Seuil

  • L'envergure littéraire et politique d'Aimé Césaire en fait une des figures majeures du XXe siècle : un homme de conviction et de création.

    Père de la Négritude dans les années 30 avec Léon-Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire est l'un des plus grands poètes du XXe siècle. Il a accompli une révolution poétique éblouissante et fondatrice, inaugurée par son chef d'oeuvre Cahier d'un retour au pays natal (1939). Homme politique engagé, comme maire de Fort-de-France et député de la Martinique après-guerre, et, au-delà, comme figure tutélaire du combat pour l'émancipation des individus et des peuples, en particulier dans le « monde noir », son oeuvre éclaire les déchirures de son temps, comme en témoigne son Discours sur le colonialisme.

    Césaire, c'est également une conscience sensible et complexe. Sa biographie permet de retraverser l'histoire du siècle à travers le point de vue d'un homme attentif, « poreux à tous les souffles du monde ». Un ennemi de tout obscurantisme, de toute simplification, quitte à revendiquer ses contradictions. Un adepte de l'humour, de l'autodérision et de l'optimisme.

  • Geneviève de gaulle Anthonioz, déportée à Ravensbrück, écrit, plus de cinquante ans après, le récit des mois passés au secret, dans le cachot du camp, exclue parmi les exclues.
    Pourquoi écrire aujourd'hui seulement ? Cette traversée de la nuit est-elle à l'origine des choix de sa vie future, cette attention portée à ceux qui sont victimes d'exclusion ? A ces questions l'auteur ne répond pas. C'est la simplicité même du récit et la stupéfiante fraîcheur d'une mémoire inguérissable qui témoignent. De cette expérience intérieure nul ne peut sortit indemne.

  • " L'Abeille ", c'est un remorqueur de haute mer, un des plus puissants de la planète, en " station " à Brest.
    Ouessant, c'est le cap Horn de l'Europe, le pays des vents furieux, des courants sauvages, des crocs sous-marins.
    " L'Abeille " garde Ouessant comme on garde un trésor ou un stock de nitroglycérine. 24 heures par jour, 365 jours par an, elle est prête à appareiller pour éviter que le sang et le pétrole ne salissent les rivages les plus dangereux de l'autoroute maritime la plus fréquentée des notre monde. Absolument par tous les temps.
    Durant une année, Hervé Hamon a partagé, à leur bord, l'existence des chasseurs de tempêtes. Il raconte ici le métier de ces marins. Il raconte les nuits à la passerelle par force 12, et le travail des matelots, sur le pont, sous les déferlantes, pour passer la remorque aux navires en détresse.
    Et l'attente, aussi.
    Il a su concilier le regard attentif du témoin avec un talent d'exceptionnel raconteur d'histoire. Une histoire de vie et de tumulte, de liberté et de contrainte, où l'ordinaire et l'extraordinaire sont mêlés. Une histoire généreuse et une question : pourquoi des hommes acceptent-ils de risquer leur vie afin que d'autres hommes ne meurent pas ?

  • " Il m'est venu l'envie d'écrire un livre doux. Pas vraiment sur les bêtes mais plutôt autour, à propos des rapports que nous avons avec certaines d'entre elles. Pourquoi avons-nous une telle faim de leur tendresse, de leurs qualités particulières ?
    Envie de rendre hommage, aussi, à ces personnes animales rares qui accompagnent parfois un temps notre existence et y apportent paix et simplicité. "
    Anny Duperey

  • Enfourcher son premier vélo, c'est entrer dans une langue que l'on mettra sa vie à assimiler, c'est transformer chaque geste en un secret pour le piéton. Prêt à mouliner, prêt à gicler, à coincer, à bâcher, à sucer les roues, à pointer le nez à la fenêtre, prêt à avaler des bornes et des bornes pour entrer dans le clan édénique des moelleux...
    Enfourcher un vélo, c'est entrer dans une histoire et une légende que l'on découvrira dans mille et mille numéros de L'Equipe. La divine solitude du cycliste est peuplée d'ombres que le soleil étire sur le grain des routes. Assis sur ma première selle, j'apprenais à sentir le souffle du grand peloton des cyclistes du temps et du monde.
    Enfourcher un vélo, ce n'est pas monter sur une machine pour l'oublier, c'est, au contraire, entamer un débat permanent avec elle. Au moment où je coince dans une bosse, je lance un regard inquiet sur le pédalier du salaud qui me double : j'en étais sûr, il est ovale et il a des manivelles de 175 !
    Enfourcher un vélo, c'est prendre possession du paysage. D'abord celui de ma roue avant, ensuite celui des jambes de mon père (qui sont les jambes que je connais le mieux au monde), enfin le vaste paysage quand l'équilibre et la forme sont là.

