CNRS Editions

  • Dans les débats vifs et nourris sur le religieux, parler de vérité contribue rarement à une meilleure compréhension du phénomène. Les intégristes de tous poils, religieux ou scientistes, qui cherchent à lier ou opposer trop facilement religion et vérité, brouillent la réflexion.

    Pour ne pas renoncer au devoir d'examen rationnel et philosophique de la vie religieuse, cet ouvrage défend d'abord la pertinence du recours au concept de vérité pour l'analyse des croyances religieuses. Mais la prise en compte de la pluralité des religions suscite le doute et modifie notablement la réflexion. Une seule religion peut-elle réellement prétendre à la vérité ? À moins que plusieurs puissent y prétendre malgré leur apparente incompatibilité ? Ne faut-il pas plutôt déplacer le débat et distinguer des thèses métaphysiques sur Dieu ou la réalité ultime et des croyances et pratiques variées propres aux différentes traditions religieuses, la vérité ou fausseté des premières étant l'objet de l'argumentation philosophique tandis que les secondes ne posent pas problème en tant que telles ? Se pose alors la question difficile du mal et du silence de Dieu. Et finalement, même une pragmatique du religieux n'offre probablement pas de solution satisfaisante. C'est à un scepticisme religieux qu'invite cet ouvrage : le jugement reste en suspens en attendant une éventuelle décision.

    Mené sous la forme d'une enquête épistémologique et métaphysique, Yann Schmitt propose ainsi un parcours stimulant à travers les débats foisonnants de la philosophie contemporaine des religions.

  • L'histoire des religions est une discipline au croisement de plusieurs champs, distincte de la théologie et de l'histoire religieuse. Elle appartient en propre à l'univers de la pensée occidentale. Et à ce titre, elle est profondément influencée par le christianisme.

    Ce sont justement les origines et l'histoire chrétiennes de la notion de religion que démontre dans un premier temps cet ouvrage. Les impasses et les contradictions majeures auxquelles sont confrontées les approches traditionnelles de l'histoire des religions sont alors mises au jour.

    Daniel Dubuisson poursuit son parcours critique en introduisant dans un second temps le récent courant anglo-saxon largement méconnu en France des critical studies of religion. Citons parmi les auteurs étudiés : T. Asad, T. Fitzgerald, R. King, D. Chidester,

    D. Wiebe, R. T. McCutcheon. Leurs concepts et leurs méthodes, ici présentés, contribuent à déconstruire les arguments pseudoscientifiques circulaires expliquant la religion par la religion (M. Eliade, R. Otto).

    L'homo religiosus est ici démythifié, lui qui se définissait par son instinct religieux inné et son appartenance à la culture occidentale. Parallèlement, la fonction normative du christianisme à l'égard des autres formes de croyance est dénoncée. La question du pouvoir est ici centrale, l'arme religieuse participant à la " violence épistémique " propre au colonialisme.

    Daniel Dubuisson ouvre avec cet essai de stimulantes nouvelles perspectives.

  • L'œuvre de Diderot se présente comme un tout paradoxalement inachevé, ouvert et changeant. C'est à cet univers d'une pensée gambadant de préoccupations métaphysiques au commentaire de l'actualité politique, entre romans, dialogues, articles, réfutations, correspondances, que nous introduit Colas Duflo. Le Diderot en mouvement, philosophe autant qu'écrivain, penseur par fictions autant que par concepts, promoteur de la diffusion publique des vérités et expert en jeux avec la censure, revit ici en pleine lumière. Rétive à tout système, sa pensée offre une cohérence subtile. Matérialisme, moi multiple, critique de l'illusion de la liberté : tels sont quelques-uns des points forts qui traversent toute l'œuvre. Comme le lecteur actif auquel s'adresse Diderot, Colas Duflo relie tous les éléments éclatés, de la philosophie à l'anthropologie, de la philosophie politique à la méditation sur la civilisation, et révèle une œuvre d'une rare et saisissante présence, d'une exubérante liberté.

  • Ali, gendre et cousin du prophète Muhammad, est au centre de trois événements historiques majeurs indissociables des débuts de l'islam : le problème de la succession de Muhammad, les conflits et guerres civiles entre Musulmans, et enfin l'élaboration du Coran et du Hadith. C'est à lui que Mohammad Ali Amir-Moezzi consacre une étude, au fait des recherches les plus récentes, et ouverte à ses multiples aspects mystiques.

