La Decouverte

  • Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien - et par conséquent dont ils ne voient pas l'immense énergie politique qu'on pourrait tirer de leur rapprochement.
    D'abord la « dérégulation » qui va donner au mot de « globalisation » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l'explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l'entreprise systématique pour nier l'existence de la mutation climatique.
    L'hypothèse est qu'on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l'on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu'il n'y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C'est ce qui expliquerait l'explosion des inégalités, l'étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l'État national.
    Pour contrer une telle politique, il va falloir atterrir quelque part. D'où l'importance de savoir comment s'orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les affects de la vie publique mais aussi ses enjeux.

  • À quoi sert l'archéologie ? L'archéologie fascine, elle fait partie des métiers que voudraient faire les enfants, voeu que très peu réaliseront. Les enfants en effet s'interrogent sur l'origine, et tous les adultes à leur tour. Car, au fond, la question est bien celle de l'origine : du monde, des humains, de chaque société. Et pour élucider ces mystères, depuis le XIXe siècle, l'archéologie s'est progressivement substituée aux religions et assure une mission essentielle : elle construit le passé, le territoire et la légitimité historique de chaque nation.
    C'est ce que montre cet essai, où l'archéologue engagé Jean-Paul Demoule rend compte de la double fonction de cette discipline, scientifique d'une part, idéologique de l'autre, avec des frontières qui parfois se brouillent. En témoignent les débats français autour de l'enseignement de l'histoire et du « roman national », puis de l'« identité nationale », marqués depuis les années 2000 par l'irruption des « Gaulois », des « Barbares » et des manipulations de l'histoire dans les discours politiques et médiatiques.
    En témoignent également, dans de nombreux pays, les manières dont agit l'archéologie, tant dans ses interprétations historiques que dans sa mise en oeuvre sur le terrain, avec sa contamination croissante par les idéologies ultralibérales de la concurrence généralisée. On verra ainsi, dans le cas spécifique de la France, comment la convergence des intérêts économiques à court terme, de l'idéologie ultralibérale mais aussi des incuries administratives met en danger le sauvetage d'un patrimoine archéologique gravement menacé.

  • L'arrivée en grand nombre de réfugiés et de migrants en Europe, à partir de 2015, ainsi que les nombreuses morts en Méditerranée, dont celle, très médiatisée, du petit Aylan Kurdi, ont souvent ému et « bousculé » la population européenne. Toutefois, après une première phase d'accueil, un discours officiel de défiance, voire hostile aux migrants s'est progressivement imposé sous la pression de l'extrême droite européenne, les transformant, ainsi que ceux qui leur portent assistance, en ennemis à combattre : en témoignent notamment les attaques contre le bateau humanitaire Aquarius en 2018.
    Malgré une baisse spectaculaire du nombre d'entrées irrégulières sur le territoire européen, les inquiétudes et les réticences s'expriment chez ceux qu'un élan de solidarité avaient poussés à ouvrir leurs portes aux migrants, et de nombreuses questions émergent : quelle différence entre réfugiés et migrants ? Combien sont-ils ? La France et l'Europe ont-elles la capacité d'accueillir ces migrants, compte tenu de la crise économique ? Les murs servent-ils à quelque chose ? Qu'est-ce qu'un hotspot ? Qu'est-ce que le délit de solidarité ? Ne vaudrait-il pas mieux les aider à rester chez eux ? C'est pour répondre sans tabou à ces interrogations légitimes, et à bien d'autres, que ce petit livre a été conçu.

