Editions Rue d'Ulm

  • La crise de la dette souveraine de la zone euro au début de l'année 2010 et plus encore les conséquences de la crise de la Covid sur l'activité et les besoins de financement des dépenses publiques ont relancé une vieille idée : celle de la « monnaie hélicoptère » qui permettrait d'injecter de la monnaie dans l'économie sous forme de transferts directs aux individus plutôt que par l'intermédiaire d'interventions des banques centrales sur les marchés des titres ou par des prêts aux banques.
    Cette idée est plus que jamais d'actualité. L'hélicoptère monétaire a des effets sur l'activité, l'inflation, l'efficacité de la politique monétaire, la distribution des revenus, distincts des canaux traditionnels de la politique monétaire. Elle soulève la question de l'indépendance de la politique budgétaire par rapport à la politique monétaire et de la légitimité démocratique de cette dernière dans le contexte d'une union monétaire et d'un institut d'émission indépendant.
    Fondé sur une conférence organisée par le CEPREMAP, l'École d'économie de Paris et la Fondation Banque de France qui réunissait des chercheurs de niveau international, cet ouvrage présente l'essentiel des enjeux de l'hélicoptère monétaire de manière accessible à un large public informé ainsi qu'à des étudiants en économie de tout niveau.

  • La vie quotidienne est au centre d'interactions personnelles et professionnelles qui constituent l'un des moteurs du comportement et du succès de chacun. M. Comola nous propose de parcourir des situations diverses - recherche d'emploi, transmission d'informations, usage des plateformes numériques, recours aux technologies, mécanismes d'assurance, commerce, ou encore discrimination sociale - dans lesquelles ce sont les liens sociaux qui font toute la différence entre la réussite et l'échec. On constate alors que ces liens, loin de se limiter à la sphère privée, acquièrent une dimension économique qu'il convient de mettre au coeur du débat public.

  • Réussir notre transition énergétique vers un monde à zéro émissions nettes (ZEN) va être difficile et coûteux, mais nous n'avons pas le choix. Si nous voulons que la planète soit vivable pour nos enfants, nous devons basculer la production d'énergie depuis les sources fossiles vers les sources décarbonées et transformer l'économie. L'horloge climatique tourne très vite : une telle transition ne peut attendre
    Progrès technologique, changement de préférences individuelles et de normes sociales, politiques fiscale et réglementaires, finance verte... - les leviers pour faire baisser les émissions de carbone sont nombreux. Certains sont plus efficaces, d'autres plus faciles à mettre en place, mais aucun, utilisé seul, ne peut être suffisant. Il nous faut les mobiliser tous, au sein d'un ensemble de mesures structuré autour d'un prix du carbone qui reflète la diminution du budget y afférant.

  • La France est engagée dans un cercle vicieux dont les coûts économiques et sociaux sont considérables. Depuis plus de vingt ans, des enquêtes menées dans tous les pays développés révèlent qu'ici plus qu'ailleurs, on se méfie de ses concitoyens, des pouvoirs publics et du marché. Cette défiance allant de pair avec un incivisme plus fréquent.
    Or la défiance et l'incivisme, loin d'être des traits culturels immuables, sont alimentés par le corporatisme et l'étatisme du modèle social français. En retour, le manque de confiance des Français entrave leurs capacités de coopération, ce qui conduit l'État à tout réglementer et à vider de son contenu le dialogue social.
    En comparant les relations entre les performances économiques et les attitudes sociales dans une trentaine de pays du début des années 1950 à nos jours, Yann Algan et Pierre Cahuc montrent comment ce déficit de confiance réduit significativement l'emploi, la croissance et, surtout, l'aptitude des Français au bonheur.
    Préface de Daniel Cohen
    Nouvelle édition

