Presses universitaires de Rennes

  • Constituée au xviie siècle par l'absorption du tiers d'Hispaniola (ou Santo Domingo), grande Antille auparavant possession espagnole, la « Partie française de l'Isle Saint-Domingue » connut au siècle suivant un développement économique impressionnant. Peuplée en 1681 de 2 000 esclaves et de 4 000 Blancs, elle comptait, en effet, un siècle plus tard, en 1789, près d'un demi-million d'esclaves à côté de 31 000 Blancs. Ce chiffre record de Noirs, inconnu des autres Antilles, reflétait la puissance de Saint-Domingue qui, forte de ses « habitations sucrières » exigeant de plus en plus d'esclaves, faisait alors la prospérité des ports atlantiques français, à la fois par les profits tirés de la traite négrière et par l'afflux des cargaisons de sucre raffinées sur place avant d'être redistribuées à l'intérieur du royaume. Communément, on retient de l'histoire de Saint-Domingue son « miracle économique » du xviiie siècle suivi du déferlement des révoltes noires facilité par les événements de la Révolution française. C'est oublier un phénomène de longue date remontant aux années 1660. Il s'agit des fréquentes séditions des Blancs de la Colonie dressés contre l'administration royale leur imposant de ne commercer qu'avec la Métropole et de se plier à une réglementation minutieuse définissant le statut des esclaves, en violation de l'« autorité domestique » du maître sur son « habitation ». Là-dessus, naturellement, s'était vite greffé un état d'esprit autonomiste de plus en plus agressif, le colon de Saint-Domingue enviant jalousement le sort des colons anglais d'Amérique, habitués au « self government ». Le résultat fut qu'à la veille de la Révolution française, dès 1786-1787, Saint-Domingue vivait dans une insubordination ouverte, le parti colon ayant réussi à paralyser l'administration royale, pourtant seule garante de la sécurité de l'île. Le livre de Charles Frostin démontre l'importance du phénomène des Révoltes blanches qui contribua indirectement au succès des Révoltes noires et à la dislocation brutale d'une société esclavagiste prospère.

  • J.-J.-L. Graslin (1727-1790) est connu à Nantes pour être le créateur du quartier devenu le coeur de la Cité, autour de la place et du théâtre qui portent son nom. Mais la vie et l'oeuvre de ce receveur général des Fermes du roi, négociant, manufacturier et aménageur, restent très méconnues, alors qu'il fut aussi un lettré et un économiste d'envergure opposé aux physiocrates. Il est ainsi représentatif de ces hommes des Lumières qui, en province comme à Paris, vont transformer la France au cours de la période précédant la Révolution. Cet ouvrage réunit les travaux de chercheurs des diverses disciplines concernées par les domaines d'intervention de Graslin : économistes, juristes, historiens de la pensée et des institutions, de l'architecture et de l'aménagement. Il présente, dans une biographie entièrement renouvelée, ce que fut sa formation, ainsi que les conditions de sa réussite sociale à travers une carrière dans la finance privée au service de l'état et fruit de ses initiatives industrielles et foncières, et enfin de ses investissements spéculatifs dans le développement urbain de Nantes, où sa collaboration avec l'architecte Crucy donne naissance à l'une des plus intéressantes réalisations de l'urbanisme pré-révolutionnaire. La première partie de l'ouvrage s'attache à l'économie politique de Graslin et à sa place dans les controverses théoriques de l'époque ; la seconde a trait au dessèchement des marais de Lavau dans l'estuaire de la Loire ; la troisième et la postface traitent de la construction du quartier Graslin et de sa place dans l'histoire de l'urbanisme et de l'architecture. En annexe, un texte de Graslin est republié ici pour la première fois depuis le xviiie siècle.

  • La mémoire de 68 a largement valorisé le mouvement étudiant. Pourtant, 68 constitue également le plus puissant mouvement de grèves ouvrières que la France a connu, et qui ouvre ensuite une phase décennale de contestation dans les usines. C´est cette séquence d´insubordination ouvrière que Xavier Vigna retrace dans une étude historique pionnière qui s´appuie sur des archives inédites.
    Avec une préface de Serge Wolikow.

