Presses de Sciences Po

  • Adolescences sous contrôle ; genre, race, classe et âge au tribunal pour enfants Nouv.

    Comment juge-t-on les adolescents ? Arthur Vuattoux a mené l'enquête auprès de deux tribunaux, dans plus de 300 dossiers d'affaires. Son verdict est sans appel : les normes de genre orientent profondément la façon dont la justice appréhende les conduites déviantes à cet âge. Ce traitement différencié dépasse le sexe, il concerne la race, l'âge, la classe sociale. Il tourne à la discrimination institutionnelle systématique pour une catégorie d'adolescente : les « jeunes filles roumaines ».

    Arthur Vuattoux est maître de conférences Université Sorbonne-Paris-Nord.

  • La lutte contre la pauvreté connaît une transformation majeure depuis la fin du XXe siècle. Longtemps au coeur d'une politique sociale inclusive, « les pauvres » sont désormais une catégorie d'individus qu'une administration tatillonne stigmatise, tout en leur dispensant d'insuffisantes prestations. Comment est-on passé d'un idéal d'insertion sociale à l'injonction de traverser la rue pour trouver un emploi ?
    Pour comprendre cette évolution, Frédéric Viguier retrace l'histoire de la cause des pauvres depuis 1945. Il décrit notamment le travail mené par des associations comme ATD Quart Monde ou la Fédération des acteurs de la solidarité dans les campements et les cités de transit de l'après-guerre et la façon dont elles ont, au fil des ans, porté cette cause sur les scènes administratives, politiques, médiatiques et scientifiques. Un combat qui s'est souvent soldé par des victoires à la Pyrrhus face aux représentants des hautes sphères de l'État social et à leur conception d'une bonne action publique.

    Normalien, agrégé de philosophie et docteur en sciences sociales, Frédéric Viguier enseigne les sciences sociales à l'Institut d'études françaises de New York University.

  • Une histoire globale (XVIIIe-XIXe siècles)

    Les récits de Conrad m'accompagnent depuis mon enfance. À cette époque, j'aimais surtout l'aventure, le bruit et le parfum de la mer. [...] Je pensais avoir mis de côté Conrad

    jusqu'à ce que, il y a quelques années, un ami [...] me dise : as-tu remarqué que tes terrains de recherche suivent à peu près les périples de Conrad ?

    Le livre de l'historien Alessandro Stanziani ne parle pas des voyages de Joseph Conrad, mais des travailleurs et des asservis que l'écrivain polonais a côtoyés : les serfs de Russie, les salariés et les marins des empires français et britannique, les esclaves et les immigrés de l'océan Indien. Il s'achève au Congo, dans les violences extrêmes perpétrées contre les indigènes par des compagnies coloniales en quête effrénée de profits.

    De la pensée des Lumières à l'évolution du droit et à la réalité des conditions de travail, Alessandro Stanziani montre par son approche globale que l'histoire du travail forcé ne peut se comprendre qu'en relation avec celle du travail libre. Les deux aires ne cessent de se superposer et de se répondre mutuellement pour écrire une seule et même histoire encore inachevée, celle d'une difficile émancipation.

    Directeur d'études à l'EHESS et directeur de recherche CNRS, Alessandro Stanziani a notamment publié Les Entrelacements du monde. Histoire globale, pensée globale (CNRS Éditions, 2018).

    Directeur de recherche CNRS, Alessandro Stanziani est directeur d'études à l'EHESS. Il est notammment l'auteur de Les entrelacements du monde. Histoire globale, pensée globale (CNRS éditions, 2018).

  • L'islam de France a cessé de se faire discret. Les jeunes générations désirent lui faire une place et, à travers lui, affirmer leur identité, dénoncer les discriminations, voire contester un modèle de société.
    L'engouement religieux et le communautarisme menacent-ils pour autant les libertés individuelles, la cohésion sociale et la paix ? Guerres et attentats menés au nom du fondamentalisme ne sont pas propices à l'analyse raisonnée ; c'est à elle pourtant que prétend cet ouvrage. Ni angélisme ni alarmisme du côté des auteurs, plutôt une analyse des faits à partir d'enquêtes de terrain et de témoignages. On y croise des étudiantes voilées, des entrepreneurs, des mères d'élèves de quartier sensible, des jeunes actifs de retour d'un pèlerinage à la Mecque, des délinquants rejoignant un islam rigoriste, des jeunes repérés par la Protection judiciaire pour « radicalisation ».
    Les écouter, prendre au sérieux leurs opinions, comprendre leur cheminement et interroger leurs rapports à la société et à la République, voilà des clés pour éclairer le jugement, combattre quelques idées fausses et mieux vivre ensemble.