  • Une vie géniale à nulle autre pareille – celle d'une femme partie en quête de vérité jusqu'à en mourir ; mais plus encore celle d'une femme en amour avec l'esprit, malgré la violence extraordinaire de son temps.
    Philosophe, écrivain, poète, mystique, partisane de toutes les luttes politiques des années 1930, jusqu'à se faire ouvrière chez Renault, à la fois engagée dans la guerre d'Espagne et la France libre, Simone Weil n'a jamais dissocié son action de sa parole, son combat politique de son engagement spirituel, sa vision philosophique de sa pratique mystique. Albert Camus, Emil Cioran ou André Breton ne s'y sont pas trompés, qui l'ont saluée comme l'un des êtres les plus libres qui ait été.
    Ce portrait met en lumière les seuils franchis, les choix résolus – le renoncement à l'amour, les amitiés, la charité totale et l'heure de la mort. Il élucide le grand rêve de Simone Weil : vivre, dans la fraternité, l'amour immense qu'elle portait à son prochain, et partager avec lui la souffrance du monde. Christiane Rancé fait surgir devant nous une femme résolument en avance sur son siècle, dont la présence, l'exemple nous sont nécessaires.
    Christiane Rancé est écrivain.
    Parmi ses livres récents : Catherine de Sienne, le feu de la sainteté (Seuil, 2008) et une biographie : Jésus (Gallimard, 2008).

  • L'un, dans le jardin, ramasse des noix, cultive des patates, fauche l'herbe.
    L'autre, dans l'atelier, dessine des noix, des patates, de l'herbe.
    Après le travail, ils parlent (ils disent "batailler").
    L'un est le patron, l'autre l'employé. Mais ils sont pays et tous deux s'interrogent sur le beau ("Ah ! une belle salade ! - Ah ! un beau tableau ! - Dis, c'est quoi, pour toi, une belle salade ?").
    Au début, ils s'apprennent : le contact est un peu laborieux, et puis ça vient tout seul. Un sujet en amène un autre : les carottes, la vie, les citrouilles, la mort, les poireaux, la jalousie, les haricots, l'art, les petits pois, la maladie, les groseilliers, les voyages. Ils cultivent leur jardin, au propre et au figuré.
    Le lecteur grappille un légume ou un fruit défendu à chaque page.

  • " Je n'ai pas choisi la mer et elle ne m'a pas choisi. J'ai la mer comme certains amis ont la foi : par foudre innocente, étrangère à la raison et au calcul. "
    Hervé Hamon a entrepris, dans ce livre à la première personne, de décrire et partager son besoin – de rivage, de marées, d'îles, de navigation, de ports. Il nous convie à voyager d'Ouessant aux brumes de Terre-Neuve, des icebergs du Groenland aux montagnes marines de la Crète. Il nous convie à emprunter la mer pour toucher terre. Il dit sa Bretagne, où il est solidement ancré, mais il n'est pas chauvin : la mer, et la mer seule, fait le tour du monde.
    " Être marin, écrit-il, c'est s'exercer à partir. " Il s'adresse à tous ceux, navigateurs ou paysans, citadins ou gens de la houle, qui vivent une passion, en goûtent le plaisir, et se savent mortels. A tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, aiment le large.

