Gallimard

  • On ne les entend jamais. Confinés par les médias dans les rôles de « méchants », les procureurs ne se départissent guère eux-mêmes de leur devoir de réserve. Héritage de l'histoire, ils sont de surcroît perçus comme étant aux ordres du pouvoir politique. La réalité est bien différente. À l'heure où l'institution judiciaire est placée au coeur des débats de société, Érick Maurel, procureur de la République à Pau, après avoir été en poste auprès de tribunaux aussi stratégiques que Bayonne, Ajaccio et Saint-Omer (où il fut un témoin privilégié du premier procès d'Outreau), prend la parole : « Mon métier s'exerce non pas au nom de l'État ou du gouvernement, mais de la République ; il est fait de prises de responsabilités, non d'actes de soumission ; son essence est d'être l'avocat de la nation. » Les procureurs interviennent dans toutes les affaires judiciaires qui défraient la chronique (dossiers politico-financiers, terrorisme, pédophilie, violences urbaines...). Parviennent-ils à douter et à faire preuve d'humanité quand l'implacable machine judiciaire construit des évidences ? Comment conçoivent-ils le recours à la prison, quand celle-ci paraît tellement inadaptée aux désirs de la société ? De quelle liberté disposent-ils, eux qui sont placés sous l'autorité du garde des Sceaux ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles Érick Maurel prend le risque de répondre, alors même que des réformes sont engagées et que l'actualité judiciaire démontre combien peut être délicat l'exercice de ce métier.

  • Le 17 septembre 2010, Mohamed Bouazizi, jeune Tunisien vendeur ambulant de fruits et légumes, s'immole par le feu en place publique - et embrase le monde arabe. Les régimes de Ben Ali, Moubarak, Kadhafi, Ali Saleh sont précipités dans les flammes, et l'incendie porte jusqu'à Bahreïn et en Syrie. Afin de sauver leurs trônes, les gazo- et pétromonarchies déboursent des milliards de dollars pour allumer des contre-feux.
    Cette manne favorise la victoire électorale des islamistes, mais le feu social couve sous la cendre politique. Pour comprendre ces événements de grande portée, Gilles Kepel est allé partout, d'Israël en Syrie, et il a vu tout le monde, salafistes, Frères musulmans, djihadistes, blogueurs, intellectuels, militaires. Durant ce périple, il a tenu des carnets. Écrits au jour le jour et enrichis au cabinet de travail, ils aboutissent à ce beau livre, où l'humeur vagabonde du randonneur le dispute à l'oil acéré du chroniqueur, au savoir de l'orientaliste et à la plume de l'écrivain, le tout dans une forme alerte et vive, celle même du journal.

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