Publications de l´Institut de recherches historiques du Septentrion

  • La compréhension d'une société ne peut ne réduire au suivi d'itinéraires individuels. Cela étant, nul ne conteste que les sociétés, même celles dominées par la stabilité ou la viscosité des processus de promotion sociale, peuvent céler des dynamiques familiales et des destins individuels que la quête prosopographique et des analyses de caractère anthropologique ont vocation à mettre en évidence. L'approche structurelle des groupes sociaux peut faire bon ménage avec la perception des trajectoires individuelles, familiales ou lignagères. Cette motion de synthèse que certains trouveront rapide ou commode ne nous exonère pas de nous interroger sur la validité scientifique du projet retenu.Prétendre travailler sur une période de cinq siècles relève d'une certaine mesure de la gageure. Pour ne pas diluer l'objet de notre recherche, nous avons certes souhaité ne pas aborder les profondes mutations ayant affecté le monde populaire des villes au cours du dernier demi-siècle. Il demeure qu'entre le peuple du temps des ducs de Bourgogne et les milieux populaires qui à l'issue des épreuves de la seconde guerre mondiale, s'apprêtaient à vivre les longues heures des Trente glorieuses dans une Europe du Nord-Ouest devenue très majoritairement urbanisée, il paraît y avoir un abîme. Ce sera un des multiples enjeux de ce colloque bi-annuel que de dégager les continuités et les mutations, voire les ruptures.

  • Si la Chambre haute a parfois mauvaise réputation, il n'en demeure pas moins que dix-sept États européens en sont actuellement dotés. Alors que l'affirmation des pouvoirs locaux et la reconnaissance de la diversité ne cessent de progresser, elle semble donc confirmer dans sa mission d'instance de réflexion contribuant au bon fonctionnement d'une démocratie pondérée et à l'équilibre harmonieux entre le centre et les composantes territoriales de l'État. La légitimité démocratique et l'étendue des pouvoirs de la seconde chambre, qui varient d'un État à l'autre, témoignent de la richesse de cet objet politique qui suscite depuis quelques années un regain d'intérêt scientifique. Les communications réunies dans ce volume visent à préciser son rôle et son mode de désignation selon une approche historique et principalement hexagonale, en opposant toutefois la permanence britannique à l'instabilité française. Elles élargissent aussi l'horizon à l'Europe actuelle dans une perspective comparatiste en envisageant les cas allemand, belge, britannique, espagnol et italien.

  • Au Moyen Âge, la mer du Nord a permis les contacts entre les populations de ses régions riveraines: les eaux séparant les îles Britanniques, le continent et la Scandinavie ne voyaient pas seulement se déplacer des missionnaires et des marchands, car c'est également de la mer que l'on vit arriver les vikings. La mer Baltique était en revanche beaucoup moins connue des auteurs occidentaux, qui étaient frappés par la multiplicité des peuples et des cultures qui en occupaient les rives : on mentionnait des ports de traite, des voyages de marchands, des populations aux coutumes étranges. Comparer les espaces de la mer du Nord et de la mer Baltique en tant que zones de contacts au Moyen Âge est une tâche difficile : non seulement les spécialistes ne prennent que trop rarement connaissance de leurs recherches respectives, mais l'horizon international nécessite la prise en compte de traditions historiographiques dans une multitude de langues nationales. Ce volume présente les résultats d'un atelier interdisciplinaire tenu à Boulogne-sur-Mer en octobre 2009, qui a réuni des chercheurs d'Europe du Nord-Ouest (Belgique, France, Luxembourg, Royaume-Uni) et du Centre-Est (Pologne et République tchèque) en soulignant les apports d'une nouvelle génération d'historiens et d'archéologues dans un domaine qui s'est radicalement transformé depuis une quinzaine d'années.

