José Ortega Y Gasset

  • En 1935, José Ortega y Gasset prononce un discours au Congrès international des bibliothécaires.Depuis la naissance de l'imprimerie, l'accès aux livres s'est démocratisé. Mais cette profusion est paradoxale : « la culture, qui avait libéré l'homme de sa forêt primitive, le propulse de nouveau dans une forêt, de livres cette fois-ci, non moins confuse et étouffante. » Dans ce contexte, le bibliothécaire ne peut plus être qu'un diffuseur de livres. Il doit trier l'information, être un filtre entre l'homme et l'écrit.Ce discours vertigineux, limpide et bouillonnant, déploie l'érudition d'Ortega y Gasset. Ses intuitions les plus aiguisées portent jusqu'à la racine de notre époque et, de la place du livre au rôle du savoir, nous invitent à une profonde remise en question.

    Philosophe espagnol, José Ortega y Gasset (1883-1955) a été professeur à l'université de Madrid, avant de parcourir l'Europe, l'Amérique du Sud et les États-Unis. Il est le fondateur en 1923 de la Revue de l'Occident. Au rayonnement considérable, sa métaphysique est à l'origine d'un renouveau de la philosophie espagnole, faisant de la métaphore un outil de la pensée. Il est l'auteur du Thème de notre temps (1923), de L'Espagne invertébrée (1921) mais surtout de La Révolte des masses (1930).

  • Jean Cassou disait d'Ortega y Gasset qu'il ne craignait pas la frivolité, voire la recherchait. Ce n'est pas le moindre des paradoxes, quand on lit ce texte-ci, mélange de critique "sérieuse" et de fascination-répulsion pour un art désormais futile aux yeux de l'auteur. Ortega y Gasset s'attaque en effet à une tendance de l'art de l'époque (ce texte est publié pour la première fois en 1925) à éliminer la figure humaine de ses sujets au point de devenir autocritique, voire un jeu entre artistes. Cela conduit à le rendre impopulaire. Dégagé du sérieux et de tout pathos, l'art perd sa transcendance au profit de la superficialité, du divertissement. Il est désormais élitiste, il exclut les masses. Il est le symptôme d'une crise culturelle, qui annonce la décadence d'une société de plus en plus tournée vers le spectacle. En effet, l'art finit par se vider de tout contenu: "Tout comme dans un système de miroirs qui se réfléchissent indéfiniment les uns dans les autres, aucune forme n'est la dernière. Toutes sont moquées et réduites à pure image."

  • La technique représente l'ensemble des moyens par lesquels l'homme modifie le monde naturel. À ce titre, elle constitue aux yeux d'Ortega y Gasset un palliatif pour l'humanité malade de son imagination. Pour le philosophe, nous sommes ces "enfants de l'imaginaire", faculté chez nous si puissante qu'elle fait déborder nos désirs bien au-delà de notre capacité à les satisfaire. Aussi la technique fait-elle fonction de "gigantesque appareil orthopédique". L'homme s'exclut de la nature en cherchant à la transformer par la technique. Il se trouve perpétuellement en quête d'un monde nouveau et capable de combler ses désirs. En cherchant à apprivoiser son imagination, à lui donner une réalité, il se confronte inévitablement à l'insatisfaction. Ne serait-ce que par son environnement bâti, qui n'est que la béquille de son désir d'un monde autre.Ortega y Gasset renverse le paradigme du progrès, démontrant que le développement des civilisations humaines n'est que le symptôme de leur agonie.

  • Qu'est-ce que la technique ? Pour répondre à cette question simple, Ortega Y Gasset revient à ce qui, fondamentalement, s'impose à tout homme : la nécessité de vivre. Or, pour satisfaire ses besoins vitaux, l'homme développe un répertoire de techniques et, au contraire de l'animal, parvient à produire ce qui n'existe pas dans la nature. Mais ces actes le démarquent de l'état naturel et démontrent sa capacité à se détacher des stricts besoins vitaux. Là réside aussi sa particularité : sa promptitude à pourvoir à son bien-être mais, par là même, à lui-même créer ses besoins. Ce à quoi répond la technique. Par une succession de raisonnements limpides, le philosophe madrilène en vient à évoquer une "crise des désirs" engendrée par la technique.

    Le philosophe José Ortega y Gasset (1883-1955) a été professeur de métaphysique à l'université de Madrid, avant de parcourir l'Europe, l'Amérique du Sud et les États-Unis. Il est le fondateur en 1923 de la Revue de l'Occident. Au rayonnement considérable, sa métaphysique est à l'origine d'un renouveau de la philosophie espagnole, faisant de la métaphore un outil de la pensée. Il est l'auteur du Thème de notre temps (1923), de L'Espagne invertébrée (1921) et de La Révolte des masses (1930).

  • Initialement prévu pour une conférence en 1934, ce texte en conserve toute la sève. Ortega y Gasset y fait la critique de la raison scientifique et esquisse un modèle nouveau pour les sciences humaines. D'après lui, toute science doit avoir pour objet les croyances qu'on en a. Le philosophe distingue notamment croyance inerte et croyance vive. Par exemple, la foi en Dieu à la Renaissance constituait une croyance inerte, au contraire de la raison cartésienne, croyance vive à l'origine d'une confiance nouvelle dans les sciences. Or, cette croyance dans la science est à présent mise à mal. Si la nature peut se fonder sur des lois invariables, permettant à la science d'en fournir un modèle d'explication, celle-ci ne peut rendre compte de l'homme lui-même, insoumis à de telles lois. Aux yeux d'Ortega y Gasset l'idée de nature, fondée sur des invariants, n'est qu'un concept projeté sur le réel, alors que l'homme est fondamentalement changement. Il traverse des formes de vie qui, épuisées, accouchent de nouvelles formes. L'homme n'a donc pas de nature immuable mais une histoire.

