan. C'est aussi la vie quotidienne des derniers condamnés, en particulier de ceux qui connurent les effets de la Seconde Guerre mondiale dans les camps, qui est racontée dans ce livre.

  • Eugène Dieudonné (1884-1944)





    "L'atmosphère de la salle des Assises est pesante, angoissée.


    Le jury a rendu un verdict affirmatif.


    Les gardes ramènent les accusés dans le box.


    Dans le lourd silence, le président laisse tomber les sentences. Sentences de mort, de bagne, de réclusion... Tout ce qui suit, efforts suprêmes de la défense, conclusions, protestations, appels à la miséricorde, colères, faiblesses ou cynisme, tout cela semble vain comme le désespoir.


    C'est fini."





    Eugène Dieudonné a eu le tord d'être anarchiste et de fréquenter Jules Bonnot. Arrêté, accusé de faire partie de la "bande à Bonnot" et d'avoir participé au braquage de la "Société Générale" de la rue Ordener, il est condamné à mort en 1913, peine commuée en travaux forcés à perpétuité au bagne de la Guyane.


    Dans "La vie des forçats", Eugène Dieudonné témoigne de l'enfer vécu par les bagnards dans un système pénitentiaire destiné à éliminer la "mauvaise graine" et non à la réhabiliter.



    Préface d'Albert Londres

  • Depuis les combats de la Libération, dans une impressionnante fresque historique, la vie de Jean Lartéguy épouse étroitement tous les cahots de la seconde partie du XX

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