Louis Assier-Andrieu

  • L'indépendance des avocats est aujourd'hui revendiquée par les uns au nom de l'identité professionnelle elle-même, critiquée comme désuète par les autres, essentiellement par les avocats proches des milieux économiques.
    L'ouvrage réunit les personnalités les plus à même de situer cette idée d'indépendance depuis l'Ancien Régime, où se mettent en place nombre des invariants de la personnalité culturelle des avocats, et situe la question des avocats face à la logique du marché comme une question sociétale qui intéresse le destin de l'état de droit en tant que tel.
    Il permet de comprendre la nature profonde de cette indépendance que politiques et économistes reprochent aux avocats mais que la profession arbore comme le symbole même de sa raison d'être.

  • Pourquoi le passé exerce-t-il sur nous cette influence qui nous invite à suivre son exemple ? C'est à la découverte des flux et des mécanismes de l'autorité des choses échues que ce livre convie.
    Il se penche sur le rapport particulier qu'ont certaines cultures avec l'histoire, un rapport qui les incite à suivre la tradition plutôt qu'à rompre avec elle en innovant et en révolutionnant l'ordre établi. Parmi celles-ci la culture anglo-saxonne est en Occident la seule qui revendique clairement ses 1300 ans d'existence et cette longévité assumée prend corps dans cette concrétisation spécifique de la culture qu'est le droit.
    C'est à partir d'aujourd'hui qu'est saisie cette longue histoire parce qu'elle conditionne le regard contemporain en même temps qu'elle anime une mémoire aussi active que docile envers les événements révolus. Ces événements qui scandent le passé sont des faits, des textes et surtout des affaires judiciaires par lesquelles une civilisation joue son destin dans le coeur des conflits qu'elle suscite. Du haut Moyen Age jusqu'à l'Amérique actuelle, où la " loi commune " (" Common Law ") anglaise s'est exportée, on visite comment s'est formée l'ascendance du passé sur le présent et comment cette vision traditionnelle a non seulement résisté aux bouleversements modernes qui auraient pu la détruire mais surtout les a convertis pour servir ses desseins.
    La conception médiévale faisait du passé la source de toute légitimité dans le monde clos de la Chrétienté. Avec la Renaissance commence un processus d'ouverture au monde que la tradition accompagne pour perdurer dans un élan qui ne s'est jamais arrêté. La découverte de l'Amérique et la nécessité d'en gérer les Indiens permirent au droit occidental de se doter d'instruments nouveaux comme l'idée d'un " concert des nations " et sa version élargie par les Lumières, l'universalisme.
    C'est dans ce contexte que depuis deux siècles les sciences humaines ont été détournées, par le droit, de leur vertu critique pour entrer dans le cadre prévu par la tradition. La sociologie puis l'anthropologie sont ainsi devenues aux Etats-Unis puis au Canada des auxiliaires de justice alors qu'elles ambitionnaient de remettre en cause les institutions. Comment la culture de Common Law a-t-elle endossé au prix de vastes controverses sa nouvelle identité de " civilisation " en face des représentations successives des " sauvages " et des " primitifs " ? C'est le but de ce livre que de montrer comment l'obéissance à la tradition est allée de pair avec l'exaltation de la liberté et l'affirmation de l'universalité de l'homme, nouvelles valeurs enregistrées et magnifiées par le patrimoine juridique.
    En empruntant les chemins entrecroisés de l'anthropologie, du droit et bien sûr de l'histoire, cette enquête sur l'autorité du passé propose une vision renouvelée d'un monde anglo-saxon qui doit à son enracinement dans le temps son pouvoir de conquête.
    A l'heure où la mondialisation met aux prises les grands systèmes juridiques de la planète, le régime anglo-saxon de Common Law est en train d'acquérir une prépondérance qui intrigue et inquiète les observateurs qui connaissent mal cette culture.
    Très rares sont les ouvrages en français qui l'abordent comme un tout. La perspective anthropologique permet de saisir son histoire et son " esprit " d'un seul élan, comme une introduction à cet univers qui s'adresserait à sa dimension la plus forte, celle d'une loyauté sans cesse renouvelée envers le passé.

  • Les avocats sont à la croisée des chemins, tiraillés entre l'héritage toujours vivace de la défense des libertés publiques et l'emprise croissante des logiques économiques. Mais l'avocat n'est jamais véritablement un "marchand de droit" : il participe souverainement à la construction sans cesse renouvelée de l'État de droit qui instaure notre existence démocratique.
    Cet essai met au jour la nature profonde de ce que l'avocat sert à faire dans la société, depuis les origines de la profession jusqu'à aujourd'hui. Il s'attache aussi à cibler les principaux enjeux et les principales contradictions devant lesquels cette activité de défense et de conseil d'autrui, originale entre toutes par son indépendance, résolument solidaire de l'intérêt général, se trouve placée dans la civilisation occidentale et dans la France de notre temps.
    La déréglementation et le recul de l'État d'une part, la prétention hégémonique de l'économie libérale, de l'autre, paraissent devoir restaurer le rôle de l'avocat, non seulement pour faire triompher le droit et la justice, mais pour élaborer et servir l'édifice social qui nous est commun.
    Ce livre prend sa source dans plus d'un an de discussions et de débats au sein de la Commission prospective du Conseil national des barreaux, où l'auteur a été accueilli. Dans ce site d'observation privilégié ont été exprimés les inquiétudes, les doutes et les aspirations d'une communauté professionnelle placée par l'histoire en face de son destin, affrontant, comme l'État de droit lui-même, la corrosion de ses valeurs par les forces du marché.

empty