  • Premier ouvrage, publié en France, sur la question de l'épuration économique, ce livre éclaire un angle longtemps mort de l'historiographie à la lumière de recherches récentes. En effet, entre les injustices dénoncées par les hagiographes du monde patronal - fixés sur quelques « victimes » emblématiques et expiatoires, telles que Renault ou Berliet, présentées comme autant d'arbres qui cachent la forêt - et l'idée communément admise de non-épuration économique, cette dernière apparaît encore trop souvent méconnue ou plutôt mal connue. Afin de faciliter une approche globale de l'épuration économique sous toutes ses formes (extra-légale et légale - judiciaire, professionnelle, financière -, mais aussi officieuse ou tacite) deux axes majeurs de réflexion ont été privilégiés. La première partie appréhende la définition, les enjeux, les contours, l'impact mais aussi les limites du phénomène au niveau national. Les deux suivantes présentent, la diversité des procédures et des acteurs engagés, mais aussi des objectifs poursuivis, selon des variables sectorielles et/ou spatiales (itinéraires patronaux, entreprises, institutions économiques, branches d'activité, territoires locaux ou régionaux, comparaisons internationales). Ce faisant, ce livre ouvre de nombreuses et souvent de nouvelles perspectives. Contrairement à une idée reçue, nombre de contributions insistent sur une épuration qui ne manque pas d'ampleur, au moins dans sa phase initiale, même si elle demeure ensuite plus inégale dans son application. Reste alors à comprendre ses facteurs d'inégalité dans le temps et dans l'espace. Au coeur d'une épuration de compromis, le livre dégage clairement plusieurs clés susceptibles de permettre un premier bilan du processus.

  • Dans le prolongement de l'histoire des femmes, les études sur le genre conduisent à étendre les analyses sur l'ensemble des domaines qui participent à la construction de la différence des sexes : histoire du féminin et du masculin, histoire de la mixité et des rapports sociaux de sexe, histoire des pratiques et des imaginaires sociaux. Cet ouvrage réunit des travaux d'historiens, de sociologues, de littéraires qui analysent les variations des relations homme/femme sur une période de dix siècles. Ils sont regroupés selon cinq thèmes majeurs : l'ajustement des représentations et l'invention des normes, les savoirs, pouvoirs et révolutions, les guerres, les situations inédites. Ces questions sont traitées dans un cadre comparatiste particulièrement fécond, entre les périodes historiques et à l'intérieur du monde occidental. En posant pour problématique : le genre face aux mutations, la différence entre les sexes se vérifie comme une construction sociale en perpétuel renouvellement, sensible à tout changement économique, politique, culturel. Le colloque international, organisé par l'UMR-CNRS 6040 CRHISCO (Centre de recherche historique sur les sociétés et cultures de l'Ouest européen) s'est tenu à l'université Rennes 2 en septembre 2002 a pu montrer que toute mutation de la société s'accompagne d'un ajustement du genre, c'est-à-dire d'un polissage des stéréotypes du masculin/féminin, d'une variation des identités sexuelles, d'un changement dans les relations hommes/femmes. Au moment où le débat public converge sur l'aspiration à la parité homme/femme, cet ouvrage montre que la différence entre les sexes, leurs relations demeurent une institution instable qui, telle la toile de Pénélope, est tissée le jour et dénouée la nuit.

  • La Seconde Guerre mondiale s'achève en Hongrie avec l'effondrement de l'ancien régime «millénaire». Peu connues du public, les trois années mouvementées qui s'ensuivent sont assimilées par la plupart des auteurs à la première phase de la « soviétisation » du pays. Le travail de Julien Papp se propose de montrer la spécificité de cette époque charnière, et, tout en tirant le tragique bilan de la guerre et des déportations, d'en décrire la richesse et la complexité. 1944 : après la défaite, l'exode et l'occupation, c'est la remise en marche des administrations et la renaissance de l'État. Il s'agit de comprendre la nature du nouveau régime à travers les projets et l'action des protagonistes. La vie publique est alors particulièrement riche, jaillissant de la rupture issue de la défaite et de la faillite morale et politique du régime Horthy. Mais la révolution sociale, rendue possible et nécessaire par la victoire de l'Armée soviétique, est cependant hypothéquée par l'occupation qu'elle a mis en place. L'effervescence que connaît alors la Hongrie, et qui se traduit par l'apparition d'une multitude de comités populaires, s'épuise toutefois du fait de la misère et du conflit de plus en plus aigu entre les partis politiques opposés, eux-mêmes pris dans les enjeux internationaux : leur action de remise en ordre s'exerce au détriment de la démocratie directe. Julien Papp s'efforce de restituer aux ouvriers, paysans et autres « petites gens » de la Hongrie leur place de protagonistes, que les mémoires dominantes n'ont cessé, depuis le tournant stalinien de septembre 1947, de dénaturer ou d'effacer.