  • Si les combattants, du fait de l'intensité des batailles et du nombre de ceux qui y sont engagés, concentrent l'intérêt historique, les populations des « régions envahies » en France du nord et du nord est et en Belgique, inventent quelques formes « d'une résistance sans armes » selon les termes utilisés dès les années 1920. Aide à l'évacuation des soldats qui veulent éviter la captivité, recherche de renseignements sur des objectifs militaires, publication des journaux clandestins, illustrent quelques-unes des pratiques de civils volontaires qui s'engagent au sein d'une population hostile au travail pour l'Allemand malgré les difficultés de la vie quotidienne. Quelques noms ont échappé à l'usure du temps. Gabrielle Petit ou Édith Cavell en Belgique, Léon Trulin, Eugène Jacquet, Louise de Bettignies, en France du Nord, offrent des exemples de ce patriotisme qui agit de part et d'autres de la frontière. Cette publication est le fruit des recherches menées par des historiens français et belges qui ont confronté leurs analyses au cours de la cinquième journée d'études bisannuelles tenue, en partenariat la ville et le Musée de la Résistance de Bondues, en janvier 2010.

  • Les études consacrées à l'année 1958 ne manquent bien sûr pas. De nombreuses hypothèses ont évidemment été avancées afin d'essayer de comprendre les événements. Il est bien entendu possible de mettre l'accent sur le rôle des hommes et de souligner la multiplicité des intrigues (des complots ?) qui conduisent au changement de régime. Mais ce type d'interprétation, qui se focalise sur les agissements de groupes plus ou moins restreints, n'est-il pas une facilité ? En effet, on sait que bien peu de complots ont jamais abouti et il reste encore, lorsqu'ils sont couronnés de succès, à expliquer leur réussite. Cela pose évidemment de nouvelles questions et conduit nécessairement, dans le cas qui nous intéresse, à rechercher les mécanismes qui sont susceptibles d'expliquer les événements de mai 1958. La Quatrième République n'est-elle pas tout simplement morte de son inaptitude à vivre et à accompagner la croissance économique et les changements sociaux ? Le 13 mai 1958, dans ces conditions, serait avant tout l'occasion pour une France en plein renouveau d'établir un régime plus stable, plus efficace, plus respecté. La Quatrième République était-elle cependant à ce point dépourvue d'atouts ?

  • Ce volume issu de la journée d'études du 30 novembre 2007, dont les textes suivent est d'une très grande richesse à un double titre : - Des témoins importants, voire très proches ont rappelé les diverses facettes de la personnalité de Maurice Schumann. La deuxième partie de cet ouvrage leur est exclusivement consacrée. De Michel Anfrol, journaliste-témoin à Christine Boel-Schumann, sa propre fille, en passant par Michel Delebarre et Gabriel de Broglie, chacun a pu restituer la quintessence de ce qu'il conserve du porte-parole de la France libre. - Des historiens spécialistes soit de Maurice Schumann, soit du contexte politique, ont apporté leur contribution dans un esprit de complémentarité. Cette journée d'études avait pour ambition de rendre à l'homme public toute sa complexité intérieure. Il en est ressorti la conviction que l'humanisme et la politique ne faisaient qu'un chez Maurice Schumann. Aux futurs historiens d'en appréhender avec précision toute la portée.

  • Bien adapté à l'année commémorative de la Libération, l'épuration demeure difficile à appréhender et à évaluer car les polémiques pèsent toujours sur les analyses et les interprétations. Qu'il s'agisse de la pertinence, de l'ampleur du processus, de sa sévérité, de son équité, ou, au contraire, de son insuffisance, les débats ont été intenses même si, aujourd'hui, la disparition progressive des acteurs permet une étude plus apaisée et plus sereine tandis que l'éloignement des faits contribue à renouveler en profondeur, son histoire.À la suite de Peter Novick, de Pierer Laborie, de Marc Baruch ou encore de François Rouquet, les chercheurs différencient, traditionnellement, une « épuration spontanée » ou « extra-judiciaire » que d'aucuns désignent comme « épuration sauvage » d'une « épuration légale » ou judiciarisée pour établir une chronologie et distinguer des pratiques. Car, derrière l'épuration, les intentions sont diverses et les enjeux importants. La Libération, joyeuse et douloureuse, suscite parfois un désir de « vengeance » tout en posant la question grave de la justice et de la restauration de l'État de droit. L'épuration devient, dès lors, un moment fort de la sortie de guerre...