  • Léon Tolstoï a fasciné les imaginations à travers ses débauches de jeunesse, ses appétits monstrueux, ses rapports passionnés avec sa femme Sophie, jusqu'à sa fuite dans la nuit à Astopovo, petite gare perdue dans l'immensité russe, où il est mort en 1910.
    Mais qu'en est-il de ses crises d'âme ? Sa prescience des femmes et de la mort ? Sa quête d'un sens ? Et son désir de connaître Dieu ?
    Autant de questions, plus que jamais les nôtres, auxquelles s'attache Christiane Rancé, dans une relecture originale et profonde de la pensée spirituelle et de l'œuvre du titan russe.
    Cet ouvrage est le portrait d'un génie en perpétuel mouvement qui connaissait chaque fleur par son nom et que hantait l'horreur du néant : le portrait d'un ogre qui portait en lui l'humanité tout entière.
    Christiane Rancé est écrivain. Parmi ses livres récents : Jésus (Gallimard, 2008) et Simone Weil, Le Courage de l'Impossible (Seuil, 2009)

  • Enfance heureuse à Sighet, petite ville des Carpates longtemps épargnée par la guerre. Fureur et ténèbres d'Auschwitz et de Buchenwald : l'adolescent en sort exsangue, l'esprit muet, sans patrie. Mais il conserve en lui ses rêves messianiques, le sourire de Tsipouka, la petite sœur aux cheveux d'or, le regard et les ultimes paroles de son père – secrets qui hantent toute l'œuvre d'Elie Wiesel et qu'il révèle ici. Quarante ans plus tard, consécration de l'écrivain lorsqu'il reçoit le prix Nobel de la paix.
    Ce sont là trois repères dans une vie fertile en bouleversements, ruptures et découvertes.
    Elie Wiesel a 17 ans. Le voici à Paris, balloté dans un univers inconnu. Apprendre le français lui paraît alors moins ardu que de séduire toutes les jeunes filles dont il tombe amoureux. La naissance d'Israël l'exalte, mais comment aider le jeune État ? Le voici apprenti journaliste, un métier qui lui fera parcourir le monde, traquer les scoops, se lier d'amitié avec François Mauriac et Golda Meir, côtoyer personnalités et chefs d'État.
    A 30 ans, Elie Wiesel parvient à décrire son expérience de La Nuit, à témoigner pour les martyrs de l'Holocauste. Ainsi commence une œuvre vouée au souvenir des victimes, à la défense des survivants et de tous les opprimés. Avec les armes de la compassion, de l'amour et parfois de la colère, cette œuvre et cette vie vont devenir un combat entre le doute et la foi, le désespoir et la confiance, l'oubli et la mémoire. Combat d'un inlassable témoin de la violence des hommes et de leur rêve d'une Jérusalem pacifiée, idéale.

  • " Je suis un anormal. On l'a dit, assez. Je l'ai senti. Les mouvements des yeux qui passent à l'examen chaque parcelle de mon être me l'apprennent : tel regard fixe le mien puis descend, là précisément où se trouve la preuve qu'il recherche : " il est handicapé ". Parcours des yeux, quête insistante du talon d'Achille, de la faiblesse. Ce que la plupart des gens perçoivent, c'est l'étrangeté des gestes, la lenteur des paroles, la démarche qui dérange. Ce qui se cache derrière, ils le méconnaissent. Spasmes, rictus, pertes d'équilibre, ils se retranchent derrière un jugement net et tranchant, sans appel : voici un débile. Difficile de changer cette première impression, douloureux de s'y voir réduit sans pouvoir s'expliquer. "
    A.J.

  • J'avais pensé, logiquement, dédier ces pages à la mémoire de mes parents – de mon père, surtout, l'auteur de la plupart des photos, qui sont la base et la raison d'être de ce livre.
    Curieusement, je n'en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n'ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d'avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l'excuse de la maladie, sans même l'avoir voulu, quasiment par inadvertance. C'est impardonnable.
    Mon père fit ces photos. Je les trouve belles. Il avait, je crois, beaucoup de talent. J'avais depuis des années l'envie de les montrer. Parallèlement, montait en moi la sourde envie d'écrire, sans avoir recours au masque de la fiction, sur mon enfance coupée en deux. Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes et justifiées l'une l'autre.
    Ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images, elles me tiennent lieu de mémoire. J'ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort – il ne me reste rien d'avant, d'eux, que ces images en noir et blanc.
    A.D.