    À partir d'une analyse historique et philologique des sources anciennes ou récentes, cet ouvrage montre que le shi'isme est la religion du Maître comme le christianisme est celle du Christ, et Ali le premier Maître ainsi que l'Imam par excellence des Shi'ites. Le shi'isme peut donc être défini, dans ses aspects religieux les plus spécifiques, comme la foi absolue en Ali. Homme divin, lieu de la manifestation la plus parfaite des attributs de Dieu, en même temps refuge, modèle et horizon spirituels.

    Par-delà les prises de position et les polémiques séculaires, Mohammad Ali Amir-Moezzi nous restitue les multiples facettes de ce personnage de l'islam des origines, le seul des Compagnons du Prophète demeuré jusqu'à nos jours l'objet d'une fervente dévotion pour des centaines de millions de fidèles en terre d'islam, notamment en Orient.

  • Quand un grand spécialiste de l'islam dénonce les dérives du monde arabo-musulman actuel. " Si le bel islam prêche le droit à l'indifférence et à la non-agression mutuelle, il faut croire que l'Homme, lui, est versatile, colérique et impétueux ", constate Malek Chebel. A travers cinq études percutantes, il nous montre à quel point la faute et la transgression sont omniprésentes dans le monde musulman contemporain. Cet Inconscient de l'islam remonte aux racines de la religion et se nourrit de l'histoire des califes, pour mettre en évidence et éclairer la folie actuelle d'une partie de la communauté. Guerre sainte détournée, exacerbation de la figure du kamikaze, violence symbolique de la relation mère-fils, censure des livres, immolation au nom d'une purification sacrée : cette immersion dans le monde complexe des interdits et de leur transgression interroge les liens entre religion, politique et liberté dans la doctrine musulmane. Plaidoyer autorisé pour la mise à nu d'un inconscient longtemps nié et redouté, cet essai audacieux révèle les contradictions d'un islam aux prises avec le monde contemporain.

  • Foisonnante, inventive, en prise constante avec la vie de la Cité, la religion romaine diffère radicalement de nos religions modernes. Elle n'exigeait en effet aucune croyance conforme à une doctrine, ne connaissait ni pratique méditative, ni lectures de textes sacrés, ni prières contemplatives et intériorisées. Les " fidèles " des dieux romains n'étaient pas des croyants pris dans leur vie religieuse personnelle, mais des citoyens conçus dans leur être collectif et leurs aspirations communautaires.

    Dans la Rome antique, tout acte collectif possédait un aspect " sacré ", et tout acte religieux un aspect civique. C'est cet univers rituel singulier que revisite ici le grand spécialiste de l'Antiquité John Scheid, prenant appui sur les avancées les plus récentes de l'archéologie. Temples des dieux, bâtiments communautaires, règles de consécration, calendriers liturgiques, actes divinatoires, pouvoir des auspices, rites de purification, rôles sacerdotaux tenus par les consuls, gouverneurs, centurions, présidents de collèges d'artisans, pères de famille...

    John Scheid souligne l'extraordinaire vitalité des rites romains, met en exergue leur puissance d'incantation et leur ambition de réunir à chaque instant les hommes et les dieux. Il décrypte aussi le rôle social des sacrifices et offrandes d'animaux, de végétaux cuisinés, de vin, d'encens...

  • Les guerres de religion qui ont ensanglanté le royaume de France, nous lèguent de la religion une image de violence et de fanatisme, faisant écho à notre situation contemporaine.

    Les guerres de religion qui ont ensanglanté le royaume de France, nous lèguent de la religion une image de violence et de fanatisme, faisant écho à notre situation contemporaine. Pourtant dès 1598, grâce à son édit de Nantes, la France a expérimenté un mode de coexistence original entre ses confessions religieuses. C'est la révocation de l'édit de Nantes en 1685 qui a mis fin à ce face-à-face, gommant pour longtemps des esprits la singulière réussite de ces temps d'exception.

    Vingt millions de catholiques et un million de protestants, à la suite de Luther, de Calvin ou du concile de Trente, partageant une culture largement commune, ont évolué ensemble sur notre territoire et fait l'expérience d'une cohabitation inédite. Leur confrontation s'est accompagnée de multiples emprunts et échanges qu'explore ce livre au travers de quelques grandes figures engagées, de Théodore de Bèze à François de Sales, de Catherine Lévesque à Marie de l'Incarnation.