  • Ce volume est l'aboutissement du colloque organisé à Arras en avril 1993 et auquel ont participé près de cinquante historiens de plusieurs pays. Il rassemble 35 contributions, les synthèses de trois jours de débats, le compte rendu d'une table ronde sur "la politique, la morale et le sacré". L'ouvrage concerne le lecteur soucieux de comprendre un personnage qui porte en lui la complexité de la Révolution française ; il sollicite aussi le citoyen qui s'interroge sur l'évolution de la démocratie et de la République.

  • Les 13 et 14 mai 1998, notre Faculté des Lettres et Sciences humaines a eu l'honneur et le plaisir d'accueillir la première des trois tables rondes organisées à l'initiative conjointe du CRHEN-O (Université de Lille 3), de l'IRED (Université de Rouen) et du CHRIV (Université de Valenciennes) sur le thème Du Directoire au Consulat : le lien politique local dans la Grande Nation. Cette première rencontre, à laquelle nos amis de l'Université catholique de Louvain et de l'Université libre de Bruxelles ont apporté leur actif concours, a pu réunir une bonne quarantaine de participants venus de diverses universités françaises, mais aussi belges et allemandes.À l'origine de ce projet, initié par notre collègue Jean-Pierre Jessenne en 1996, le constat que la période directoriale et consulaire, dont nous commémorons présentement le bicentenaire, continue d'être passablement délaissée, ou étudiée d'un point de vue restrictif, essentiellement constitutionnel, qui ne contribue assurément pas à restituer l'intérêt d'une transition historique, dont on a surtout souligné l'échec politique. Certes, en mai 1997, l'important colloque de Clermont-Ferrand, dont les actes ont été récemment publiés sous le titre La République directoriale est venu en partie redresser ou tout au moins nuancer cette image négative. Les organisateurs des tables rondes ont cependant jugé intéressant de revenir sur une période dont l'ambition proclamée était de « terminer la Révolution », à la lumière des actuelles recherches et réflexions sur le pouvoir local, « composante de la dynamique nationale » à l'époque concernée. Il s'agissait donc de « mettre l'accent sur les facteurs et les processus susceptibles de consolider ou au contraire de disloquer le lien social, politique ou culturel, dans le cadre des collectivités locales, [...] une attention particulière étant portée aux modes différenciés ou convergents selon lesquels se dessinent les évolutions régionales en fonction d'antécédents révolutionnaires différents » (Jean-Pierre Jessenne). L'optique était donc résolument comparative au niveau des régions de la France directoriale et consulaire, c'est-à-dire, non seulement l'ancien royaume dans toute sa diversité, du Nord ou du bassin parisien globalement conformistes, aux provinces d'anti-révolution, voire de contre-révolution comme dans l'Ouest ou le Midi, mais aussi les territoires récemment annexés (Genève, Belgique, rive gauche du Rhin) ou vassalisés (Républiques-soeurs batave et italiennes).

  • Le socialisme septentrional s'est implanté il y a un siècle avec la triple élection à la Chambre des députés de Guesde, Basly et Lamendin lors du renouvellement de 1893. Ces succès faisaient suite à la retentissante élection de Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, quelques semaines après le drame de Fourmies et aux premières conquêtes municipales de 1892. Sans céder automatiquement à la mode de la célébration des centenaires, des universitaires lillois ont jugé opportun d'engager à cette occasion une réflexion sur une idéologie et une force politique qui ont durablement marqué le passé régional Le poids des fédérations septentrionales sur l'ensemble du parti socialiste français a par ailleurs été considérable. Peut-on dans ces conditions définir une spécificité du socialisme du Nord de la France, dans quelle mesure constitue-t-il un pôle de référence constant ou a-t-il évolué au cours du siècle ?Ces interrogations ont été au coeur du colloque qui s'est tenu à l'Université Charles de Gaulle - Lille III à l'initiative du Centre d'Histoire de la Région du Nord et de l'Europe du Nord-Ouest les 3 et 4 décembre 1993 et dont nous publions les Actes dans ce volume.