  • "Enfant, j'ai adoré mon père. Adolescente, je l'ai détesté. Parce qu'il était harki, parce qu'il a soutenu l'armée française pendant la guerre d'Algérie, j'ai longtemps cru que mon père était un traître. Il n'a jamais nié. Il ne m'a jamais rien dit. Devant son silence, j'ai décidé de partir sur les traces d'un fellah et d'une bergère, mes parents, dont la vie a basculé un matin de juin 1962.
    Quarante ans après, j'ai refait leur parcours dans les camps où la France les a parqués: leur passé et mon présent se sont tissés, noués, intimement mêlés. Ces pages sont leur histoire et ma quête. Dans ce voyage au bout de la honte, j'ai découvert une horrible machinerie d'exclusion sociale et de désintégration humaine.
    Et puis, j'ai traversé la Méditerranée. En Algérie, j'ai poursuivi ma quête, dans une région en guerre contre l'islamisme, j'ai retrouvé des membres de ma famille et le village de mes parents qu'ils n'ont jamais revu. Là-bas, j'ai compris qui étaient vraiment les harkis, leur rôle dans la guerre d'Algérie, leurs tiraillements, leurs secrets aussi. J'ai enfin percé le silence qui pèse sur cette histoire. J'ai su, alors, pourquoi j'avais écrit ce livre: pour parler à mon père."
    DK

  • Henning Mankell, l'homme privé et l'homme public, celui qui vit un pied dans la neige suédoise, l'autre dans le sable africain. Celui qui aime écrire avant tout.
    Pendant un an Kirsten Jacobsen a suivi le célèbre écrivain suédois dans ses déplacements dà travers le monde, l'a observé et a conversé avec lui. Dans ces entretiens, Mankell se livre comme jamais auparavant quant à son parcours personnel, son processus créatif, ses engagements sociétaux et politiques. De ces rencontres émerge le tempérament de l'homme : travailleur, solitaire, pressé, en colère, inquiet, impatient, altruiste, généreux. Un être profondément intègre qui lutte contre le racisme et place au cœur de sa vie et de son œuvre un postulat : démocratie et solidarité.
    Mankell (par) Mankell est un portrait vivant, illustré de 80 photos, enrichi de nombreux témoignages de proches et d'amis (Eva Bergman, Kenneth Branagh, Desmond Tutu, Michael Ondaatje).
    Kirsten Jacobsen, journaliste et écrivain danoise née en 1942, a réalisé une longue série d'ouvrages consacrés à des personnalités, parmi lesquelles Lars von Trier.
    Traduit du danois et du suédois par Anna Gibson

  • Martin Page répond aux lettres d'une jeune écrivaine prénommée Daria. Tout en lui donnant des conseils d'écriture, il esquisse des moyens de se débrouiller avec le monde, avec le milieu littéraire, avec ses propres névroses et fragilités. Au fil de ce dialogue, il brosse aussi une sorte d'autoportrait. Entre dépression et exaltation, il nous parle de l'art sauvage de l'écriture, un art encore jeune, riche de possibilités. Sans escamoter la dureté sociale ni la réalité des coups et des blessures, il défend l'imagination comme forme de résistance et de création intime. La littérature est un sport de combat autant qu'un des grands plaisirs de l'existence.
    Martin Page est né en 1975. Il est l'auteur, entre autres, de Peut-être une histoire d'amour et, dernièrement, de L'Apiculture selon Samuel Beckett. Il écrit également pour la jeunesse.
    Retrouvez l'actualité de l'auteur sur son site : martin-page.fr

  • Né allemand en 1917, Stéphane Hessel choisit de Gaulle et la Résistance ; il sera déporté, participera à de grands moments de la vie internationale et deviendra ambassadeur de France. Derrière ce parcours exceptionnel se cache un personnage original, qui professe le goût du risque et le respect d'autrui. De l'ONU à Saigon en passant par Alger ou New York, il revient sur sa vie d'homme engagé. Indigné.

    Stéphane Hessel est né à Berlin en 1917. Normalien, résistant, déporté, diplomate, il fut un proche collaborateur de Pierre Mendès France et Michel Rocard. En 2010, il est revenu sur les motivations de son engagement dans Indignez-vous !.