    Lætitia Bucaille, vice-président de l'INALCO, et Agnès Villechaise, maîtresse de conférence à l'Université de Bordeaux, ont dirigié cet ouvrage auquel ont contribués:
    Vincent Tiberj, Leila Seurat, Sarah Aïter, Fabien Truong, Geneviève Zoïa, Laurent Visier, Laurent Bonelli et Fabien Carrié.

  • Une histoire unique en Europe, celle d'un État, la Bulgarie, qui s'est allié au Reich, mais qui a refusé de déporter sa communauté juive.
    Ce récit du « sauvetage des Juifs bulgares » s'est imposé alors que, dans les territoires occupés par ce pays entre 1941 et 1944, la presque totalité des Juifs furent raflés, convoyés vers la Pologne et exterminés.
    Comment comprendre qu'une seule facette d'un passé complexe ait fait l'objet d'une transmission prioritaire, pendant la période communiste et après ?
    Dans une vaste enquête, Nadège Ragaru étudie la mise en écritures ou en silences des persécutions anti-juives dans les récits des historiens, dans les tribunaux mais aussi au cinéma. Elle jette ainsi un éclairage nouveau sur les usages publics du passé depuis la guerre froide jusqu'à nos jours.

    Nadège Ragaru, historienne et politiste, est chercheure à Sciences Po (CERI-CNRS) où elle enseigne l'histoire et l'historiographie de la Shoah à l'Est de l'Europe, ainsi que l'histoire culturelle des communismes est-européens.

  • L'usage des grands nombres dans le domaine de la santé n'est plus un secret pour personne. Les taux de mortalité, les courbes démographiques, les moyennes nationales comme les médianes par genre, profession ou âge ordonnancent nos vies biologiques. Nous sommes pris dès la naissance dans un système de mesure de l'espérance de vie, par lequel s'évaluent continûment nos chances de perdurer. En période de crise sanitaire, lorsque la connaissance scientifique fait défaut, les nombres prennent une place encore plus grande : la statistique médicale devient le principal outil d'aide à la décision des pouvoirs publics.
    Cette épistémè computationnelle a une histoire que Mathieu Corteel nous invite à découvrir. Elle trouve sa source dans l'interprétation des tables de mortalité au XVIIe siècle, et s'est transformée depuis, articulant différemment à chaque époque un état des connaissances mathématiques avec une pratique médicale et une vision politique de la santé publique.
    Mathieu Corteel est philosophe et historien des sciences. Il est membre du comité de rédaction de la revue Multitudes. Le hasard et le pathologique est son premier essai.

    Philosophe des sciences, Mathieu Corteel enseigne à l'Université de Strasbourg. Le hasard et le pathologique est son premier essai.

  • « Chercheur embarqué », Frédéric Mérand a pu faire une immersion au sein du cabinet du commissaire européen Moscovici entre l'été 2015 et l'automne 2019. Passant deux mois par an au Berlaymont , il a suivi l'évolution de chaque dossier (crise du Grexit, surveillance budgétaire, taxe sur les GAFA, etc.) presque en temps réel. De la cantine aux rencontres internationales, il a observé le commissaire et son cabinet. Il a recueilli au quotidien, leurs stratégies et leurs espoirs mais aussi leurs étonnements, leurs craintes et leurs déceptions. L'objectif, scientifique, n'était pas de savoir si la politique menée fut bonne ou mauvaise, mais de comprendre et de raconter comment elle s'est faite dans les pratiques.
    Un voyage unique dans les arcanes de la politique européenne.

    Professeur de science politique à l'Université de Montréal, Frédéric Mérand y dirige le Centre d'études et de recherches internationales (CÉRIUM).