  • Ce volume apporte une contribution importante au débat sur les interactions entre lAmérique et l'Europe au xxe siècle. Il pose des interrogations sur le sens courant de Américanisation et voudrait offrir de nouveaux et fructueux points de départ pour de futures recherches et discussions. Lapproche choisie utilise la vision la plus large possible de linfluence américaine, englobant lensemble de la sphère micro-économique et abordant non seulement les entreprises, mais aussi la culture des consommateurs et des entreprises en général. Pris comme un ensemble, les différents chapitres de cet ouvrage confirment limportance des États-Unis comme point de référence pour les entrepreneurs et les consommateurs européens. Simultanément, ils apportent un éclairage nouveau sur la complexité du processus d'Américanisation qui fut toujours plus que le simple transfert unilateral ou lexportation d'idées. Ils insistent également sur la multiplicité des effets qui vont du rejet pur et simple à l'acceptation selective traditionelle. Mais avant tout, ils renforcent l'idée selon laquelle l'Américanisation est un phénomène social, qui concerne des populations réelles dans des contextes spécifiques, que ce soit au niveau des entreprises, de l'industrie ou de la société, et dont les motivations s'étendent du simple l'idéalisme aux raisons plus venales.

  • Ce cinquante-septième volume de la collection IRHiS regroupe les communications des premières journées d'études consacrées aux places fortes de la région Hauts-de-France. Ces journées ont été organisées les 6 et 7 octobre 2016 par le Service régional de l'Archéologie Hauts-de-France (Direction régionale des Affaires culturelles, Pôle Patrimoines et Architecture) et l'Institut de recherches historiques du Septentrion (UMR 8529, Univ. Lille, CNRS). Elles ont accueilli universitaires, historiens, archéologues, doctorants et associatifs qui ont présenté actualités et recherches inédites sur les places fortes du littoral et de l'arrière-pays (Pas-de-Calais et Somme). Les treize contributions réunies dans cet ouvrage reflètent la diversité des champs d'investigation de la fortification médiévale et moderne et offrent des éléments de réflexion à l'élaboration future d'une synthèse régionale commune. Elles livrent les résultats de plusieurs opérations archéologiques récentes, préventives (motte et château de Saint-Omer, château d'Hardelot et donjon de Bours) et programmées (enceinte urbaine de Boulogne-sur-Mer, châteaux de Boves, d'Eaucourt-sur-Somme, d'Étaples et de Fressin, porte de Montrescu à Amiens). Elles présentent les conclusions de recherches thématiques (les origines du château en Picardie occidentale à travers les exemples de Méaulte, Démuin, Airaines, Clairy et Toutencourt, la fortification des faubourgs amiénois, les embrasures de bouches à feu du château de Montcavrel, des remparts de Montreuil et de la motte de Guînes). Enfin, elles exposent les objectifs des programmes de recherche - en cours ou à venir - des villes fortifiées de la région (Ardres, Béthune et Thérouanne).

  • La paix est un concept complexe et ambivalent puisqu'elle postule un rapport antagonique avec la guerre. La paix c'est l'état de non guerre, qui s'instaure à la suite d'un accord entre les concurrents pour une durée indéterminée. La paix peut caractériser les rapports internationaux et donc les relations inter étatiques. Elle peut aussi concerner les relations internes à une société donnée. Elle suppose donc une aspiration mais aussi une volonté qui permet de la construire, de l'organiser et de la rendre durable, c'est-à-dire de satisfaire les compétiteurs. Mais pour reprendre la formulation de Raymond Aron, elle peut devenir « belliqueuse » si des équilibres sont rompus ou si des risques de rupture se dessinent.Les débats sur la paix ne sont pas nouveaux ; ils nourrissent une large part de la philosophie politique. Mais ils se sont renouvelés car avec la philosophie des Lumières s'est posé désormais le problème de son organisation. Dès lors se sont construites et diffusés des « utopies » qui s'inspirent de préoccupations économiques - la paix par le commerce, par la technologie, le développement industriel - de préoccupations politiques - la paix par la mobilisation sociale des prolétaires par delà les frontières étatiques - ou culturelles - la science, l'art cristallisant la paix-. Mais le xxe siècle a fortement ébranlé ces « prophéties » : les deux guerres mondiales, en devenant totales, et les guerres coloniales, en suscitant, de fait, de quasi guerres civiles, remettent en cause les schémas préétablis. Elles suscitent, néanmoins, d'autres projets qui se forgent, le plus souvent, autour de la légitimité démocratique.