    Un moment charnière de près d'un siècle généreusement mis en valeur par Bernard Cottret, mais aussi un temps exemplaire de confrontation pacifique entre tenants de religions différentes, précédant les Lumières.

  • La notion de " formes de vie " a émergé il y a une dizaine d'années et circule dans des domaines variés, de la biologie à la philosophie en passant par la sociologie, la science politique et l'anthropologie.

    La notion de " formes de vie " a émergé il y a une dizaine d'années et circule dans des domaines variés, de la biologie à la philosophie en passant par la sociologie, la science politique et l'anthropologie.

    Mais qu'entendre par " formes de vie " ? Un ensemble de pratiques, d'usages de nature variée, qui donnent à la vie commune des caractères propres, pour ainsi dire diffus, explicitement ou implicitement présents dans les croyances, la langue, les institutions, les modes d'action, les valeurs. Une forme de vie est toujours, en ce sens, particulière, c'est pourquoi il existe des formes de vie, plus qu'une forme de vie.

    De l'étude de ses divers sens chez des auteurs aussi différents qu'Adorno et Wittgenstein à sa portée critique et politique et à ses incidences éthiques, cet ouvrage déploie toutes les dimensions de cette nouvelle approche. En particulier, la porosité entre les sphères privée, sociale, économique et politique, et la nouvelle articulation du social et du biologique.

  • Quels matériaux sont nécessaires à la création d'une nouvelle langue maternelle et quel processus aboutit à son adoption par ses locuteurs ?

    Quels matériaux sont nécessaires à la création d'une nouvelle langue maternelle et quel processus aboutit à son adoption par ses locuteurs ? L'hébreu, langue aujourd'hui quotidienne dont le fondement est spirituel, culturel et religieux, nous éclaire sur la genèse d'une nouvelle langue maternelle. Mais pour comprendre cette résurgence, il fallait rassembler et interpréter ses archives.

    Procédant à une fouille archéologique qui nous conduit du présent aux strates les plus anciennes, l'auteure dialogue avec deux des plus grands écrivains israéliens, Aharon Appelfeld et Sami Michael, pénètre dans " la fabrique " lexicographique d'Eliezer Ben-Yehuda, et revient sur les fondements philosophiques de l'hébreu profane par une lecture inédite de l'Abrégé de grammaire hébraïque de Baruch Spinoza.

    " Rarement un ouvrage aura brassé avec autant de maîtrise et d'originalité des domaines aussi vastes et, par une approche interdisciplinaire, répondu à des enjeux politiques et éthiques aussi actuels qu'essentiels. "

    Julia Kristeva

    " De la psychanalyse à la sémiotique, de l'intertextualité à l'histoire des idées, de la génétique des textes à la philosophie, c'est à une effective transdisciplinarité joyeuse et généreuse que ce livre nous convie comme à un véritable festin intellectuel. "

    Pierre-Marc de Biasi

  • Temps de la nature et nature du temps

    Dans l'histoire de la philosophie, la question du temps a été abordée selon deux tendances opposées : le temps de la nature avec Aristote et le temps de la conscience avec Augustin. Ces deux formes irréductibles l'une à l'autre ont vu leur relation se complexifier, notamment avec la théorie de la relativité au début du XXe siècle, puis la mécanique quantique, qui ont bousculé notre perception et compréhension du temps.

    Cet ouvrage, écrit par des scientifiques et des philosophes, se concentre plus particulièrement sur le concept de " temps naturel ", examiné à la lumière de ses utilisations en sciences, qui semblent remettre en cause son unité. Physique, biologie, sciences cognitives, paléontologie, philosophie sont ici convoquées, chacune de ces disciplines disposant d'instruments spécifiques de mesure et de définition d'échelles de temps.

    Que nous apprennent-elles sur la " nature du temps ", sur ses propriétés comme la continuité ou l'irréversibilité ? Quel statut doit-on donner aux différences entre les échelles utilisées pour observer les phénomènes ? Telles sont quelques-unes des questions abordées dans ce livre, nouvelle incursion dans les mystères du temps.