  • La dynastie ministérielle des Pontchartrain a battu tous les records de longévité politique sous l'Ancien Régime, du règne de Henri IV à celui de Louis XVI. Et, le temps travaillant pour elle, cette dynastie put, au fil des générations, se doter d'un puissant réseau de parentèle et de clientèle qui lui-même apparaît sans égal. Ainsi voit-on au xviiie siècle, dès la régence de Philippe d'Orléans, puis sous le long règne de Louis XV, s'infiltrer dans les postes ministériels nombre de parents et alliés des Pontchartrain. Et cette poussée se manifestera encore sous Louis XVI grâce à la présence au pouvoir du vieux Maurepas, le dernier des Pontchartrain, mort sans postérité en 1781. Cette réussite collective familiale appelle des explications sur le plan socio-administratif en raison de son ampleur, les cousins éloignés s'y trouvant eux-mêmes englobés. Le propos ici n'étant pas de passer en revue la lignée des Pontchartrain, un par un, au point de s'égarer dans une succession de biographies, les deux ministres Pontchartrain de Louis XIV (le chancelier Louis et son fils Jérôme, un type quasi-parfait du secrétaire d'État « louisquatorzien »), dont le rôle a été trop longtemps négligé, ont été placés en position centrale. Trop souvent, l'usage sévit encore, dans les biographies de ministres de l'Ancien Régime, de se limiter à un bref rappel de leurs origines avant de s'étendre sur leurs « faits et gestes ». C'est oublier que les xviie et xviiie siècles forment l'âge d'or des systèmes de réseaux de parentèle et de clientèle. Le souci primordial de cet ouvrage a donc été d'immerger la biographie des deux ministres dans les profondeurs de leur réseau. Cette omniprésence du réseau a d'ailleurs permis à la parentèle Pontchartrain de s'adapter, par-delà la Révolution, au nouveau régime né du 18 Brumaire pour se retrouver confortablement installée dans la haute société impériale, comme le montre le dernier chapitre de l'ouvrage, consacré à l'extension du réseau au début du xixe siècle.

  • Comment se protéger contre les aléas de l'existence? Comment se prémunir contre la maladie, l'accident, la vieillesse ? Ces questions ont hanté la fin du xixe siècle français. L'État comme la société préféraient alors s'en remettre à l'initiative individuelle, fondée sur l'épargne et la propriété, ou au paternalisme patronal. À la Belle Époque très inégalitaire se protéger était plus important que protéger. Vertu d'autant plus cardinale qu'elle était peu partagée, la prévoyance libre n'en souffrait pas moins, dès avant 1914, des formes de protection obligatoire, réservées aux catégories les plus modestes. Les multiples bouleversements issus de la Première Guerre mondiale déterminèrent les pouvoirs publics à instituer des assurances sociales, liées au contrat de travail, et destinées par là même à préserver la force de travail : protéger devenait aussi nécessaire que se protéger. Or ce système, appelé à améliorer la santé générale de la population, fit couler beaucoup d'encre, suscita de fortes oppositions, heurta bien des esprits. C'est l'histoire de ces assurances, imaginées par la classe politique pour contenir les débordements des crises du premier xxe siècle, que ce livre raconte, en s'appuyant sur les résultats d'une enquête menée par les correspondants départementaux de l'Institut d'histoire du temps présent.

  • La guerre de Candie est aujourd'hui bien oubliée. Ce conflit suscita pourtant un intérêt constant dans l'Europe du xviie siècle, tenue en haleine par les péripéties de ce siège interminable qui aboutit, en 1669, à la prise par les Ottomans de la capitale du Regno di Candia (aujourd'hui Héraklion). Des milliers de soldats, gentilshommes, aventuriers, gens sans aveux, combattirent les Turcs sous les bannières de Venise et du Pape, mus par des motivations fort diverses, allant du zèle religieux à la soif de gloire et d'aventure, en passant par la geste nobiliaire, le recrutement forcé ou la simple rapine. Le capitaine Pierre Domenisse (v. 1629-1710) a laissé pour sa part un précieux témoignage des quelques semaines qu'il passa en Crète à l'occasion du « secours » envoyé par Louis XIV aux Vénitiens, durant l'été 1669. La publication de son Mémoire des choses les plus remarquables qui se sont faites au voyage de Candie, plus de trois siècles après, offre l'occasion de se plonger au coeur de ce conflit qui, par bien des aspects, accompagna et consacra les derniers feux du mythe de croisade, si cher à Alphonse Dupront. À travers le regard d'un rude protestant cévenol, ce texte donne aussi matière à s'interroger sur les relations complexes et mouvantes qui agitèrent et unirent mondes occidental et ottoman, alors même que les Turcs constituaient encore une menace pour l'Europe chrétienne.