  • Bien que le mouvement des idées et la diffusion des formes nouvelles soient au coeur des grands principes de la Renaissance, le Quattrocento qu'il soit florentin ou vénitien laisse d'abord les cours européennes indifférentes. Il faut attendre les guerres d'Italie pour que les modèles napolitains ou lombards soient diffusés en France ou en Espagne. Puis, sous le pontificat de Jules II, Rome s'impose indéniablement comme le foyer artistique le plus foisonnant de l'Europe du Cinquecento. Dès lors, la Ville éternelle devient le modèle à suivre dans toute l'Europe. Cet ouvrage est l'occasion de rappeler le rôle essentiel joué par les cardinaux et par leur important réseau d'influence dans la diffusion des idées et des formes de la Renaissance.

  • 1789 : Dans les futurs départements du Nord et du Pas-de-Calais, plus de trois mille assemblées se réunissent pour rédiger des cahiers de doléances et élire des députés en vue des Etats Généraux du royaume de France.1899 : Premier centenaire de la prise de la Bastille. La République qui s'enracine veut faire connaître les cahiers de doléances. L'oeuvre commencée au plan national avec la publication des Archives parlementaires se poursuit dans notre région. Archivistes et historiens se mettent au travail. H. Loriquet publie les cahiers de doléances du Pas-de-Calais ; A. de Saint-Léger et Ph. Sagnac publient les cahiers de la Flandre maritime.1989 : Une grande partie des cahiers du département du Nord reste inédite. Les ouvrages anciens ne sont plus disponibles. La connaissance de la société française à la fin de l'Ancien Régime a beaucoup progressé. L'enseignement de l'histoire requiert des documents. Un large public recherche des sources régionales sur la période révolutionnaire.La région Nord/Pas-de-Calais et le Centre d'Histoire de la région du Nord et de l'Europe du Nord-Ouest se sont associés pour proposer une publication consacrée aux cahiers de doléances.

  • Ainsi, sur le plan scientifique, nous nous efforçons de progressivement approfondir notre compréhension d'un moment d'histoire, du Directoire au Consulat, entre l'an III (1795) et l'an X (1802), qui fut longtemps délaissé ou ramené à quelques clichés sommaires : instabilité directoriale, désordre, expansionnisme extérieur, triomphe guerrier puis consécration de Bonaparte et de l'ordre consulaire. Il s'agit de contribuer à la correction et à l'enrichissement de ces appréhensions en investissant ce que l'histoire de la Révolution française apporte de dynamique à une analyse du politique, des rapports sociaux, des relations entre les peuples qui n'écarte aucune dimension de ce moment révolutionnaire - Directoire et Consulat compris - où se concentrent et s'accélèrent les transformations de la société, de l'organisation politique, des représentations. Compte tenu de la place essentielle prise par les dynamiques politiques dans ces transformations, cette démarche supposait de placer les interrogations sur l'État-Nation au coeur de nos réflexions ; en même temps, nous souhaitions une histoire des pouvoirs qui ne soit confinée ni aux théories abstraites de la souveraineté, ni au fonctionnement du gouvernement central, mais qui inclût à la fois tous les niveaux de l'État et tous les citoyens, tous les enjeux des affaires collectives, ordre public comme résultats économiques, motivations religieuses aussi bien que relations entre les peuples. C'est cette démarche que nous avons voulu résumer en prenant pour fil conducteur de nos travaux le thème du Lien social et politique dans la Grande Nation. Il ne s'agit nullement de poser là une sorte d'idéal de relations interpersonnelles toujours apaisées, mais au contraire d'affronter la complexité, le mélange toujours renouvelé de conflits et de solidarités du « vivre ensemble », notamment dans les suites d'une révolution.