    « Sa vie est un roman. »
    Le Monde des livres

    /> Préface inédite de l'auteur

  • Voici la première étude d'ensemble, en langue française, de la vie et de l'œuvre d'une des étoiles les plus brillantes de la Vienne du tournant du siècle à l'entre-deux-guerres.
    Né en 1874, la même année que Hugo von Hofmannsthal et Arnold Schönberg, Karl Kraus (1874-1936) est l'une des plus grandes figures de cette modernité qui, de la fin de siècle aux années 1920, a fait passer la capitale viennoise au premier plan de l'histoire intellectuelle et artistique européenne.
    Orateur magnétique, maniant comme personne cet humour (juif) qui fut comme la marque d'un Empire à ses derniers feux, Kraus fascina autant les écrivains (Musil, Canetti, Broch), les musiciens (Schönberg, Berg), l'architecte Loos, l'explorateur de l'âme Freud, les philosophes, de Wittgenstein à Adorno, que Walter Benjamin, son interprète le plus profond et le plus lucide.
    Dramaturge, poète, essayiste, il fut avant tout un satiriste redouté, dénonçant dans sa fameuse revue, Die Fackel, les compromissions et les faux-semblants des milieux littéraire et politique, la corruption sous toutes ses formes (en particulier celle de la langue, qui lui semblait la plus destructrice) et la presse en général. Maître de l'essai satirique et polémique, de l'aphorisme, cultivant la provocation au nom d'une certaine idée de la culture et de la vérité, cet enragé magnifique est l'auteur d'authentiques chefs-d'œuvre (des Derniers jours de l'humanité à la Troisième nuit de Walpurgis).
    Richement documentée et portée de bout en bout par l'élan de créativité qui enflamma l'époque, cette passionnante biographie fera date.
    Jacques Le Rider est directeur d'études à l'École pratique des hautes études. Il est notamment l'auteur de Modernité viennoise et crise de l'identité, La Mitteleuropa, Les juifs viennois à la Belle Époque, et d'ouvrages de référence consacrés à Otto Weininger, Hugo von Hofmannsthal, Sigmund Freud et Arthur Schnitzler.

  • Entré simultanément, à vingt ans, en Résistance et en communisme, Edgar Morin a connu le doute à l'égard du second dès la Libération puis, de déchirements en désillusions, au moment des procès et des purges de la " deuxième glaciation " stalinienne, le rejet réciproque en 1951. Son appartenance au Parti avait duré dix ans, au cours desquels il avait vu comment l'Appareil pouvait transformer un brave en lâche, un héros en monstre, un martyr en bourreau. Ce livre, publié pour la première fois en 1959, plusieurs fois réédité et augmenté ici d'une nouvelle préface, est le récit sincère d'une aventure spirituelle.
    Dans ce détournement de l'exercice tristement célèbre de confession publique que le pouvoir soviétique exigeait de ceux dont il entendait se débarrasser, Edgar Morin ne se contente toutefois pas de dénoncer le dévoiement d'une idéologie. Il restitue le communisme dans sa dimension humaine en montrant comment celui-ci a pu tout à la fois porter et trahir les plus grands idéaux. En élucidant le cheminement personnel qui l'avait conduit à se convertir à la grande religion terrestre du XXe siècle, il se délivre à jamais d'une façon de penser, juger, condamner, qui est celle de tous les dogmatismes et de tous les fanatismes.
    Ce témoignage, qui est celui d'une génération, est aussi une leçon actuelle dans notre époque menacée par de nouveaux obscurantismes.
    Philosophe et sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS et docteur honoris causa de vingt-sept universités étrangères, Edgar Morin est l'auteur d'une œuvre transdisciplinaire abondamment commentée et traduite, dont l'ambitieuse Méthode, en six tomes, publiée au Seuil.