  • Par sa position dans le bassin moyen du Danube le royaume de Hongrie a joué un rôle essentiel au cours du Moyen Âge. Poste avancé de la Chrétienté d'Occident, voie de passage vers Byzance et le monde russe, le royaume a été en contact avec le monde germanique. Mais la Hongrie a aussi nourri d'importantes ambitions méditerranéennes puisque, par la Croatie, elle a eu accès à la mer Adriatique. Le livre retrace les quatre siècles où le pays a été gouverné par la dynastie des Arpads, la seule dynastie nationale qui ait régné sur la Hongrie. C'est l'histoire étonnante d'un peuple de. la Steppe qui, après sa conversion dès l'an mil, a formé une monarchie féodale durable. C'est aussi l'histoire d'une dynastie qui a toujours préservé son indépendance tout en nouant des relations fécondes avec les autres puissances d'Occident. Les relations avec la France y ont été fortes, en particulier au niveau des fondations monastiques. Écrit par un des meilleurs historiens hongrois, Gyula Kristo, l'ouvrage, en envisageant tous les aspects de la Hongrie médiévale, met en évidence la richesse de l'actuelle recherche historique en Hongrie. L'importance des relations avec l'Italie normande annonce un autre volume qui sera consacré à la domination des princes angevins.

  • L'histoire des pêches langoustières s'intéresse à une population littorale bretonne et à son activité maritime dans sa globalité. Elle permet de comprendre les tentatives d'adaptation d'une activité halieutique issue d'une structure portuaire traditionnelle et artisanale. La pêche à la langouste, à Douarnenez puis à Camaret, a été, au début du XXe siècle, une activité de substitution de la pêche sardinière. Les pêcheurs langoustiers, appelés « Mauritaniens », tentent de préserver leur modèle artisanal propre, tout en acceptant les adaptations rendues nécessaires par la modernité économique et technique. Ils intègrent également le nouveau cadre politique et législatif qui leur est imposé, mais avec plus de difficultés car celui-ci bouleverse leur liberté. Les modifications successives donnent naissance à deux systèmes langoustiers en évolution permanente. Si celui de Camaret conserve un modèle traditionnel, celui de Douarnenez évolue vers un modèle semi-industriel. Dans les deux ports, la pêche langoustière passe d'une pêche coloniale à une pêche d'exploitation d'un pays du Sud, d'une pêche locale à une pêche européenne. Avec la nécessité de pêcher, les hommes s'adaptent à la conjoncture, mais ils ne maîtrisent pas les enjeux politiques et économiques de leur activité. La mort de la pêche à la langouste en 1990 révèle une incompatibilité entre une exploitation modernisée intensive à grande échelle et une ressource fragile au stock limité. À travers sa thématique maritime, cet ouvrage aborde de nombreux champs de recherche du XXe siècle (politiques et économiques).

  • De la fin du IVe siècle au Ier siècle av. J.-C., le royaume séleucide fut, avec ses concurrents, une des principales puissances du monde hellénistique. Les conquêtes de Séleucos, le fondateur de la dynastie, lui permirent en effet de dominer un territoirre qui, de la mer Égée à l'Asie centrale et de la Babylonie à la mer Caspienne, faisait de lui le principal héritier de l'empire d'Alexandre. C'est par une analyse précise du fonctionnement de l'administration que l'on peut apprécier l'efficacité d'un pouvoir, qui eut à inscrire dans l'espace et la durée l'ambition d'Alexandre.

  • De 1459 à 1461, la ville d'Arras en Artois fut le théâtre d'une violente persécution dirigée contre des hommes et des femmes que l'inquisiteur du diocèse accusait de se rendre à la « vauderie », c'est-à-dire au sabbat des sorciers. Trente ans plus tard, la mémoire des victimes fut réhabilitée par le Parlement de Paris. Plus connu sous le nom de Vauderie d'Arras, ce célèbre procès en sorcellerie du XVe siècle a longtemps fait figure d'anomalie dans le cadre historique de la grande chasse aux sorcières : la répression, en effet, ne se déploie pas en territoire rural mais en milieu urbain ; elle n'atteint pas seulement des marginaux mais de riches marchands, des échevins... Atypique, la Vauderie d'Arras a ainsi été souvent réduite par l'historiographie classique à la taille d'une simple anecdote relevant avant tout de l'histoire locale. Cette étude entreprend de replacer l'événement dans une configuration politique et idéologique beaucoup plus large que celle de la capitale de l'Artois : l'hypothèse principale lie l'essor de la persécution des sorciers à l'émergence d'un pouvoir nouveau aux marges septentrionales du royaume de France, celui des ducs Valois de Bourgogne. Dans cette perspective, la Vauderie d'Arras ne concerne plus seulement l'histoire d'une ville ou même celle de l'Inquisition. Il s'agit aussi d'un véritable enjeu de pouvoir entre deux souverainetés antagonistes et de nature différente : l'une, celle du roi de France, ancienne et sûre d'elle-même, efficacement relayée par le Parlement de Paris ; l'autre, celle des ducs Valois de Bourgogne, récente et peut-être d'autant plus agressive qu'elle doit aussi établir son autorité sur les grandes villes des Flandres et de l'Artois.