  • Tous les ans, plusieurs milliers d'agents du secteur public chinois s'inscrivent dans un MPA (Master in Public Administration), un programme créé à la Harvard Kennedy School et arrivé en Chine avec le nouveau siècle. Une internationalisation qui peut surprendre.

    Comment la Chine, après avoir adapté les principes de développement économique, implante les techniques de formation des démocraties occidentales, tout en se dispensant de la démocratie ? À travers l'histoire de ces « Mandarins 2.0 », l'auteure éclaire la façon dont l'État-parti entend concilier le changement nécessaire au développement de la Chine et la stabilité de son pouvoir.

    Alessia Lefébure est directrice adjointe de l'École des hautes études en santé publique (EHESP), en charge des études. Docteur en sociologie des organisations et diplômée de Sciences Po, experte internationalement reconnue dans le champ du développement et de l'enseignement supérieur, elle est également membre du Centre de sociologie des organisations (CSO) et de l'UMR Arènes. Elle a été professeur associé à l'Université de Columbia (SIPA) et à l'Université Tsinghua à Pékin.

  • Paris, les 7,2 millions d'habitants du Grand Paris ou les 12,2 millions d'habitants de la région Ile-de-France sont des enjeux majeurs pour l'Etat, qui a créé au fil du temps des institutions, lancé des politiques publiques, souvent en tension avec les autorités locales, pour les gouverner.
    Quelle que soit l'échelle retenue, beaucoup estiment que la métropole parisienne est ingouvernable.
    Les auteurs de ce livre analysent la manière dont l'enjeu parisien est devenu un problème pour l'Etat français et comment la création d'institutions a tenté d'y répondre. Ils montrent les limites et les contradictions de l'action de l'Etat en lien avec les collectivité locales pour gouverner le foncier, le logement ou encore les transports.

    Doyen de l'école urbaine de Sciences Po, politiste et sociologue comparatiste, Patrick Le Galès est directeur de recherche CNRS au Centre d'études européennes et de politique comparée de Sciences Po et professeur à Sciences Po.

    Avec les contributions de Thomas Aguilera, Francesca Artioli, Christine Barwick, Emmanuel Bellanger, Renaud Epstein, Vlad Gross, Charlotte Halpern, Patrick Le Galès, Patrick le Lidec, Jacques de Maillard, Sébastien Pradella, Pauline Prat, Mathieu Zagrodski.

  • Les politiques publiques dans la crise ; 2008 et ses suites Nouv.

    Si la crise de 2008 a généré un contexte budgétaire, financier et monétaire plus contraint, l'après-2008 a été l'occasion d'une politisation croissante des enjeux budgétaires et financiers notamment au niveau européen. La continuité a souvent prévalu au niveau national sur les politiques financières, mais aussi de défense, environnementales, de santé, etc. Partout, pourtant, l'emprise des acteurs financiers sur des questions budgétaires a demeuré.

    Sabine Saurugger est professeure de science politique, membre de l'UMR Pacte et directrice de Sciences Po Grenoble-UGA.

    Patrick Hassenteufel est professeur de science politique à l'université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

  • La deuxième gauche et le pouvoir (1988-1991)

    Les trois ans et cinq jours que Michel Rocard a passés à Matignon ont laissé peu de souvenirs dans la mémoire collective. Sans majorité au Parlement, coincé dans un tête-à-tête empreint de méfiance avec François Mitterrand, le champion de la « deuxième gauche » n'aurait pas su, selon le procès qui lui a été fait, incarner une autre pratique socialiste du pouvoir et se serait contenté de gérer le quotidien.

    L'accès récent aux archives publiques et à ses archives personnelles éclaire d'un jour nouveau le Premier ministre Michel Rocard. Son oeuvre législative, symbolisée par la création du RMI et de la CSG, a résisté au temps. Respectueux des vastes domaines réservés de la présidence, il a su rétablir la paix en Nouvelle-Calédonie, moderniser l'État, promouvoir la rénovation de l'Éducation nationale...

    Historiens, politistes, économistes, archivistes et grands témoins font revivre les temps forts d'une gauche de gouvernement aux prises avec la fi n de la guerre froide et proposent une réflexion sur les limites que la Ve République impose au pouvoir du Premier ministre.