  • S'interroger sur la place du désir et de la beauté en islam est loin d'être anecdotique tant ces notions y sont taboues et centrales à la fois. Taboues en ce qu'un certain nombre de théologiens fondamentalistes y voient une forme de dévoilement diabolique. Centrales en ce qu'elles sont essentiellement humaines, voire même profondément spirituelles. Par essence, l'islam embrasse de nombreux aspects de la vie et codifie le lien au corps. Et alors que dans une vision dogmatique de l'islam, le désir est une réalité refoulée et donc proscrite, pour Malek Chebel il en est, au contraire, une part essentielle, anticipation du Paradis, et condition du bonheur ici-bas. À travers l'étude de la calligraphie, du tatouage, de l'amour des pierres précieuses, de l'art des jardins, l'auteur nous révèle l'importance du beau en islam, reflet d'une existence de plaisir tout autant que d'une attitude spirituelle. Il est urgent, pour lui, d'initier une nouvelle théologie en terre d'islam, celle de la Raison face à l'idéologie assassine, celle de la Lumière face à l'obscurantisme, celle de la paix face à la monstruosité du crime, celle du désir face à l'interdit. Un véritable traité du bonheur en terre d'islam.

  • Depuis une vingtaine d'années, le monde arabe connaît une vague de conversions au protestantisme, en particulier sous l'influence des évangéliques américains.

    Depuis une vingtaine d'années, le monde arabe connaît une vague de conversions au protestantisme, en particulier sous l'influence des évangéliques américains. Des dizaines de milliers de musulmans et de chrétiens orientaux, du Maghreb au Machrek, se convertissent.

    Bien que tabou, le phénomène est tangible : une Église protestante algérienne subsiste depuis vingt ans sans incident notable. Fait exceptionnel, l'État algérien a même reconnu officiellement, en 2011, l'existence de cette communauté chrétienne composée d'autochtones convertis. Si les situations diffèrent selon les pays, les appartenances de genre, le statut social et les ressources culturelles, le mouvement prend une importance croissante qui témoigne des mutations profondes de la région.

    Dans cette étude unique, sur la longue durée, Fatiha Kaouès nous propose une histoire et un état des lieux sociologique du phénomène. S'intéressant aux cas particuliers de l'Algérie, du Liban et de l'Égypte, elle revient d'abord sur cette " aventure " que constitue, depuis le

    XIXe siècle jusqu'à nos jours, l'installation des missions évangéliques. Elle décrypte ensuite les moyens contemporains de l'" offensive évangélique ", en les illustrant par des parcours particuliers, puis tente de saisir les raisons principales des conversions, mais aussi les enjeux politiques importants qu'elles revêtent, ainsi que leur impact, en retour, aux États-Unis.

  • Cette " science de la vie mentale ", ce livre la restitue dans ses transformations, ses débats, ses redéfinitions en reconstruisant le point de vue de James et des acteurs de l'époque à rebours de l'histoire jugée.

    William James (1842-1910) appartient à la génération de penseurs qui ont contribué à donner à la pensée nord-américaine sa tonalité propre. Philosophe canonique, il est aussi considéré comme l'un des fondateurs de la psychologie. Les Principes de psychologie, publiés en 1890, marquent une date dans l'histoire d'une discipline, alors en voie de constitution, qui mobilisait les résultats de la physiologie nerveuse et cérébrale et tentait de rompre avec la philosophie.

    Cette " science de la vie mentale ", ce livre la restitue dans ses transformations, ses débats, ses redéfinitions en reconstruisant le point de vue de James et des acteurs de l'époque à rebours de l'histoire jugée.

    En s'appuyant sur les archives, la correspondance, les notes de lecture inédites de William James conservées à l'université Harvard et données en partie dans l'ample dossier critique, Thibaud Trochu nous introduit dans l'atelier de travail de James. Il réactive aussi ses tensions, ses interrogations sur les zones frontières de l'expérience humaine comme le somnambulisme, la télépathie, les états hypnotiques provoqués. Il restitue des cas de controverses précis, comme ceux de Georges Albert Smith ou de Miss Piper dont discutait James avec ses interlocuteurs européens et états-uniens.

    Aux origines composites de la psychologie, une dizaine d'années avant la Science des rêves de Freud.

  • Depuis l'an 2000, l'Apocalypse constitue une thématique plus que jamais dans l'air du temps. Catastrophisme ? Angoisse civilisationnelle ? Chimère ? Espérance ? Comment comprendre cette étonnante propension humaine à penser et à préparer la fin du monde ? À travers le renouvellement périodique des figurations d'une fin dernière du monde, cet ouvrage met aussi en lumière un paradoxe : l'eschatologie est créatrice, non d'une fin – toujours ajournée –, mais de renouveaux aux horizons multiples, souvent susceptibles de muer en moteur d'actions dans le présent. Dans cette approche interdisciplinaire aux thématiques variées, une place spéciale est réservée à des religions – zoroastrisme et samaritanisme – jusque-là insuffisamment considérées par les sciences humaines et généralement tenues à l'écart des travaux comparatifs sur l'eschatologie.