  • Guérande, au coeur de son terrouer, apparaît comme une ville centre dont les principaux traits paysagers sont bien connus. Après une description géographique des différents milieux du pays guérandais et une présentation des grandes étapes de leur mise en valeur, l'auteur fait le point sur la place de ce pays dans l'histoire de la Bretagne lors des guerres de Succession et d'Indépendance. L'ouvrage met ensuite l'accent sur les cadres administratifs qui se révèlent complexes : les dominations ducale, épiscopale et seigneuriale s'entre-croisent en même temps qu'émerge dans les villes un pouvoir municipal. Le regard se porte sur les champs relationnels entre Guérande et la ville port du Croisic. L'approche de la société urbaine et rurale prend en compte la dimension géographique, la diversité des comportements, des conditions et des mentalités sociales. La vie économique, à l'interface de la terre et de la mer, est marquée par la grande diversité de ses activités. Le vin et surtout le sel alimentent des échanges commerciaux vers des destinations proches et lointaines. Au Croisic, au début du XVIe siècle, l'activité maritime permet la montée en puissance d'un milieu de marchands mariniers qui contribue à l'affirmation de cette ville avant les redéploiements consécutifs aux Grandes Découvertes.

  • Par Lampeter over Cwmann, Wales (UK). Cela vous dit ? Bien sûr ! C'est dans cette université bucolique que se sont rassemblés durant une petite semaine un panel de spécialistes du sacrifice antique. Mais qu'allaient-ils faire à Lampeter over Cwmann, et sur un tel sujet ? La raison de leur présence en cette thébaïde entourée de collines peuplées d'une abondante gent ovine est simple : ils s'y sont rendus à l'invitation de la IVe Celtic Conference in Classics qui rassemble tous les deux ans des chercheurs des western provinces (mais pas seulement). Pour ce qui est de la raison, il est nécessaire de faire un petit peu d'historiographie. Y a-t-il donc encore quelque chose à dire sur le sacrifice antique, surtout quand on appartient au monde francophone, depuis la publication en 1979 de La cuisine du sacrifice en pays grec, éditée par M. Detienne et J.-P. Vernant ? Le quidam s'interroge : tout n'a-t-il pas été dit dans cet excellent ouvrage ? Au vrai, que ce soit à l'étranger ou en France, dans des perspectives souvent différentes, on a bien avancé depuis sur d'anciennes pistes et sur de nouvelles. Du côté des archéologues, des iconographistes, des historiens de la religion, on a produit de nouveaux objets (ainsi les recherches ostéologiques), on a posé d'autres questions et on est sorti de certaines impasses. Sans prétendre épuiser les très copieux dossiers sur le sacrifice antique, les promoteurs du voyage à Lampeter se fixaient pour objectifs d'examiner de nouveaux documents, de reposer des questions anciennes et d'en proposer de nouvelles afin de contribuer à l'interprétation de ce processus essentiel de la communication entre les hommes et les dieux qu'est le sacrifice.

  • La révolution batave entre la France et l'Amérique est un essai d'histoire transnationale, attentif aux échanges entre trois pays en révolution. L'approche a pour avantage de renouveler l'interprétation d'un moment clé de l'histoire de France, mais aussi de faire mieux connaître deux événements majeurs et pourtant méconnus, qui bouleversent au même moment l'Amérique du Nord (1776-1801) et les Provinces-Unies (1781-1801). Ce faisant, l'auteur étudie l'entrée de ces pays dans la modernité et plus précisément dans l'ère de la Nation. Car les révolutions d'Amérique, de France et de Hollande ont toutes trois voulu explicitement reconstruire leur nation respective et, bien que conscientes de leurs divergences réciproques, ont adopté des instruments et stratégies similaires. Politique, droit et éducation ont été au centre de leurs préoccupations. Politique parce qu'il s'agit de reconstituer un ordre fondé sur les droits universels de l'homme et sur une constitution écrite. Vient ensuite le remodelage du droit privé et du droit pénal, nécessaire à une société civilisée et égalitaire. Suivent enfin les institutions civiles, dont l'éducation, perçue comme inséparable de la formation de citoyens vertueux et républicains. L'espace public lui-même se nationalise et commémore l'ordre nouveau et ceux qui l'ont établi. Sur ces trois grands thèmes, le comparatisme s'avère d'un grand apport, que ce soit pour relever les dissemblances au sein même des ressemblances ; distinguer ce qui sépare un pays centralisé d'une fédération ; une monarchie absolue d'une république oligarchique; une nation isolée sur un continent neuf d'une vieille nation européenne, ou bien pour remesurer l'impact de la Révolution française et lui rendre sa juste place. Durant plus de vingt ans, ces trois pays n'ont cessé de se regarder, de se comparer, de se critiquer, et donc de dialoguer. Ce qu'il en est résulté diffère fortement de ce qu'une historiographie nationale, souvent nationaliste, nous a inculqué. L'attention portée aux transferts politiques et culturels permet de revisiter la passionnante histoire des révolutions du xviiie siècle, inscrites dans le contexte commun des Lumières, mais marquées par des cultures et structures beaucoup plus anciennes. Les résultats sont étonnants, et d'autant plus que la mise en perspective soulève des questionnements inattendus, suscitant des réponses en conséquence.