  • La fraude fiscale est un sujet qui se dérobe aux outils de l'analyse économique traditionnelle. D'une part, comme toute activité illégale, la fraude fiscale échappe à l'observation du chercheur en même temps qu'elle se dissimule aux autorités : l'analyse empirique de son ampleur, de ses déterminants et de la manière dont différents dispositifs l'affectent est nécessairement très limitée. D'autre part, sur le plan théorique, l'application simple du calcul coût-bénéfice auquel est supposé se livrer le contribuable « rationnel » conduit à un paradoxe : contrairement à une idée largement répandue, les bénéfices de la fraude fiscale sont tellement élevés, et le risque de sanction est tellement faible, que l'on peut s'étonner qu'elle soit aussi peu pratiquée dans l'ensemble des économies développées. Plutôt que la fraude fiscale, c'est donc la «soumission fiscale» qui en constitue le pendant, la disposition à payer l'impôt, qu'il convient d'expliquer pour en comprendre les déterminants.
    Le double défi que posent les décisions de fraude fiscale à l'analyse économique n'a pu être relevé que très récemment, grâce à l'émergence, au cours des vingt dernières années, d'une nouvelle approche, l'économie comportementale, qui s'appuie sur la psychologie pour mieux comprendre les comportements économiques ; et, conjointement, d'une nouvelle méthode, l'économie expérimentale, qui permet d'étudier empiriquement les comportements économiques sur lesquels il est difficile de collecter des données convaincantes.
    Cet opuscule rend compte des résultats de ces travaux et présente un panorama des outils de politique fiscale qui s'en dégagent.

  • Bonheur, satisfaction dans la vie, confiance et optimisme : où en sont les Français ? Il existe une spécificité française en matière de bien-être et ce livre met en lumière plusieurs paradoxes.
    Les Français se disent moins heureux et plus pessimistes que la plupart des citoyens des autres pays européens ; ce mal-être concerne avant tout les questions économiques ; et c'est en France que la relation entre bonheur et argent est la plus forte. Ceci vient sans doute de leur défiance vis-à-vis des institutions : ne pouvant plus compter sur elles pour organiser leur destinée collective et les protéger contre les principaux risques de la vie, les Français se replieraient sur leurs ressources personnelles. Au malheur collectif s'oppose alors un bonheur privé.
    Mal-être et défiance se traduisent par un processus de polarisation politique, avec la montée de l'extrême droite notamment. Lors des dernières élections présidentielles, le vote en faveur d'Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen a marqué le clivage entre optimistes et pessimistes. Quelle que soit sa postérité, le sursaut d'optimisme du mois de juin 2017 montre que, même si l'état d'esprit des Français est si ancien qu'il finit par se confondre avec une attitude culturelle, il n'est pas pour autant irréversible.

  • Avec l'ouverture des économies et le développement des échanges internationaux croissent les craintes des consommateurs de voir arriver sur le marché national des produits de piètre qualité et potentiellement dangereux pour la santé humaine ou l'environnement. Afin d'assurer un niveau de sécurité adéquat, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) autorise les pays à mettre en oeuvre différentes normes sanitaires et techniques. Sur le principe, ces normes ne doivent pas être protectionnistes, néanmoins, certains décideurs publics peuvent être tentés de les utiliser pour protéger les producteurs domestiques de la concurrence étrangère.
    Quel est l'effet réel de ces normes sur le bien-être des consommateurs et sur les flux de commerce entre pays ? Leurs définitions et applications sont-elles influencées par certains groupes de pression pour leur propre profit ?
    À partir des résultats de recherches menées depuis près de deux décennies, l'auteure propose plusieurs pistes d'action, tant pour une meilleure coordination des réglementations entre les pays que pour une meilleure insertion des pays en développement dans la politique réglementaire internationale.

  • Le thème de l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes est un vrai serpent de mer : chaque année, aux alentours du 8 mars (la « Journée de la femme »), est dénoncée l'inégalité persistante entre les hommes et les femmes sur le marché du travail ; le discours se concentre sur le contenu à donner au terme d'« égalité » ; parfois, une loi est votée. Puis rien ne semble beaucoup évoluer, jusqu'au 8 mars suivant...
    Cet opuscule commence par retracer les progrès accomplis en matière d'égalité hommes/femmes dans les dernières décennies. Pourtant, alors que désormais les femmes sont plus éduquées que les hommes, les inégalités professionnelles demeurent marquées. L'analyse de leurs déterminants et des politiques publiques - notamment des expériences étrangères - montre que pour résorber des inégalités de salaire persistantes, il faudra mettre en place des politiques de longue haleine. Elles seules pourront avoir des effets durables, en affectant les comportements individuels et les normes sociales.