  • « Lorsqu'il est dit que le thème particulier de notre temps et la mission des générations actuelles consiste en une tentative énergétique pour ordonner le monde à partir du point de vue de la vie, il y a un sérieux risque d'être mal compris. [...] On a vécu pour la religion, pour la science, pour la morale, pour l'économie ; on a même vécu pour servir le fantôme de l'art et du plaisir ; on n'a juste jamais essayé de vivre délibérément pour la vie. Heureusement qu'on l'a toujours plus ou moins fait, mais non délibérément ; chaque fois que l'homme s'en est aperçu, il en a eu honte et a ressenti un étrange remords. Ce phénomène de l'histoire humaine est par trop surprenant pour ne pas mériter une méditation. » Paru en 1923, soit bien avant sa célèbre Révolte des masses (1930), Le Thème de notre temps est l'un des textes les plus prophétiques d'Ortega y Gasset (1883-1955).

  • Paru en 1937 dans sa traduction française, soit sept ans après sa publication en Espagne (1930) sous le titre La rebellion de las masas, La révolte des masses demeure un opus majeur de la littérature intellectuelle mondiale. Et son auteur, le philosophe José Ortega y Gasset (1883-1955), professeur de métaphysique à l'université de Madrid de 1910 à 1936 et fondateur de l'influente Revista de Occidente, est considéré comme l'un des plus éminents représentants de l'humanisme libéral européen du xxe siècle.
    Bien qu'il ait publié beaucoup d'autres ouvrages notables (dont L'Espagne invertébrée et Le thème de notre temps), c'est dans cette Révolte des masses à l'immense retentissement que la pensée d'Ortega s'expose avec le plus de saillance. Son rude diagnostic sur la nature de la maladie qui ronge l'Europe n'a rien perdu de sa pertinence: l'irruption de l'« homme-masse », un « enfant gâté » conformiste et égalitariste qui rejette le passé, la raison et l'exigence morale - corrélée à une inquiétante « étatisation de la vie » et à l'« idolâtrie du social ». Mais il y esquisse aussi ce qui peut l'en guérir: l'avènement d'« un libéralisme de style radicalement nouveau, moins naïf et de plus adroite belligérance », et l'édification culturelle d'une Europe réellement unie.
    En 1938, Ortega publie un Épilogue pour les Anglais prolongeant et actualisant la réflexion de La révolte des masses: la présente réédition inclut ce texte capital à la diffusion jusqu'alors demeurée confidentielle.

  • Paru à titre posthume en 1957, El Hombre y la gente, dont la genèse s'étale sur plus de vingt ans (1934-1955),
    occupe une place quelque peu atypique au sein du vaste corpus ortéguien. Réflexion libre et volontiers iconoclaste sur la sociologie,
    ce livre illustre parfaitement la conception que se faisait le penseur espagnol de l'intercommunication et de la vie sociopolitique.
    Mais L'Homme et les gens nous offre d'abord et avant tout le vivant témoignage d'une pensée curieuse, enthousiaste, saisie dans son cheminement
    parfois ondoyant ; on y retrouve ce bonheur de la digression qui caractérise toute l'oeuvre d'Ortega.
    Inédit en français.

  • Les cinq textes réunis ici apportent des éléments précieux sur la manière dont Ortega y Gasset salue les gestes de Hegel et de Dilthey, qu'il admire pour être respectivement le grand précurseur de la philosophie de l'histoire et le grand découvreur de l'Idée de vie. Mais les rapports qu'il entretient à ces deux figures importantes de la philosophie de l'histoire sont pour le moins ambigus. Les éloges se doublent ainsi rapidement d'une prise de distance qui permet au philosophe espagnol de préciser ses propres thèses dans ce domaine, et tout particulièrement de réaffirmer sa volonté de saisir le mouvement réel de l'histoire, refusant à la fois les schémas déterministes et relativistes de celle-ci.

  • En ce début de XXIe siècle, la chasse n'a pas bonne presse. Mais pourquoi donc l'Homme contemporain pratique-t-il encore cette activité immémoriale qui apparaît anachronique à certains? Le philosophe espagnol José Ortega y Gasset répond à cette question en explorant l'âme humaine et en révélant les pulsions profondes et identitaires qui animent le chasseur. À l'instar des animaux, celui-ci, une fois dans la nature, devient l'homme en alerte qui retrouve le sens profond de sa place dans la cohorte des vivants. Pour y arriver, selon Ortega, le chasseur doit librement renoncer à la suprématie de ses moyens. Redevenir un noble prédateur passe donc par un dépouillement, voire une certaine austérité, sans laquelle l'humain se rebranche difficilement sur le plaisir profond de la chasse et la communion intime avec la nature. À l'animal prédateur, la chasse procure la nourriture, donc la vie. À l'homme elle propose une véritable expérience intérieure.Considéré en Espagne comme le maître incontestable, le philosophe José Ortega y Gasset a connu une brillante carrière universitaire et internationale. Sa pensée occupe une position privilégiée dans la philosophie espagnole du XXe siècle. Il était avant tout un pédagogue qui cherchait à influencer l'évolution sociale et politique de son pays. Il a laissé une uvre considérable et fondé plusieurs institutions et fondations culturelles.Récipiendaire de nombreux prix, le chroniqueur Louis-Gilles Francoeur commente et décrit l'actualité environnementale depuis plus de vingt-cinq ans dans les pages du quotidien montréalais Le Devoir. Défenseur de la biodiversité, amant de la nature et pourfendeur des pollueurs, Louis-Gilles Francoeur pratique aussi la chasse, la pêche et plusieurs autres activités de plein air.

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