  • Pour beaucoup, le mythe des Brigades internationales reste aujourd'hui encore intact. Et pourtant, derrière l'aventure héroïque de milliers de volontaires venus de tous les pays au secours de la République espagnole, se cache une autre vérité, déconcertante et douloureuse, que révèle ce témoignage sauvé de l'oubli.
    Sygmunt Stein, militant communiste juif en Tchécoslovaquie, bouleversé par les procès de Moscou qui ébranlent sa foi révolutionnaire, va chercher en Espagne l'étincelle qui ranimera ses idéaux. Mais arrivé à Albacete, siège des Brigades internationales, il se voit nommé commissaire de la propagande, poste où il découvre jour après jour l'étendue de l'imposture stalinienne. Très vite, la réalité s'impose à lui : " La Russie craignait d'avoir une république démocratique victorieuse en Europe occidentale, et sabotait pour cette raison le duel sanglant entre les forces démocratiques et le fascisme. " Tout ce qu'il croyait combattre dans le fascisme, à commencer par l'antisémitisme, il le retrouve dans son propre camp. La déception est à la mesure de l'espoir qui l'avait mené en Espagne : immense. Affecté par la suite à la compagnie juive Botwin, il sera envoyé au front pour servir de chair à canon.
    Des exécutions arbitraires du " boucher d'Albacete ", André Marty, aux banquets orgiaques des commissaires politiques, en passant par les impostures de la propagande soviétique, Sygmunt Stein dénonce violemment dans son livre, écrit en yiddish dans les années 1950, et resté inédit en français, la légende dorée des Brigades internationales.
    Traduit du yiddish par Marina Alexeeva-Antipov
    Postface de Jean-Jacques Marie, historien du communisme.

  • Quand Le Voile noir est sorti, quelqu'un m'a cité une phrase de Sartre que je trouve délicieuse : " Il ne m'était jamais venu à l'esprit qu'on écrivait pour être lu. "
    Moi, certes, l'idée m'en était venue puisque j'avais réfléchi au fait de faire lire, ou non, ce que j'avais écrit mais cela représentait pour moi une sorte de monologue adressé à des lecteurs indistincts. Je n'avais pas pensé du tout, du tout, que des gens, des personnes me répondraient, me parleraient aussi directement, m'offrant sentiment de partage, paroles d'apaisement, mise en garde aussi parfois sur la difficulté du chemin à parcourir encore. Des mots du cœur, de la belle écriture sincère...
    Il me fut même offert la vérité sur ce qui s'était passé le matin de la mort de mes parents. Quand j'y pense, c'est vraiment extraordinaire et je ne connais pas d'auteur dont la vision d'un événement capital dans sa vie ait été radicalement transformée grâce à ses lecteurs !
    J'ai pensé : " Je ne peux tout de même pas garder ça pour moi seule... "Et voilà comment l'envie m'est venue de " rendre " à mon tour ce que vous m'avez donné – comme le dit si bien cette phrase que l'un de vous m'a offerte et dont je me nourris beaucoup depuis : " Tout ce qui n'est pas donné est perdu. "
    A.D.

  • Cette toute première biographie consacrée à l'un des derniers prix Nobel de littérature française retrace l'itinéraire d'un écrivain qui en dépit des innombrables thèses qui lui ont été dédiées reste tout à la fois universellement admiré et curieusement méconnu. La haute exigence formelle de cette œuvre trop souvent jugée ardue a longtemps occulté une évidence qui jalonne toute la production écrite de Claude Simon : son ancrage dans un vécu complexe qui la traverse de part en part et dont elle revisite et décompose livre après livre les ressorts les plus intimes. Issu d'un milieu bourgeois et conservateur, très vite orphelin de père puis de mère, Claude Simon s'est construit dans une relation conflictuelle à ses origines. Il y a l'enfance, bien sûr, récurrente dans son œuvre, mais également d'autres moments marquants, comme son expérience de la captivité pendant la Seconde Guerre mondiale, dont il rendra compte dans La Route des Flandres. Le refus du roman traditionnel qui l'a trop vite classé dans la mouvance du " nouveau roman " apparaît en ce sens tout à la fois comme une ascèse et comme une tentative sans cesse renouvelée d'explorer les non-dits et les secrets les plus enfouis d'un passé douloureux. Tout le propos de cette biographie richement documentée, et écrite d'une plume alerte et sensible, est de nous démontrer combien la vie de Claude Simon est d'abord et avant tout l'histoire d'une émancipation, et son œuvre un exorcisme permanent des fantômes de la mémoire.