  • La France a subi un changement structurel rapide au cours des trois dernières décennies. Elle n'est plus seulement spécialisée dans quelques domaines du secteur manufacturier mais s'est tournée vers celui des services : recherche et développement, activités de commerce ou du secteur financier. Le marché du travail, en accroissant la proportion des emplois à bas et haut salaire au détriment des emplois intermédiaires, s'est fortement polarisé - et la crise de 2008 a exacerbé ce phénomène, probablement lié à l'essor des nouvelles technologies et à l'élargissement de la mondialisation.
    Vecteur d'inégalités salariales, la polarisation de l'emploi ravive aussi les tensions sociales et les passions politiques. Pour autant, les effets négatifs de ces changements majeurs ne sont pas inévitables. A. Reshef et F. Tubal ouvrent ici des pistes de réflexion originales sur le devenir de l'emploi en France. Et proposent des politiques publiques d'ajustement et de formation qu'il faudrait adopter pour que les gains engendrés par le progrès économique soient mieux répartis.

  • Au cours des années 1990, on a assisté à l'apparition de nouveaux instruments dans le domaine de l'action publique en matière de pollution (indice de la qualité de l'air, plans régionaux...) et à l'émergence de controverses sur les effets sanitaires des polluants atmosphériques. Ces débats ont sorti la pollution atmosphérique urbaine de l'espace étroit dans lequel l'expertise industrielle l'avait maintenue.
    Après le recours des outils mis en place par la Loi sur l'air et l'utilisation rationnelle de l'énergie (1996), se développe une approche élargissant le problème de la pollution aux espaces intérieurs et aux changements climatiques. Et cette nouvelle représentation s'opère dans le cadre d'un univers où l'action publique apparaît de plus en plus fragmentée.
    Pour réduire les polluants atmosphériques, on s'oriente vers une régulation des comportements individuels. Mais des solutions globales ont du mal à s'imposer et les différents modes de transport ne connaissent pas de réorganisations significatives.
    Préface de Corinne Lepage

  • Quand les logiques de guerre économique font éclater en profondeur le tissu social, on se trouve rapidement confronté à une guerre du sens,
    une guerre de religion, une guerre de civilisation, voire une guerre tout court.
    Et il est d'autant plus important de repérer aujourd'hui la nature des enchaînements guerriers qu'ils se sont déjà produits dans l'histoire...
    Patrick Viveret présente des stratégies alternatives aux logiques de guerre en reconsidérant les liens entre les logiques de guerre économique et de guerre sociale.
    Car ces logiques actuellement à l'oeuvre ne sont pas, contrairement à ce que certains prétendent, celles de l'économie de marchée régulée,
    de la concurrence, voire de la compétition : ce sont vraiment des logiques guerrières.

  • Le maintien, voire l'augmentation du travail au noir dans les économies développées sont révélateurs des disfonctionnements durables du marché du travail et des politiques fiscales et sociales.
    Sans chercher à unifier le phénomène, Florence Weber distingue les différentes règles qu'il transgresse.
    Elle s'attache ensuite à deux enquêtes ethnographiques significatives, dans la Bourgogne industrielle des années 1980 et dans la région parisienne des années 2000. Épouses bénéficiant des droits sociaux de leur conjoint,
    femmes seules ou travailleurs sans papiers enfermés dans des carrières au noir, sans-abri faisant feu de tout bois, prestataires de l'aide sociale, professionnels ou bénévoles en quête de reconnaissance,
    les stratégies, parfois inévitables, parfois risquées, mises en oeuvre par les individus sont très diverses, revêtant une double dimension économique et morale ; et ceux qui les observent de près sont confrontés à de véritables dilemmes.
    Entre la tolérance bien informée et la réforme des politiques fiscales et sociales, la solution n'est-elle pas à chercher du côté d'une économie mondiale qui construirait des droits sociaux au lieu de s'adonner à une course au profit sans règles ?

  • En France, l'emploi des seniors est en panne, tandis que nos
    voisins européens ont mieux réussi dans ce domaine depuis le milieu des années
    1990. Existe-t-il une spécificité, voire une fatalité française, ou nos réformes
    sont-elles inadaptées, donc inopérantes ?
    Cet opuscule propose d'aller
    beaucoup plus loin dans les politiques d'incitation à la prolongation
    d'activité, encore bien timides en France. Il faut casser la norme du départ
    précoce en mettant en place de fortes surcotes en capital et une liberté
    complète dans le cumul emploi-retraite. Une telle politique aura des
    conséquences positives sur l'emploi après 60 ans, mais également sur celui des
    quinquagénaires en repoussant les effets de bord créés par l'âge de la retraite,
    qui freinent fortement la demande et l'offre de travail des seniors.