  • Connue comme une grande place négociante et portuaire, Nantes est aussi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle une grande ville industrielle et ouvrière. Dans les ateliers et les manufactures, sur les quais et les chantiers, de très nombreux ouvriers et ouvrières y travaillent. En cette période, la ville croît et la Révolution industrielle naît. Si la création des grandes manufactures cotonnières - les indienneries, puis les filatures mécanisées - témoigne avec éclat de ce puissant essor, le travail dispersé connaît lui aussi d'importants changements. Certes, le monde ouvrier nantais présente, à première vue, une grande diversité. Mais la plupart des ouvriers ne partagent-ils pas une identité commune forgée au travail ? Celle-ci se fonde sur la qualification et l'autonomie qui nourrissent un idéal de fierté et de dignité. Remis en cause par l'industrialisation, cet idéal s'affirme cependant dans la résistance que les ouvriers opposent aux nouvelles exigences patronales et au renforcement de la police du travail. Durant cette première phase de la Révolution industrielle éclate la Révolution française. Importante, la participation des ouvriers nantais à celle-ci se révèle en partie autonome et originale, car elle se nourrit tout autant de leur identité sociale et culturelle que de leur implication dans la Révolution. Ainsi, l'articulation du social et du politique se place au coeur de l'expérience révolutionnaire des ouvriers. La maturation chez eux d'une conscience révolutionnaire passe donc non seulement par l'engagement dans les combats révolutionnaires, mais encore par l'aiguisement des revendications sociales.

  • Les Maisons des jeunes et de la culture (MJC) font partie de ces institutions méconnues bien que souvent évoquées. Parfois confondues avec les Maisons de la culture d'André Malraux, parfois assimilées à de simples maisons de jeunes, elles sont victimes de l'ampleur de leur objectif : lier jeunesse et culture dans une perspective d'éducation populaire. Ce livre retrace leur histoire à leur apogée, entre 1959, lorsque la médiatisation du phénomène blousons noirs favorise une mobilisation en leur faveur, et 1981, quand l'apparition du « mal des banlieues » signalait un changement d'époque : l'insertion sociale des jeunes devenait une priorité tandis que le lien entre jeunesse, loisirs et action culturelle achevait de se dissoudre dans la crise du socio-culturel. Entre ces deux dates, le millier de MJC que comptait alors le territoire a connu une histoire aussi riche que mouvementée. La diversité des activités abritées dans leurs murs n'a d'ailleurs pu que contribuer à rendre les MJC difficilement saisissables : tour à tour foyers de jeunes et maisons pour tous, proposant expérimentations théâtrales et ateliers de bricolage, espaces de débats et sociabilité, elles furent aussi des pépinières pour la formation de militants culturels et politiques locaux. Lieux singuliers qui ont pu être présentés, parfois simultanément, comme des repaires de gauchistes, des centres de propagande communiste et des terreaux de la deuxième gauche, les MJC permettent de saisir la complexité de la vie associative, dans sa richesse mais aussi sa difficulté.