  • Notre monde a abandonné la Syrie et son peuple à une horreur inimaginable. Et cette horreur ne semble nous toucher que par ses « effets collatéraux », les attaques terroristes menées sur notre sol.
    Pour qu'une telle indifférence soit devenue possible, il a fallu occulter tout ce qui dans l'histoire de la Syrie résonne dans notre propre mémoire. Il n'en est que plus urgent de renouer le lien avec la part de l'histoire universelle qui s'est déroulée là-bas. Qu'on le veuille non, Damas nous tend aujourd'hui son miroir.
    Dans ce livre alerte, inspiré, Jean-Pierre Filiu revisite en Syrie un passé aussi intimement mêlé au nôtre. Il évoque des figures que l'on croit familières, saint Paul, Saladin ou Abdelkader, et nous en fait découvrir bien d'autres, du « chemin de Damas » à l'« Orient compliqué ».
    La descente aux enfers de la Syrie, de ses femmes et de ses hommes, n'est ni une affaire d'Arabes, ni le solde de querelles immémoriales. Elle est épouvantablement moderne, car les bourreaux de ce temps, qu'ils soient jihadistes ou pro-Assad, n'invoquent un glorieux passé qu'à l'aune de leur projet totalitaire.
    Nous avons tous en nous une part de Syrie. Dans le miroir de Damas, nous comprenons mieux ce que notre monde est en train de devenir.

  • La légende veut que la France, « patrie des droits de l'homme », ait généreusement offert l'indépendance à ses anciennes colonies d'Afrique noire en 1960. Ce livre raconte une tout autre histoire : celle d'une guerre brutale, violente, meurtrière, qui a permis à Paris d'inventer un nouveau système de domination : la Françafrique.
    Cette guerre secrète a pour théâtre le Cameroun des années 1950 et 1960. Confrontées à un vaste mouvement social et politique, porté par un parti indépendantiste, l'Union des populations du Cameroun (UPC), les autorités françaises décident de passer en force. En utilisant les mêmes méthodes qu'en Algérie (torture, bombardements, internements de masse, action psychologique, etc.), elles parviennent en quelques années à éradiquer militairement les contestataires et à installer à Yaoundé une dictature profrançaise.
    En pleine guerre froide, et alors que l'opinion française a les yeux tournés vers l'Algérie, la guerre du Cameroun, qui a fait des dizaines de milliers de morts, est à l'époque passée inaperçue. Elle a ensuite été effacée des mémoires par ceux qui l'ont remportée : les Français et leurs alliés camerounais. Le crime fut donc presque parfait : les nouvelles autorités camerounaises ont repris les mots d'ordre de l'UPC pour vider l'« indépendance » de son contenu et la mettre au service... de la France ! Mais la mémoire revient depuis quelques années. Et les fantômes du Cameroun viennent hanter l'ancienne métropole. Laquelle, de plus en plus contestée sur le continent africain, devra tôt ou tard regarder son passé en face.

  • On nous répète à l'envi que le monde serait devenu de plus en plus complexe et indéchiffrable. À l'ordre de la Guerre froide aurait succédé un nouveau désordre géopolitique menaçant de sombrer dans le « chaos ». Affaiblissement des États-Unis, émergence de nouveaux géants économiques, irruption des prétendus « États voyous » et d'organisations terroristes incontrôlables : autant de sujets d'inquiétude nourrissant parfois la nostalgie d'un ordre ancien. qui n'a pourtant jamais eu la stabilité qu'on lui prête.
    Dans cet ouvrage tranchant, Bertrand Badie rompt avec les explications paresseuses ou consensuelles. Il nous rappelle que nous ne sommes plus seuls au monde, qu'il est temps de se départir des catégories mentales de la Guerre froide et de cesser de traiter tous ceux qui contestent notre vision de l'ordre international comme des « déviants » ou des « barbares ». Il interpelle la diplomatie des États occidentaux, qui veulent continuer à régenter le monde à contresens de l'histoire, et en particulier celle d'une France qui trop souvent oscille entre arrogance, indécision et ambiguïté.
    Le jeu de la puissance est grippé. L'ordre international ne peut plus être régulé par un petit club d'oligarques qui excluent les plus faibles, méconnaissent les exigences de sociétés et ignorent les demandes de justice qui émergent d'un monde nouveau où les acteurs sont plus nombreux, plus divers et plus rétifs aux disciplines arbitraires. Pour cette raison, cet ouvrage offre aussi des pistes pour penser un ordre international sinon juste, en tout cas moins injuste.