  • Longtemps attendue, l'émergence du livre numérique annonce l'arrivée de biens et d'acteurs qui vont ébranler le secteur de l'édition et de la vente de livres. Ce secteur est-il en mesure de réagir à l'implantation d'une nouvelle chaîne du livre numérique qui ne serait pas régie par ce dispositif central du livre physique qu'est le prix unique ?
    Tirant partie de la théorie économique, des comparaisons internationales et des données existantes, les auteurs avancent que le prix unique du livre n'a mérité ni l'excès d'honneur ni l'indignité dont le débat public l'a chargé. Ainsi, il n'est pas certain que le prix unique ait eu des conséquences importantes sur le prix du livre, pas plus que son absence dans d'autres pays ne semble avoir véritablement nui à la production éditoriale.
    Dans sa forme actuelle toutefois, le prix unique du livre entrave partiellement le repositionnement des libraires sur leur apport essentiel à la chaîne du livre, numérique comme physique : la création d'information sur le livre et l'appariement entre titres et lecteurs. Des modifications des relations entre éditeurs et libraires, associées à un prix unique plus dynamique, permettraient ainsi au secteur du livre papier de mieux répondre à l'arrivée de son alter ego numérique.

  • Les réformes introduites en Russie dans les années 1990 n'ont pas seulement porté sur une libéralisation économique et politique. Pays ultracentralisé, la Russie a alors adopté une structure fédérale décentralisée. Cette expérience de décentralisation menée sous Eltsine est considérée comme l'un des facteurs de l'effondrement économique russe. Après 1999, l'ère Poutine a au contraire été marquée par une forte recentralisation.

    Revenant sur les raisons de l'échec de la décentralisation russe, et s'appuyant sur l'exemple d'autres pays où le fédéralisme s'est développé avec un certain succès (Mexique, Chine), E. Zhuravskaya montre que la centralisation actuelle est également néfaste pour la Russie. L'hétérogénéité de ce pays continent appelle à un fédéralisme qui conserverait une centralisation politique tout en garantissant à tous les niveaux (local, régional et fédéral) des élections libres dans un contexte véritablement démocratique.

  • Début 2018, la Chine a mis en oeuvre une nouvelle loi fiscale sur la protection de l'environnement, loi qu'elle présente comme une étape clef de sa transition écologique. Le premier pollueur mondial annonce ainsi en fanfare à la communauté internationale son virage environnemental et son ambition de devenir un champion de l'écologie. Après des décennies de croissance effrénée où les considérations environnementales étaient soit ignorées soit délibérément bafouées, l'État central semble avoir été contraint de réagir face à la crise environnementale inédite que connaît le pays.
    Comprendre la diversité, l'intensité et les causes des problèmes environnementaux auxquels la Chine est actuellement confrontée est un préalable indispensable pour apprécier la capacité du pays à adopter un modèle de développement plus durable. Le cocktail toxique d'une croissance économique rapide, axée sur l'industrie lourde et alimentée par le charbon, n'a jusqu'à très récemment pas été remis en cause.
    L'analyse de la structure de production chinoise et de la consommation énergétique du pays s'inscrit en faux contre la représentation d'une Chine pleinement engagée dans une transition écologique. Au contraire, les politiques de relance menées par le gouvernement depuis le milieu des années 2000 ont amplifié les conséquences négatives de la forte croissance économique en donnant plus de poids à l'industrie lourde, très énergivore et polluante.
    L'inflexion des politiques environnementales chinoises, dont semble témoigner la nouvelle loi fiscale de 2018, est ainsi tellement récente que tous les scénarios sont encore ouverts, les plus optimistes comme les plus pessimistes. Les auteures passent en revue les évolutions politiques et sociétales porteuses d'améliorations à venir, mais soulignent également l'ampleur des résistances et des difficultés pratiques qui existent encore. Faire primer la protection de l'environnement auprès d'une population qui touche à peine du doigt l'accès aux modes de consommation occidentaux reste un défi à relever. Autant d'éléments avec lesquels la Chine devra composer pour que le «?virage vert?» entrepris par l'empire du Milieu ne tienne pas du mirage.