  • "Je suis l'eau, Je suis le feu ; Je suis l'air et la terre. / Je suis le "combien' et le "comment' ; Je suis la présence et l'absence."
    C'est par ces vers flamboyants tirés de sa somme spirituelle, le Livre des Haltes, qu'Abd el-Kader al-Hassani témoigne de son expérience de l'indicible. Figure mystique majeure de l'époque moderne, commentateur émérite de l'œuvre d'Ibn 'Arabi, celui que les historiens ont retenu sous le titre d'émir Abd el-Kader a été porté par un destin hors du commun. Né en 1808 dans un milieu soufi de l'Ouest de la Régence d'Alger, il reçoit une éducation intellectuelle et spirituelle qui le préparait à une carrière de lettré, quand la conquête de l'Algérie entreprise par la France le projette sur le devant de la scène politique et militaire. Fondateur d'État, fin stratège, diplomate ingénieux, mais aussi poète, chantre de la tolérance, humaniste : sa personnalité nourrit de son vivant une véritable légende et continue d'alimenter après sa mort une chronique foisonnante.
    Biographie atypique, spirituelle autant qu'historique, cet ouvrage tente de restituer la complexité du personnage d'Abd el-Kader parvenu, au bout d'une existence aussi éprouvante qu'exceptionnelle, à la certitude que l'homme ne peut espérer accéder à la présence divine qu'en réalisant sa propre Humanité.
    Ahmed Bouyerdene est historien, spécialiste d'Abd el-Kader. Il a déjà publié Abd el-Kader par ses contemporains (Ibis Press, 2008).

  • " Je vais devenir militant. Et enseigner. Partager. Témoigner. Révéler et diminuer la solitude des victimes. " Tels sont les défis que se lance, à 40 ans, Elie Wiesel. Les lieux où règnent la guerre, la dictature, le racisme et l'exclusion déterminent la géographie de son engagement et son histoire au jour le jour : URSS, Moyen-Orient, Cambodge, Afrique du Sud, Bosnie...
    Conférences, manifestes, interventions : pour le romancier de l'angoisse et du doute, la parole devient une arme. Il dénonce la libération du terroriste Abou Daoud par la France, la visite de Reagan au cimetière militaire allemand de Bitburg, les contrevérités de Mitterrand, Walesa ou Simon Wiesenthal, les excès de l'armée ou de la justice en Israël. Et combat ces intellectuels inquisiteurs qui comptent les " dividendes d'Auschwitz ", ces producteurs pour qui l'Holocauste est prétexte à grand spectacle, cette intelligentsia qui jette le trouble entre Israël et la Diaspora.
    Avec le prix Nobel de la paix viennent la célébrité, les honneurs, les désillusions. Et parfois la solitude, malgré la présence, au cœur des rêves, de la famille disparue, malgré la chaleur des étudiants de New York, Boston ou Yale, malgré le cercle des amis et l'Ahavat-Israël, l'amour pour Israël.
    " Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n'est pas remplie. " Et pourtant, comment l'adolescent miraculé de Buchenwald renoncerait-il à son rôle de témoin et de défenseur des droits de tous les hommes ?

  • Le Journal d'Edgar Morin constitue un volet d'autant plus mal connu de son œuvre que seules certaines de ses séquences ont été publiées, quand d'autres étaient restées jusqu'ici inaccessibles au public.
    Ce premier tome, qui couvre vingt-cinq années de sa vie, réunit des ouvrages déjà parus et plusieurs textes inédits : Le Vif du sujet, interrogation d'un homme en convalescence sur ce qui est essentiel pour lui, entrecoupée par les événements qui marquent sa renaissance à la vie ; le Journal de Plozévet, carnet de terrain de sa célèbre enquête sur cette commune bretonne et témoignage en direct de la mutation de la campagne française ; le Journal de Californie, découverte d'une Amérique " en transe ", dont le tourbillon culturel croise le propre mouvement de sa pensée ; une ébauche inédite de " Retour sur soi " au moment d'entreprendre La Méthode ; le Journal d'un livre, tenu parallèlement à l'écriture de Pour sortir du XXe siècle et prolongé par deux textes jamais encore publiés, " Apprendre à désespérer " et " Le serpent " ; " Krisis ", enfin, épisode sombre longtemps resté secret, qui préfigure d'autres " années cruelles ".
    Loin de constituer un volet anecdotique ou un simple exercice de style, ce Journal éclaire la relation permanente entre la vie et la pensée d'Edgar Morin.
    Philosophe et sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS et docteur honoris causa de vingt-sept universités étrangères, Edgar Morin est l'auteur d'une œuvre transdisciplinaire abondamment commentée et traduite, dont l'ambitieuse Méthode, en six tomes, publiée au Seuil.

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