  • La France et l'Angleterre, éternelles ennemies... Des guerres du Roi-Soleil au Blocus napoléonien, le stéréotype a la vie dure. L'antagonisme entre les deux pays semble renforcé par une barrière naturelle : la Manche. En mettant au coeur de la réflexion cette frontière maritime, qui n'est pas seulement donnée par la géographie mais bien construite par l'histoire, ce livre propose une autre interprétation des relations franco-anglaises sur la longue durée. Alternativement décrite comme un fossé ou une passerelle, la Manche est à la fois l'une et l'autre, selon les points de vue. Les théologiens voient dans son étroitesse le fruit de la providence divine, qui a ainsi rapproché les Gaulois et les Bretons. Ce qui n'empêche pas Louis XIV d'ordonner aux cartographes, aux ambassadeurs et aux amiraux de parler de la « Mer de France », refusant avec véhémence l'appellation d'« English Channel ». Du XVIIe siècle à la Révolution française, alors que grandit la rivalité économique et militaire entre les deux états, le Channel devient une frontière internationale. Des fortifications sont construites, des barrières douanières érigées, des passeports exigés des voyageurs. Mais cette frontière n'est jamais imperméable : en temps de paix comme en temps de guerre, des milliers d'individus, voyageurs, contrebandiers, marchands, pêcheurs, fraternisent ou commercent avec « l'ennemi » stigmatisé dans la propagande. Au-delà du discours traditionnel sur la haine francoanglaise, les pratiques quotidiennes des populations montrent l'ambivalence et la richesse des attitudes. Au fil d'une étude qui mêle histoire politique, économique et culturelle, c'est finalement la notion même d'identité nationale qui est ici remise en question.

  • On ne saurait faire l'histoire de la Normandie médiévale sans parler des Bretons, ni celle de la Bretagne sans évoquer les Normands. Retracer les relations entre ces deux principautés, nécessite d'envisager un millénaire d'histoire médiévale, soit une période qui amena un renouvellement profond des réalités institutionnelles et politiques au sein d'un monde européen en plein essor autant dans les domaines économiques qu'intellectuels et artistiques. Par tradition, on continue de publier des histoires particulières de la Normandie et de la Bretagne. Pourtant seule une étude globale du vaste ensemble s'étendant de la Loire à la Somme est susceptible de rendre compte des évolutions communes ou des réalités divergentes de ces deux régions. Car loin d'une compréhension étriquée de leur terre respective, les hommes de ces temps se savaient appartenir à un territoire plus vaste, qui devint le royaume de France. En outre, l'ensemble géopolitique ici étudié, abritant des populations toutes deux venues de la mer, fut en relation constante avec les îles britanniques et les pays scandinaves. À une époque où les relations tissées entre les hommes l'emportaient souvent sur les appartenances territoriales, les Bretons et les Normands, souvent ennemis, n'en étaient pas moins insérés dans des alliances matrimoniales, diplomatiques voire vassaliques et des réseaux de prière. Ils écrivirent alors une histoire partagée où la notion d'amicitia l'emporta bien souvent sur celle d'« ennemi héréditaire ».

  • Républiques en armes questionne un récit officiel, celui de la naissance des nations hispano-américaines. Car les républiques de Colombie et du Venezuela ne procèdent ni d'un protonationalisme ancien, ni d'une rivalité entre « Créoles » d'Amérique et « Espagnols » européens. Il est, à l'origine, la conséquence de l'effondrement inattendu de la Monarchie hispanique après l'invasion de la péninsule Ibérique par Napoléon en 1808. Nourri par des recherches dans les archives colombiennes, espagnoles et vénézuéliennes et à travers l'étude prosopographique de plus de 3 800 soldats, l'ouvrage décrit les changements sociopolitiques de l'institution militaire. Les milices inexpertes de 1810 cèdent la place aux guérillas puis à la grande armée libératrice - l'Ejército Libertador de Simón Bolívar. Victorieuses à Boyacá, Carabobo, Pichincha, Junín et Ayacucho, les légions bolivariennes arrachèrent les indépendances du Venezuela, de la Colombie, du Panama, de l'Equateur, du Pérou et de la Bolivie actuels. Dans la construction des nations, les troupes patriotes devinrent les piliers du projet révolutionnaire des élites libérales. Vecteurs des valeurs politiques modernes, les forces armées en vinrent à constituer la matrice d'un Peuple « régénéré ». Elles servirent alors de base symbolique, politique et sociale à la souveraineté des nouveaux états indépendants. Républiques en armes aborde les origines d'une histoire dramatiquement ouverte et propose une réflexion sur l'origine des systèmes politiques et des identités nationales du Venezuela et de la Colombie.