  • Ils sont partout : dans les journaux, à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux. Du matin au soir et du soir au matin, sur tous les tons et par tous les temps, ils débitent tous (à peu près) les mêmes poncifs en s'(auto)félicitant de lever les non-dits. Se flattant sur les plateaux de tenir un discours « incorrect », ils accusent gravement leurs adversaires d'étouffer le « débat » par leur omniprésence...
    Publié en 2009, Les Éditocrates, ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi faisait le portrait savoureux de dix de ces prophètes des temps modernes. Près de dix ans plus tard, il était urgent de compléter la galerie.
    Car le cauchemar continue.
    /> Avec la prolifération des canaux de diffusion (chaînes de télé, Facebook, Twitter, etc.), la corporation éditocratique s'est partiellement renouvelée : elle s'est (légèrement) rajeunie et (un peu) féminisée. Mais surtout : elle s'est dangereusement radicalisée.
    L'éditocratie a toujours des avis sur (presque) tout. Mais, plus obsessionnelle que jamais, elle s'acharne sur celles et ceux qui ne lui ressemblent pas, et qui incarnent par conséquent le mal absolu : « le chômeur », « le syndicaliste », « le migrant », « le musulman »...
    S'appuyant sur des démonstrations d'où le réel a été complètement banni, les éditocrates, toujours insensibles aux contestations citoyennes de leur magistère, continuent donc de fabriquer du consentement. Mais c'est avec une brutalité et un cynisme largement inédits qu'ils oeuvrent aujourd'hui au formatage des esprits.
    Jusqu'à quand ?

  • Le 20 août 2007, David Puaud, alors éducateur de rue, découvre, à la une du journal local, le titre suivant : « Meurtre à Richelieu : un jeune Châtelleraudais inculpé d'homicide volontaire avec préméditation, actes de tortures ou de barbarie, enlèvement et séquestration suivis de mort. » Il se surprend à penser immédiatement à un des jeunes qu'il suit dans le cadre de ses missions de prévention, intuition qui se révélera juste.

    Passé l'effet de sidération, il décide de suivre le procès en cour d'assises de ce crime et d'en faire le sujet de sa thèse d'anthropologie. Au cours de ce procès, le principal accusé se verra à plusieurs reprises assimiler à la figure du « monstre », dénué d'humanité.

    Parallèlement, David Puaud mène un travail de terrain pour tenter de suivre au plus près la trajectoire qui a conduit cet individu jusqu'à de tels actes, en analysant les ressorts psychosociaux, politiques, institutionnels et historiques qui sont entrés en jeu dans son parcours.

  • Au-delà de toute démarche dogmatique, l'auteur décrit de façon précise les sources de la charia, la loi de l'islam, leur hiérarchie, leurs interprétations et surtout, les formes qu'elle a pu prendre aux XXe et XXIe siècles.
    Ce livre fait donc le pari d'un double et indispensable exercice : rendre compte des différentes acceptions du terme à travers l'histoire ; en parler pour ce qu'il signifie au présent, très loin des évocations fantasmatiques et sensationnelles.

  • Que se dit-il dans une cour d'assises, où se côtoient professionnels et jury populaire ? Comment y rend-on la justice ? Après avoir suivi une quarantaine de procès de 2001 à 2016, véritable immersion dans les prétoires, Christiane Besnier propose la première approche ethnographique de cette juridiction. Elle étudie au plus près, tout en maintenant la distance de l'ethnologue, les rouages du jugement dans les affaires de moeurs (viols et incestes) et d'homicides (meurtres et assassinats).
    La recherche de la vérité en cour d'assises se rapproche d'une recherche en laboratoire. À partir de l'observation des faits, le président formule des hypothèses qu'il soumet au débat pour en mesurer la validité - un processus dans lequel l'oralité est décisive. Il est assisté dans cette tâche par les autres acteurs de l'audience. Ainsi, la cour d'assises produit une vérité construite collectivement. La comparaison avec la justice américaine, qui tend à désigner un gagnant et un perdant, au cours d'un affrontement entre avocats, met d'ailleurs en évidence la singularité du modèle français, où toutes les parties contribuent à la recherche graduelle de la vérité, faisant oeuvre commune.
    La Vérité côté cour initie le lecteur à toutes les étapes du procès, de la salle des pas perdus à celle des délibérés, et lui fait partager ces moments graves à travers de nombreuses citations saisies sur le vif.