  • Pendant les années 1970 et 1980, la théorie des fluctuations a connu une véritable révolution, sous l'impulsion de la critique du modèle keynésien développée par les tenants des anticipations rationnelles. Cette révolution a entraîné une reconstruction de l'approche keynésienne qui fonde la macroéconomie moderne. Les travaux essentiels de la littérature économique de cette période sont bien souvent ignorés dans les cursus actuels. Pourtant, leur importance historique est considérable et les idées et les méthodes qu'ils ont apportées gardent toute leur pertinence.
    Ils sont abordés ici de manière critique et pédagogique. Ce manuel reprend le cours de première année de l'ENS Ulm consacré aux fluctuations macroéconomiques. Nous nous adressons aux étudiants en économie désireux de se préparer à des études plus poussées (M1 et M2) en approfondissant leur maîtrise des concepts et méthodes fondateurs de l'analyse moderne du cycle, ainsi qu'aux étudiants des filières scientifiques curieux de s'initier à une discipline avec laquelle leur bagage devrait leur permettre de se familiariser aisément.

  • L'imaginaire « orientaliste » a fait de l'Inde le pays de la mystique et de la tradition. Le système de caste, pensé comme millénaire et immuable, est l'une des caractéristiques indiennes les plus fortement associées à cette idée. Ce point de vue offrait une interprétation facile à l'atonie de la croissance indienne entre les années 1950 et la fin des années 1970 : on a même parlé d'un taux de croissance « hindou ».
    Mais depuis le début des années 1980, la croissance économique indienne s'est accélérée brusquement, le sous-continent acquérant en l'espace de trois décennies le statut de puissance économique de premier plan, en pointe dans de nombreuses industries.
    L'Inde « éternelle » s'est donc révélée pleinement capable d'entrer dans la modernité, sans que le système de caste disparaisse pour autant. Aujourd'hui encore, la caste joue un rôle central dans la vie quotidienne de millions d'Indiens, influant à la fois sur leurs choix les plus intimes et sur leur environnement socioéconomique, souvent de façon violente.
    Si l'Inde est en train de s'extraire de la pauvreté pour entrer de plain-pied dans la « modernité », comment comprendre qu'une institution aussi ancienne que le système de caste perdure, voire se renforce ? C'est cet apparent paradoxe que cet opuscule cherche à comprendre et à mesurer à partir de sources quantitatives réunies ici pour la première fois. Car la caste, qui est aujourd'hui présente partout, sauf dans les statistiques officielles, est loin d'être un anachronisme : en phase avec l'évolution du sous-continent, elle a su s'adapter, comme elle avait su s'adapter dans le passé à d'autres transformations.

  • Concernant les seniors, le système français continue d'entretenir l'inactivité plutôt que l'emploi. Si les préretraites publiques ont peu à peu disparu depuis dix ans, la majorité des entreprises choisissent aujourd'hui encore d'ajuster leurs effectifs à la baisse par le départ des seniors. Et cette volonté ne rencontre guère de résistance chez les intéressés, dans la mesure où un système d'assurance chômage spécifique leur permet d'attendre la retraite dans des conditions acceptables.
    Nous proposons une réforme qui, en rendant plus difficile l'accès à la retraite via le chômage indemnisé, permettrait de limiter les sorties consensuelles de l'emploi par une combinaison optimale entre assurance et incitations en fin de carrière. Il faudrait compléter ce dispositif par une taxe spécifique pénalisant les entreprises qui continueront de licencier des seniors.

  • Les excès récemment observés dans le niveau de salaire de certains grands patrons suggèrent l'existence, au sein des entreprises, de dysfonctionnements importants dans les politiques de rémunération.
    Cet opuscule a un double objectif. Il analyse tout d'abord les contrats dont bénéficient les dirigeants d'entreprise et propose des changements pour que leurs rémunérations soient plus directement liées à leurs performances et à leur action. Il étudie ensuite le fonctionnement des organes de décision qui attribuent ces contrats - les conseils d'administration. Comment modifier la composition et le fonctionnement des CA pour qu'ils soient plus indépendants vis-à-vis des PDG et que les contrats de rémunération octroyés aient les effets souhaités ?