  • ong ou court, opaque ou diaphane, masculin ou féminin, porté serré ou flottant au vent, le voile est un objet vestimentaire malléable et familier dont, en terres chrétiennes, toutes les femmes (et occasionnellement quelques hommes) durent longtemps se parer.

    Long ou court, opaque ou diaphane, masculin ou féminin, porté serré ou flottant au vent, le voile est un objet vestimentaire malléable et familier dont, en terres chrétiennes, toutes les femmes (et occasionnellement quelques hommes) durent longtemps se parer. Pour obéir aux injonctions des Pères de l'Église et dire leur soumission à l'ordre patriarcal, mais aussi pour séduire, se distinguer, devenir adulte, se marier, entrer en religion, pleurer les morts, jouer les élégantes, travailler...

    Parce que les voiles occultent et suggèrent la présence de la chair et du cheveu, ils suscitent aussi fantasmes et peurs. Parce qu'ils mettent en cadre nos visages, ils attisent les talents des plus grands artistes et la suspicion des moralistes. Parce qu'ils sont un patrimoine français, enfoui et à peine disparu, ils méritent d'être proprement envisagés.

  • Nous avons découvert un " autre " que nous n'imaginions pas : le jihadiste. Nous sommes stupéfiés de voir surgir des " barbares " d'un nouveau type, vivant et pensant dans un tout autre monde culturel que le nôtre, et fermement décidés à le soumettre ou à le détruire. Mais comment expliquer la séduction que ces fanatiques exercent ? Pourquoi font-ils des prosélytes ?

    Nous avons découvert un " autre " que nous n'imaginions pas : le jihadiste. Nous sommes stupéfiés de voir surgir des " barbares " d'un nouveau type, vivant et pensant dans un tout autre monde culturel que le nôtre, et fermement décidés à le soumettre ou à le détruire. Mais comment expliquer la séduction que ces fanatiques exercent ? Pourquoi font-ils des prosélytes ? Notre culture laïcisée nous fait sous-estimer la force des croyances religieuses qui animent les jihadistes.

    L'islamisme radical représente la dernière des idéologies légitimant l'usage de la violence absolue contre les ennemis que ses adeptes désignent : mécréants ou infidèles. L'utopisme révolutionnaire s'est réfugié dans l'islamisme jihadiste, qui nous a déclaré la guerre. " Nous ", c'est-à-dire non seulement les Occidentaux vivant dans des sociétés démocratiques, mais tous les humains décidés à défendre leurs libertés.

    Pierre-André Taguieff appelle à reconnaître ce fondamentalisme islamique guerrier comme le nouvel ennemi. Il retrace l'histoire de la doctrine du jihad jusqu'à ses réinterprétations, au XXe siècle, par les principaux théoriciens de l'islamisme. Il analyse enfin les usages du terme " islamophobie ", instrumentalisé par certains pour mobiliser les musulmans et les pousser à l'auto-ségrégation, voire à l'engagement jihadiste.

    L'islamisme jihadiste incarne une paradoxale révolution réactionnaire porteuse d'un projet impérialiste. Contre cet ennemi imprévu, le combat intellectuel et plus largement culturel est l'affaire de tous, musulmans anti-jihadistes compris.

    L'analyse exigeante et lucide d'un grand intellectuel sur ce mélange inédit d'obscurantisme, de fanatisme et de propagande guerrière qui nous menace.

  • Sous l'impulsion de travaux novateurs, la recherche sur le Coran connaît depuis deux décennies un profond bouleversement.L'élargissement notable des sources (manuscrites, épigraphiques ou archéologiques), l'apport de méthodes d'analyse renouvelées, particulièrement de la réflexion herméneutique, dégagent des problématiques fécondes et ouvrent des perspectives originales.Les chercheurs français et étrangers réunis dans cet ouvrage réinterrogent l'histoire du Coran en s'appuyant sur des sources inédites : manuscrits omeyyades, sources chiites, ou graffitis du désert.Ils examinent les conditions de son émergence dans un contexte qui est celui de l'Antiquité tardive. En questionnant les relations entre le Coran et les traditions scripturaires antérieures, ils parviennent à éclairer le travail de réécriture et de réappropriation de textes bibliques et talmudiques. Les outils de la linguistique leur permettent enfin d'analyser les formes littéraires et la langue du Coran. La relation complexe entre oralité et écriture apparaît ici en pleine lumière, de même que les spécificités de ce texte en matière d'argumentation, de polémique ou de composition