  • Pendant plus de quinze ans, de 1955 à 1971, la France a mené au Cameroun une guerre secrète. Une guerre coloniale, puis néocoloniale, qui a fait des dizaines de milliers de victimes, peut-être bien davantage. Une guerre qui a littéralement disparu des histoires officielles. En France, où l'on enseigne toujours que la décolonisation de l'Afrique francophone a été exemplaire et pacifique. Comme au Cameroun, où beaucoup s'en souviennent tant elle a marqué la société, mais où, aujourd'hui encore, rares sont ceux qui osent en parler. C'est dire l'importance de ce livre, rigoureusement documenté, retraçant pour la première fois l'histoire de la guerre oubliée qui opposa les autorités françaises aux partisans de l'Union des populations du Cameroun (UPC), le parti indépendantiste de Ruben Um Nyobè, Félix Moumié et Ernest Ouandié, assassinés respectivement en 1958, 1960 et 1971. Pendant quatre ans, les auteurs ont enquêté en France et au Cameroun. Ils ont recueilli des dizaines de témoignages inédits, de survivants des massacres comme d'anciens militaires. Dans les archives, ils ont consulté des milliers de documents et fait d'incroyables trouvailles. Ils montrent comment l'administration et l'armée françaises, avec leurs exécutants locaux, a mené pendant des années une contre-guérilla particulièrement sanglante : bombardement des populations, milices d'assassins, propagande, manipulation, torture généralisée, etc. Des pratiques qui marqueront durablement le nouvel Etat camerounais. Cinquante ans après la pseudo-indépendance accordée au Cameroun le 1er janvier 1960, cette histoire est plus que jamais d'actualité. Car elle est aussi celle de la naissance de la Françafrique, fruit du consensus colonial de la IVe République, de François Mitterrand à Gaston Defferre, et de la diplomatie secrète de la Ve République, celle du général de Gaulle, de Pierre Messmer et de Jacques Foccart. Issu de l'impitoyable répression des nationalistes, le régime de Yaoundé incarne en effet plus que tout autre Etat africain l'histoire de la Françafrique. Après vingt-cinq ans de règne du parti unique d'Ahmadou Ahidjo, puis vingt-cinq ans de déliquescence sous Paul Biya, le Cameroun attend encore une véritable indépendance

  • Christiane Taubira réaffirme ses convictions en affirmant que la société française ne sortira du climat étouffant qui la paralyse qu'en renouant avec les valeurs fondatrices de la République. Elle insiste sur le fait que la France doit enfin accepter son héritage colonial effacé des mémoires officielles et qu'elle doit retrouver une laïcité synonyme de respect de l'autre et non d'arrogance égoïste.

  • La liberté de création n'est prévue dans aucun texte de loi, aucun instrument juridique ne l'a pensée.
    La liberté d'expression est bien consacrée depuis plus de deux siècles par l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, mais on n'y trouve pas la moindre référence aux oeuvres, ou à l'art. Or les oeuvres font débat. Et ce débat se déroule de plus en plus devant les tribunaux, la loi se montrant sans cesse plus contraignante et répressive. Qui doit juger les oeuvres et selon quels critères ? De l'élu qui décide d'interdire telle exposition à la commission de classification des films qui applique désormais des critères ouvertement subjectifs, la littérature, les arts plastiques, la chanson, le cinéma sont désormais passés au prisme des opinions de chacun, religieuses, morales, politiques. L'art doit-il se soumettre ou être soumis de force à des impératifs aussi variés et étrangers à sa sphère ? Comment définir la liberté de création ? Y a-t-il des limites acceptables ? Quelle est la nature du débat en droit et entre juristes ? Comment répondre aux demandes de censure lorsqu'on est un élu ? Que se passe-t-il ailleurs, et notamment aux Etats-Unis, souvent cités en exemple ? C'est à toutes ces questions que tente de répondre ce livre, nourri de nombreux exemples concrets. Plaidant pour que le public reste libre d'entrer en contact avec les oeuvres sans que l'on pense à sa place, Agnès Tricoire dessine ainsi les contours de la liberté de création, qui s'enracine dans la liberté d'expression, mais s'en distingue parce que l'art n'est pas simplement du discours.