  • Cet opuscule ne cherche pas à raconter la crise. Il cherche à la comprendre. Trois questions sont abordées : Pourquoi des crises financières ? Pourquoi celle-ci ? Pourquoi une telle ampleur ? Pour y répondre, un fil directeur unique : les marchés financiers sont, par nature, instables. Ils ne savent pas s'autocorriger comme le font les marchés de biens ordinaires. Lorsque les prix d'actifs s'écartent de l'équilibre, aucune force de rappel ne vient faire obstacle à leur dérive. Tout au contraire, la concurrence financière pousse au mimétisme, à la hausse comme à la baisse. À partir de cette hypothèse, il devient possible de comprendre la mécanique de l'emballement euphorique comme celle de la panique et du krach.
    Cette réflexion a pour originalité de placer au coeur de l'analyse la logique des prix elle-même et non pas, comme il est fait le plus souvent, la titrisation et son opacité. Le débat n'est pas seulement académique. Dans un cas, la régulation souhaitée maintient les marchés financiers au centre de son dispositif puisqu'elle considère que ce ne sont pas eux qui sont à l'origine des défaillances mais leur environnement institutionnel. En conséquence, c'est celui-ci qu'il faut réguler. Dans l'autre cas, la régulation vise à revenir sur la primauté accordée à la finance de marché. Il s'ensuit deux conceptions tout à fait distinctes de l'architecture financière à construire.

  • Dans de nombreux pays du Sud, le travail des enfants est un phénomène de grande ampleur. Pour les en protéger, faut-il tenter de l?interdire, en faisant au besoin pression de l?extérieur sur les échanges internationaux de certains biens manufacturés ? L?impact d?un tel boycott sera-t-il nécessairement bénéfique pour les enfants ? Sinon, quels sont les autres types d?interventions possibles ?
    Cet opuscule s?attache à restituer la réalité du travail des enfants dans le monde, parfois bien éloignée des clichés. Si l?on veut agir efficacement, il faut identifier correctement les enfants concernés et se demander quels seraient leurs activités et leur niveau de vie s?ils ne travaillaient pas. En discutant la pertinence des différentes politiques visant à réduire le travail enfantin, C. Dumas et S. Lambert suggèrent que la piste la plus prometteuse serait la mise en place de transferts de revenu conditionnels à la scolarisation des enfants.

  • Le 12 juillet 2005, le gouvernement a labellisé 67 « pôles de compétitivité » ? ou clusters. Ils sont aujourd?hui au nombre de 71. La politique d?aménagement du territoire est passée d?une intervention publique destinée à aider les régions en difficulté à une politique visant à encourager les plus dynamiques. Un objectif d?efficacité s?est ainsi substitué à un objectif d?équité. Sur quoi se fonde-t-il ? Sur l?idée que le regroupement des activités de production et de recherche permet d?améliorer la productivité des entreprises. Les clusters, pourtant, ne se décrètent pas, car ils obéissent à des mécanismes complexes.
    À contre-courant de l?enthousiasme que suscite le soutien aux clusters, cette étude montre qu?une telle politique peut en réalité avoir des effets négatifs : une trop grande spécialisation rend les régions tributaires du destin d?un secteur, en particulier lorsque les travailleurs sont peu mobiles ? comme c?est le cas en France.

  • À quelques mois d?intervalle, deux visages de la jeunesse française ont fait irruption dans le débat politique : la jeunesse des banlieues à l?automne 2005, puis la jeunesse étudiante, au printemps 2006. Ils ont rappelé à l?opinion publique ce que sociologues et économistes soulignaient depuis longtemps : la jeunesse est en première ligne des ruptures qui ont accompagné les mutations de la société.
    Cet ouvrage vise à approfondir le diagnostic. Deux thèmes principaux sont analysés : la précarité de l?emploi pour les jeunes, l?allongement de la durée des études. Contrairement à une idée qui tend à prévaloir, l?allongement des études a été une bonne chose, en moyenne, tant du point de vue des salaires que de celui des emplois. Mais son effet principal pour les jeunes est de retarder l?âge où l?on dispose d?un emploi stable : l?insertion hier réservée aux 20-25 ans s?est désormais décalée dans le temps, parfois jusqu?à l?âge de 32 ans. Et cet effet se conjugue avec la précarité de l?emploi.
    Comment être jeune si longtemps ? Grâce aux solidarités familiales, mais à condition d?en bénéficier. Dès lors que s?allonge la durée d?accès à un emploi stable, la dépendance à l?égard de la famille se trouve renforcée. Aider les jeunes, aujourd?hui plus encore qu?hier, c?est leur donner les moyens d?échapper aux inégalités familiales.

empty