  • Autant la célébration du bicentenaire de 1789 était de nature à mobiliser logiquement l'ensemble des Français dans le partage de valeurs communes, notamment en référence à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, autant le deux-centième anniversaire de l'an VIII (1799-1800) ne revêt pas une signification à première vue susceptible de justifier un engagement public. La prise équivoque du pouvoir par Bonaparte constitue en effet un événement important pour l'histoire nationale, mais davantage sujet à des réflexions explicatives d'historiens qu'à une célébration publique. Quant à l'une de ses suites, la création des préfets par la loi du 28 pluviôse an VIII, elle pouvait sembler appeler un retour sur son passé de la part d'un grand corps de l'État plutôt qu'un enjeu authentiquement collectif.Pourtant la préfecture de Haute-Normandie et de Seine Maritime a tenu à s'engager avec force dans ce bicentenaire dans la mesure ou occasion lui était donnée de collaborer à un projet susceptible de conférer une portée élargie au légitime retour sur l'histoire de l'institution préfectorale.

  • Il faut saluer la volonté des organisateurs de ce colloque d'un enracinement régional, en l'occurrence cette France du Nord, pour étudier l'« Eglise, la vie religieuse » pendant la Révolution. En ce sens, dans le cadre du GRECO no 2 se poursuivent et s'éclairent dans leur cohérence, dans leur projet méthodologique, dans l'approche neuve de thèmes apparemment rebattus par l'historiographie classique, les Actes du colloque international de Chantilly (27-29 novembre 1986) qui viennent de paraître sous le titre évocateur Pratiques religieuses, mentalités et spiritualités dans l'Europe révolutionnaire (1770-1820), Turnhout, Brepols, 1988, 777 p.Aujourd'hui, à Arras, comme hier à Chantilly, tous les participants ont bien compris que la décennie révolutionnaire, dans sa force brutale et novatrice, dans l'explosion d'une « déchristianisation » qui semble en un instant tout submerger dans son flux dévastateur, puis se retire en découvrant des plages de mentalités et de pratiques religieuses plus fermes qu'on ne l'aurait cru de prime abord, devait être réinvestie en interrogeant l'amont et l'aval de ces dix ans. Tant il est vrai qu'à eux seuls, ils ne peuvent rendre compte des ruptures (vraies) et des continuités (parfois aussi tenaces que discrètes) d'un peuple provoqué dans sa foi et dans l'expression de son culte.

  • Au milieu du siècle dernier, nombreux étaient ceux qui ressentaient la nécessité de rétablir en France les Universités, telles qu'elles avaient existé avant leur suppression, juste après la Révolution française en 1794.Leurs efforts aboutirent et c'est ainsi que purent être recréées, à Lille, quatre facultés d'État dont l'inauguration, grandiose, fut réalisée au mois de juin 1895.Il était plus que judicieux, un siècle plus tard, de célébrer l'anniversaire de cet événement.

  • En consacrant leur troisième rencontre scientifique, en janvier 2006, aux Femmes et à la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale, le Musée de Bondues et ses partenaires universitaires de l'IRHiS de Lille et du CEGES de Bruxelles, poursuivent leur recherche comparée sur la Résistance en Belgique et dans la « zone rattachée ». Comprendre la diversité des engagements et des itinéraires, mesurer la part des femmes dans l'action résistante, évaluer la « résistance au féminin » dans une conjoncture où les risques sont très élevés, tant de la part de l'occupant allemand que du gouvernement de Vichy, sont autant de pistes ouvertes qui permettent de réfléchir à l'évolution du statut et du rôle des femmes dans la vie sociale et politique du premier vingtième siècle. La publication des Actes offre aussi la possibilité de faire connaître, dans une forme « d'histoire au quotidien » des témoignages précieux sur la vie de résistante.