  • L'article, le graphique, la fiche, le poster, le cahier de laboratoire sont quelques-uns des nombreux outils du travail scientifique étudiésdans cet ouvrage qui offre une histoire matérielle de la culture savante entre le XVIe et le XXIe siècle. Il rend manifeste, de la médecine à l'archéologie, de la géographie à la chirurgie, ce que l'on ne voit pas ou plus dans les résultats : la masse imposante de l'outillage à disposition, sa grande diversité, son accroissement constant. S'y ajoutent les ressources des savants eux-mêmes, celles de leurs sens éduqués ou amplifiés par de multiples instruments. Les configurations fascinantes que ces outils et leur emploi créent entre écrit, image, parole, regard et geste révèlent le caractère composite, multimédia et multisensoriel, de l'ordre raisonné du savoir. Explorer la science dans sa matérialité éclaire d'un jour nouveau des pans entiers de l'histoire intellectuelle. Les outils de travail ne sont pas de simples à-côtés des idées. Ils participent étroitement à la connaissance, entre objectivité scientifique et éléments empruntés à l'expérience des sens. Un essai d'anthropologie des savoirs qui porte un regard original sur l'ordinaire de la science.

  • La vie et l'œuvre de Georges-Arthur Goldschmidt sont un aller et retour permanent entre l'Allemagne où il naît en 1928 et la France où, devenu français, il s'est installé depuis la guerre. Mais aussi entre l'histoire et la langue de ces deux pays longtemps ennemis. Il écrit le plus souvent en français et traduit de l'allemand. Son œuvre se partage entre des fictions ou récits, pour certains d'inspiration autobiographique, des essais littéraires, et des traductions devenues fameuses de Nietzsche ou de Peter Handke. Homme de revues, se jouant des frontières des disciplines, il a publié de nombreux articles dans La Quinzaine littéraire, Allemagnes d'aujourd'hui, L'écrit du temps, Europe, Critique, Romantisme, Che vuoi ?. C'est à la découverte de cette activité critique, nourrie par une exceptionnelle acuité et un revigorant nonconformisme intellectuel qu'invite cet ouvrage. Qu'il s'agisse de la langue d'Heidegger, imprégnée de l'idéologie nazie ou de l'œuvre de Heine, des rapports auteurtraducteur, des difficultés de traduire Freud en français, de l'expression de l'espace dans la littérature, le même esprit libre et la même fraîcheur d'approche se montrent à l'œuvre.

  • Qu'est-ce que l'individualité ? Sommes-nous faits que de matière ? Comment fonctionne notre esprit ? Comment prend-on une décision ? Quelle est la place de la politique dans la vie humaine ? Quelle frontière entre politique et morale ? Comment peut-on mobiliser l'opinion publique ? Qu'est-ce que l'émotion ? Quelle est sa place dans la société ? De quelle nature est la conscience? Comprendre l'Homme d'aujourd'hui dans toute sa complexité, tel est le but de cet ouvrage, qui fait dialoguer le droit, la génétique, la médecine, les neurosciences, la philosophie, la morale, les sciences politiques.

  • Sujet brûlant entre tous, l'enseignement des religions à l'école suscite d'intenses polémiques qui, trop souvent, viennent semer la confusion jusque dans les rangs du personnel éducatif. Aussi est-ce d'abord aux enseignants que l'équipe réunie par Jean-Pierre Chantin et Philippe Martin entend proposer des clés pour comprendre et faire comprendre le fait religieux.

    Sujet brûlant entre tous, l'enseignement des religions à l'école suscite d'intenses polémiques qui, trop souvent, viennent semer la confusion jusque dans les rangs du personnel éducatif. Aussi est-ce d'abord aux enseignants que l'équipe réunie par Jean-Pierre Chantin et Philippe Martin entend proposer des clés pour comprendre et faire comprendre le fait religieux. À cette fin, les auteurs ont pris pour point de départ la vingtaine de sujets qui, dans les programmes scolaires de la 6e à la Terminale, abordent directement cette question. Historiens, théologiens, anthropologues et politistes offrent ainsi un panorama complet qui correspond aux grandes interrogations de nos sociétés. Définition de la religion, naissance et diffusion des trois grands monothéismes, origines des textes sacrés, temps des croisades, Réforme protestante, laïcité à la française... Autant de mises en contexte qui éclairent utilement notre connaissance du fait religieux sur le temps long. Dans un souci constant de pédagogie, cette étude peut aussi se lire comme un plaidoyer pour une société plus apaisée.