  • Il fut une époque pas si lointaine où l'histoire du catharisme (au singulier !) paraissait simple et claire : le catharisme était un phénomène extérieur, une importation orientale survenue, pour certains historiens au début du xie, pour d'autres au milieu du xiie siècle, caractérisé par une doctrine dualiste jusque-là inconnue dans le monde latin. Cette étude propose de revenir sur ces présumées origines historico-doctrinales et sur la nature de ce mouvement dissident. Tout d'abord, en cessant de privilégier les constructions et préjugés historiques et doctrinaux élaborés et distillés depuis les théologiens catholiques de l'époque médiévale - leurs principaux détracteurs -puis transmis au travers d'une longue tradition historiographique dont les études récentes se font encore l'écho. Ensuite, à partir d'une lecture attentive de l'ensemble de documents, remontant aux débats du ixe siècle carolingien relatifs à la « société chrétienne », l'auteure propose une genèse des catharismes, phénomène pluriel et endogène au christianisme occidental. Ainsi se dégage et se précise le parcours d'une pensée dualiste dont les expressions dissidentes - même la plus radicale d'entre elles, au xiiie siècle -, résultent du processus de rationalisation qui traverse le christianisme médiéval.

  • Cet ouvrage présente au public la première analyse approfondie de l'image de la France et des Français, telle qu'elle était véhiculée sous le Troisième Reich. L'auteur a dépouillé, souvent pour la première fois, une centaine de monographies (politiques et historiques, reportages journalistiques, souvenirs de soldat), de nombreux articles provenant de périodiques spécialisés ainsi que de l'hebdomadaire de Goebbels, Das Reich, tout comme des documents d'archives relatifs à la perception des Français par les autorités allemandes pendant la guerre et l'occupation. L'analyse montre que, jusqu'en 1938, dans le cadre de la "propagande de paix" hitlérienne, des appréciations différentes de la France pouvaient coexister : l'approche nationaliste, paradigmatique, mais teintée d'un fort sentiment d' "amour-haine", d'un Friedrich Sieburg, puis l'approche francophile, exceptionnelle, de Paul Distelbarth et enfin l'ethno-racisme des soi-disant "raciologues"... Toutes ces tendances gravitant autour du dénominateur commun de l'opposition antinomique, plus ancienne, de l' "être" français et de l' "être" allemand, culminent dans l'idée que les Français travaillent pour vivre tandis que les Allemands vivent pour travailler. Derrière les problèmes de tactique qui dominèrent ensuite les années d'occupation, centrés sur la question de la collaboration du point de vue allemand, la perception stéréotypée des Français se renforça, mais plus d'un auteur, là encore, ne fut pas sans trahir un sentiment d'ambiguïté, ne serait-ce que sous forme d'une jalousie concernant le statut de l'intellectuel et de la culture en France, ou à propos du fait que les Français savaient si bien, aux yeux des Allemands, s'arranger dans le quotidien avec les inconvénients de la situation : Goebbels, dès le lendemain de la défaite française, donna l'ordre de veiller à ce que les reportages ne trahissent pas qu'on vivait mieux à Paris, capitale du vaincu, qu'à Berlin, capitale du vainqueur ! Finalement, une question domina les écrits sur la France de Vichy : les Français étaient-ils capables de changer d'attitude et de mentalité, sous l'impact de la victoire allemande et de la contrainte de collaboration ?

  • Pendant très longtemps, les travaux historiques ont largement ignoré la dimension sonore des religions du monde ancien. Il est banal de dire que la musique était omniprésente dans les religions de l'Antiquité mais pourquoi était-elle, selon la formule de l'écrivain latin Censorinus « agréable aux dieux » ? D'Apollon à Dionysos en passant par Athéna et Cybèle, des spécialistes de la civilisation grecque et romaine entreprennent pour la première fois de faire « chanter les dieux ». Seize chercheurs nous livrent ici le résultat de leur enquête, revisitant certains textes que l'on croyait bien connus, interrogeant les inscriptions, explorant les arcanes de l'iconographie religieuse des vases attiques aux autels romains. On mesure alors les ramifications et la complexité des manifestations sonores des cultes publics grâce à l'étude des rapports du dieu musicien avec son instrument, du sens de la musique dans les rites (prière, sacrifices et processions), des formes du répertoire musical, de certains usages musicaux spécifiques (dans les mystères ou le ménadisme) et de la mise en perspective de ses acteurs, porteurs du sacré, dans l'exécution du rituel. On apprendra par exemple qu'Apollon utilise sa lyre comme un arc ; que la fable de Marsyas et de l'aulos, n'est pas, contrairement aux idées reçues, un témoignage du rejet de cet instrument ; que l'imagerie des vases attiques ne donne pas forcément la même image de la musique des dieux que celle de la littérature ; qu'à Rome, l'interruption de la musique du tibicen lors du sacrifice équivaut à l'annulation pure et simple de la cérémonie ou encore que les initiées du culte de Cybèle devaient « manger au tambourin et boire à la cymbale ». C'est donc à une véritable tentative de lecture musicale des religions antiques que le lecteur est ici convié.

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