  • La contrepartie des progrès de la médecine est que souvent la mort ne vient plus toute seule. Dans bien des cas, il faut désormais décider qu'elle survienne et faire quelque chose si l'on veut qu'effectivement elle arrive. Si la médecine a changé nos vies, elle a donc également transformé nos morts. Tout comme elle participe à brouiller chaque jour un peu plus les frontières entre ce qui est encore une vie et ce qui peut-être n'en est plus tout à fait une. Si bien que, parfois, les patients - ou leurs familles pour eux - en viennent à réclamer la mort, lorsque celle-ci se fait vraiment trop attendre. C'est alors que des conflits peuvent naître entre ceux qui supplient pour que l'on aide à ce que cette fin puisse enfin advenir, et ceux qui à l'inverse ne veulent surtout pas aller dans cette voie.
    C'est dans cet espace que s'inscrit le travail du Centre d'éthique clinique de l'hôpital Cochin, que dirige Véronique Fournier. Dans ce livre, elle raconte quelques-unes des histoires qu'elle a accompagnées depuis dix ans : comment s'expriment ces demandes, qui les porte, comment y réagissent les équipes soignantes, et quels débats elles suscitent au sein du groupe citoyen d'éthique clinique qui travaille à ses côtés.
    Peu à peu, ces histoires ont fait évoluer sa position sur cette difficile question : faut-il et jusqu'où peut-on aider à mourir ? C'est cette évolution qu'elle relate ici, de ses réticences premières à sa conviction de plus en plus nette que les médecins ne peuvent pas refuser d'aider à mourir ceux qui sont à l'extrémité des possibilités de la médecine et qui n'en peuvent plus. En espérant qu'expliquer pas à pas le chemin parcouru pourra, peut-être, aider d'autres à s'y risquer à leur tour.

  • La tradition « orientaliste » des savants arabisants français, qui avaient accompagné l'entreprise coloniale au XIXe siècle, a progressivement laissé la place au XXe siècle à une génération de chercheurs résolument anticolonialistes, à l'image de Maxime Rodinson, Charles-André Julien, Jacques Berque ou Charles-Robert Ageron. Il revient aujourd'hui à leurs héritiers d'éclairer l'apparition, dans la période postcoloniale, d'un « islam politique » qui cristallise une très profonde défiance. C'est ce à quoi s'emploie François Burgat dans cet ouvrage, en replaçant ses analyses dans le parcours personnel qui les a nourries et l'environnement scientifique qui les a accueillies.
    Depuis les années 1980, la répression des acteurs politiques musulmans par les régimes autoritaires et leur mise au ban par les États occidentaux ont contribué à alimenter frustrations, polarisations, violences, radicalisations, terrorisme... À rebours des explications simplistes ignorant trop souvent les racines historiques de ces évolutions, ce livre apporte une note dissonante. Son auteur raconte comment, pour décoder l'incomprise altérité islamiste, sa trajectoire de recherche l'a conduit à forger ses propres outils. De l'Algérie à la Syrie, en passant par la Tunisie, le Yémen, la Libye, l'Égypte, la Palestine et la France, il restitue ses rencontres avec nombre d'islamistes. Il montre que leurs motivations sont plus banalement profanes et politiques que religieuses. Et donc très loin des explications essentialistes qui s'obstinent à chercher dans le Coran du VIIe siècle les clés de l'islam politique contemporain.
    L'auteur poursuit ici une démarche de recherche entamée depuis quatre décennies en confrontant ses premières hypothèses aux turbulences des « printemps arabes » et à l'affirmation djihadiste. En contextualisant ses observations sur le temps long, il offre un précieux éclairage sur les conditions du dépassement de ce « défi islamiste ».