  • De la question du « lien politique local » à celle de « l'intégration des citoyens dans la nation », la frontière est ténue ; la franchir, c'est modifier un angle et une distance d'approche, sans néanmoins quitter l'observation des acceptations et des refus de la République directoriale ; c'est tenter de comprendre, par des lectures politiques, économiques ou culturelles, les difficultés à unir des citoyens autour d'un projet républicain partagé en un temps où la guerre, les « réunions » et la constitution de républiques-soeurs transformaient le visage de la France et sa place en Europe, et avant que le 18-Brumaire, qui suscita maintes lectures et interprétations (J.-P. Bertaud) ne vienne transformer la donne politique.

  • En 2008, on a beaucoup évoqué et commémoré l'année 1968. L'année 1969 n'a pas la même renommée et pourtant elle mérite, elle aussi, l'attention des chercheurs, ne serait-ce qu'en raison d'un certain nombre d'événements qui sont autant de ruptures ou de nouvelles étapes à l'intérieur de différents processus. En Europe, Willy Brandt, Eward Heath (1970), Bruno Kreisky (1970), Olof Palme, Georges Pompidou, mais également Marcelo Caetano et Gustav Husak arrivent sur le devant de la scène. Ces remplacements de responsables constituent-il de véritables ruptures idéologiques, générationnelles ou socioculturelles ? Ne vaudrait-il pas mieux parler d'alternances, de relèves ou de changements dans la continuité ? Dans les dictatures en tout cas, la relève n'implique aucune mutation majeure... Dans l'ombre de 1968, l'année 1969 apparaît, à travers huit communications, comme un moment moins fiévreux pendant lequel l'ampleur des renouvellements, souvent modestes, varie cependant nettement selon les États considérés.

  • Les résistants entrés dans l'action clandestine, jugent nécessaire de donner sens et légitimité à leur engagement. Pour ce faire, ils construisent des représentations de leur combat tout au long de l'occupation. Elles se prolongent avec la Libération en se transformant progressivement en mémoire. Les Allemands eux-mêmes, par le répression qu'ils conduisent construisent également une représentation de la Résistance très différente de celle des "combattants de l'ombre". Ce 7e colloque s'efforce d'identifier et de caractériser un certain nombre de ces représentations et de ces mémoires comme celle du groupe Combat, des cheminots, des communistes, des femmes. La Wallonie offre l'occasion d'évaluer à l'image laissée par la Résistance

  • Les discussions épistémologiques agitant le petit monde des spécialistes de l'histoire sociale ne pouvaient que trouver, lors de ce colloque, une nouvelle occasion de se confronter dans un débat fécond. C'est ainsi qu'une tendance historiographique se réclamant du qualitatif se montre aujourd'hui réfractaire aux approches macro-structurelles qui prétendent contribuer à une histoire globale ou totale de la réalité sociale. Deux types de questionnements des méthodes classiquement mises en oeuvre ont donc très logiquement été développés dans les communications et plus encore dans les discussions. Certains historiens de la jeune génération considèrent qu'il n'est pas inutile, mais secondaire de s'interroger sur les délimitations sociales. Les catégories sociales des historiens sont des « opérateurs politiques ». Il faut tenir le plus grand compte du jeu des acteurs dans les représentations qu'ils défendent. Les définitions sociales sont des enjeux qui ne sont pas que symboliques dans le jeu des forces sociales en tension. D'autres historiens comme M. Ruggiu, sans nier l'apport des études sérielles, souhaitent réhabiliter l'échelle d'observation individuelle et lignagère. Valoriser le classement socio-professionnel lui paraît discutable, car on risque de réduire l'individu à une de ses particularités il est vrai fondamentale, le travail, en occultant les comportements de la vie privée, les visions du monde comme les pratiques de consommation. M. Ruggiu mesure certes le risque qu'il y aurait à faire de la lignée un acteur collectif qui serait de son point de vue aussi discutable que les catégories socio-professionnelles englobantes à propos desquelles il émet des critiques. Il demande cependant instamment que par le biais des biographies familiales, le suivi longitudinal des parcours individuels, aujourd'hui si prisé lorsqu'il s'agit de la noblesse, des élites bourgeoises ou des milieux ruraux, soit mis en oeuvre pour les milieux artisanaux et plus particulièrement les dynasties professionnelles inscrites au sein des communautés de métier.

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