  • La relation maître-disciple " défie toute étude d'ensemble ", a écrit George Steiner, tant elle se singularise par la tension entre ses cadres multiples et son caractère unique. Socle de l'édifice social, elle s'incarne entre deux personnes, tout en constituant le médium de la pensée en partage.C'est en multipliant les angles et en diversifiant les domaines où cette relation s'exerce que pareil phénomène peut être approché. Tel est le propos de cet ouvrage rassemblant philosophes, historiens et ethnologues. De l'Académie d'Athènes à l'enseignement dans les institutions scolaires et universitaires en Europe contemporaine, de filiations spirituelles et musicales hindoues à des pratiques chamaniques de Chine, les auteurs s'interrogent sur les acteurs de la transmission – orale ou livresque, parlée ou muette, gestuelle ou musiquante –, et l'intimité de ces " passeurs de question ". Confucius dit transmettre mais ne pas innover, tout en considérant que de l'ancien émane la nouveauté ; Fichte fait du rapport maître-disciple la condition de l'éclosion du savoir. Autant de situations dans des civilisations et des temps différents qui déploient toutes les facettes de cette rencontre interpersonnelle. Autant d'occasions de mettre en lumière la continuité, la perdurance de l'objet à transmettre.Une réflexion stimulante sur un phénomène social mal connu : la transmission du savoir.

  • Mahomet caricaturé, tombes profanées, Marseillaise sifflée... De quoi la transgression est-elle le nom ? Comment définir cette notion qui envahit l'actualité, mobilise la réflexion des philosophes, des sociologues, des juristes, bouscule nos systèmes de représentations et interroge en profondeur les conditions de notre existence collective ? Voici le premier ouvrage de fond sur un concept d'une richesse extraordinaire pour les sciences humaines. La transgression se réduit-elle à la désobéissance, à la licence, au crime ? Que nous dit-elle de la faute, du désir, du péché, de la règle, de l'ordre et de la raison ? Que révèle-t-elle sur la déviance et sur la norme ? Sur la puissance des tabous et la force du refoulé ? Des pamphlets de l'Ancien Régime aux transgressions de l'art contemporain, de la sexualité au blasphème, de Sade à Freud en passant par Bataille et Caillois, ce parcours ambitieux et pluriel invite à repenser les limites du tolérable et la force des interdits. Avec les contributions de Georges Balandier, Philippe Braud, Emmanuelle Danblon, Jeanne Favret-Saada, Guy Haarscher, Michel Hastings, Nathalie Heinich, Jean-Vincent Holeindre, Loïc Nicolas, Albert Ogien, Ruwen Ogien, Cédric Passard, Christelle Reggiani, Philippe Roussin, Sébastien Schehr, Erwan Sommerer.

  • Réformisme, salafisme, wahhabisme, Frères musulmans, djihadisme, chiismes, alaouites, zaydites, ibadites, ismaéliens, soufis...

    Réformisme, salafisme, wahhabisme, Frères musulmans, djihadisme, chiismes, alaouites, zaydites, ibadites, ismaéliens, soufis...

    Depuis les attentats, journalistes, politiques et experts, reconnus ou autoproclamés, saturent les médias avec la question de " l'islam ", parfois envisagé comme un facteur explicatif unique et tranché des conflits contemporains, parfois éludé des analyses. Un terrain des idées dangereux où s'opposent les partisans du " tout-à-voir " et du " rien-à-voir ".

    Partant de l'histoire, cet ouvrage déconstruit les idées reçues et analyse de manière synthétique les doctrines et les enjeux contemporains des principaux courants de l'islam, par le prisme du " théologico-politique ". Tenant compte des derniers acquis de la recherche, des encadrés présentent leurs textes fondateurs et les évènements ou personnages qui sont essentiels à la compréhension de leurs idéologies.

    Un livre de référence accessible pour ceux qui veulent comprendre ces islams qui changent le monde.

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