  • « Désastre national », « défaite sportive et morale », « imposture », « bus de la honte » : la surenchère verbale n'a pas manqué pour condamner la grève des joueurs de l'équipe de France de football lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud. Dans une sorte d'atmosphère d'union nationale, les Bleus ont été dénoncés, en pleine crise économique, comme des « traîtres à la nation ». Les « meneurs » de l'équipe furent même traités à l'Assemblée nationale de « caïds immatures » par la ministre des Sports Roselyne Bachelot. Les entrepreneurs de morale républicaine ont aussitôt désigné les coupables : la jeunesse populaire des « cités » françaises, « sous-éduquée », « inculte » et « arrogante ». A rebours de ces commentaires moralisants, Stéphane Beaud, lui-même ancien footballeur et fin connaisseur de cet univers, propose dans ce livre une interprétation sociologique de ces événements qui déplace le questionnement. En quoi ces joueurs de l'équipe de France de 2010 différent-ils, par leurs trajectoires sociales et sportives, de ceux de l'équipe, glorieuse, de 1998 ? En quoi cette équipe reflète-t-elle les changements internes aux classes populaires françaises (l'émergence des jeunes issus de l'immigration africaine) et les transformations du marché du travail du football professionnel (précocité et internationalisation des carrières) ? Considérer ces sportifs comme des « travailleurs » (surpayés certes) et comme des joueurs ultrasensibles à l'injustice permet d'éclairer le sens de leur « grève ». Un éclairage original, indispensable pour mieux comprendre l'évolution du rapport à la nation dans une société française en mutation, et le rôle singulier qu'y jouent les grandes compétitions sportives.

  • À l'intérieur comme à l'extérieur de l'espace national, les " frontières " (entre États et entre groupes sociaux, étroitement imbriquées aujourd'hui) sont le pont où la démocratie s'arrête. Elles sont aussi le seuil de expansion possible, de ses progrès. Tel est le thème commun aux treize essais politiques et philosophiques composant ce recueil. Rédigés entre 1981 et 1991, ils proposent une réflexion suivie sur quelques-unes des grandes questions qui, en France et en Europe, auront marqué la décennie : progression du racisme et des nationalismes, crise du socialisme et effondrement du communisme " réel ", exclusions et inégalités, mais aussi mouvements pluriculturels et nouvelles dimensions de la citoyenneté.
    L'ouvrage débouche sur une interrogation de fond quant aux contradictions et à la dynamique d'une véritable politique des droits de l'homme : à propos des paradoxes de l'universalité, des transformations de la propriété et du travail, de la violence et de la paix. Il montre que dans le monde actuel, plus que jamais, la sécurité est au prix du risque, et que dans l'État " de droit " n'ira pas sans nouvelles avancées de la démocratie, portée jusqu'à ses propres limites par la réflexion et l'action collectives.

  • Depuis la chute du Mur, la globalisation a déchaîné des forces d'autant plus indomptables qu'elles ne sont pas régulées de manière coopérative et qu'elles sont devenues le champ clos de tous les égoïsmes. En 2007, la crise des « subprimes » a mis en lumière l'extrême fragilité du système financier international : des milliers de milliards de dollars se sont évaporés en quelques jours. Cette crise, manifestation de la folie d'un monde où l'argent coule à flots, n'est sans doute que le premier signal annonciateur de plus grands bouleversements. Dans tous les domaines.
    Car, expliquent les auteurs de cet essai aussi clair que précisément informé, le pire est à venir de la conjonction de cinq caractéristiques majeures de la globalisation : une machine inégalitaire qui mine les tissus sociaux et attise les tensions protectionnistes ; un chaudron qui brûle les ressources rares, encourage les politiques d'accaparement et accélère le réchauffement de la planète ; une machine à inonder le monde de liquidités et à encourager l'irresponsabilité bancaire ; un casino où s'expriment tous les excès du capitalisme financier ; une centrifugeuse qui peut faire exploser l'Europe.
    Ce diagnostic lucide et sombre vaut aussi comme un avertissement aux responsables politiques et économiques, comme à tous les citoyens : des mesures radicales sont nécessaires pour enrayer la course folle de la globalisation, cette énorme machine à prendre du revenu aux uns pour le redistribuer aux autres.

  • Blanchiment d'argent du crime, en Europe et aux États-Unis, failles informatiques, absence de contrôle, contournements des législations etc... L'ex-employé de HSBC Hervé Falciani, né à Monaco d'un père banquier, révèle ici les secrets du monde de la banque : avec lui, ce livre propose une plongée vertigineuse dans les coulisses d'un géant bancaire prêt à tout pour neutraliser les velléités de contrôle de la finance mondiale. Un document exceptionnel.

empty