    Alain Bergounioux est historien et inspecteur général honoraire de l'Éducation nationale. Il est notamment l'auteur, avec Jean-François Merle, de Le Rocardisme. Devoir d'inventaire (Seuil 2018).

    Mathieu Fulla est enseignant à Sciences Po et chercheur au Centre d'histoire de Sciences Po. Il est notamment l'auteur de Les Socialistes français et l'économie. Une histoire économique du politique (Presses de Sciences Po, 2016).



    Avec les contributions de : Claire Andrieu, Philippe Bezes, Antony Burlaud, Alain Chatriot, Élie Cohen, Michele Di Donato, Pierre Encrevé, Ismail Ferhat, Guy Groux, Gérard Grunberg, Pierre-Emmanuel Guigo, Veronika Isenberg, Jérôme Jaffré, Marc Lazar, Sarah Mohamed-Gaillard, Michel Noblecourt, Vivien Richard, Zénaïde Romaneix, Olivier Rozenberg, Christophe Sente, François Stasse, Matthieu Tracol.

    Alain Bergounioux, historien spécialiste du PS, est professeur associé à Sciences Po et préside actuellement l'Office universitaire de recherches socialistes (OURS).
    Membre permanent du Centre d'histoire de Sciences Po (CHSP), Mathieu Fulla est agrégé et docteur en histoire. Il enseigne à Sciences Po.

  • « Chacun comprend aisément qu'une croissance infinie dans un monde fi ni est impossible, tout en agissant comme si cela n'était pas vrai. Nous sommes collectivement affligés d'une dissonance cognitive : pour assurer notre confort psychique, nous renonçons à considérer la vérité qui nous embarrasse en espérant que, finalement - mais sans trop savoir comment - tout finira par s'arranger... » En réalité nous savons comment sortir de l'impasse. Pour nous guérir de notre addiction à la croissance, nous devons restaurer la notion de biens communs, réhabiliter la réciprocité, en fi nir avec l'endettement, renouer le dialogue avec la nature.

  • L' Affordable Care Act de 2010 a permis à vingt millions de citoyens américains de bénéficier d'une couverture maladie. Réforme la plus ambitieuse en matière de santé depuis les années 1960 aux États-Unis, l'Obamacare est aussi une réussite politique. Même Donald Trump n'est pas parvenu à la faire abroger.
    Ce succès tient au travail de fond, à l'abri des regards, d'un petit groupe de « gardiens des politiques de santé », habitués de longue date aux arcanes washingtoniennes et fins connaisseurs des rouages du système de santé américain. En périphérie du pouvoir sous la présidence de George Bush Jr. puis au sein de l'administration fédérale sous celle de Barack Obama, ces insiders échaudés par l'échec de la réforme Clinton au début des années 1990 ont usé de leurs ressources politiques pour faire évoluer un système devenu obsolète. S'ils n'ont pu mettre en place une couverture universelle, du moins ont-ils accru les capacités de régulation de l'État fédéral dans le domaine de la santé, créant par là-même la possibilité de futures améliorations.
    L'enquête de William Genieys met au jour le rôle de ces nouvelles élites politiques américaines qui oeuvrent pour que l'État fédéral soit au service non pas des lobbyistes, mais de l'intérêt général.
    William Genieys est directeur de recherche CNRS au Centre d'études européennes et de politique comparée de Sciences Po.

    Willam Genieys est directeur de recherche CNRS. Il est notamment l'auteur d'une Sociologie politique des élites (Armand Colin, 2011).

  • L'accès aux espaces publics d'une personne en fauteuil roulant a beau être inscrit dans la loi, là où la rampe fait défaut, ce droit reste lettre morte. L'école a beau se dire inclusive, si elle ne fournit pas à un élève non voyant les aménagements adaptés, elle ne l'est pas dans les faits.

    Au fil des ans et des mobilisations, une multitude de droits ont été reconnus aux personnes handicapées. En quoi ont-ils changé leur vie quotidienne ? À partir de récits biographiques recueillis auprès d'individus ayant des incapacités motrices ou visuelles, l'auteure montre que les droits associés au handicap, souvent imprécis dans les textes, souffrent de défauts majeurs de mise en oeuvre.

    Pourtant, face à ces droits vulnérables, les individus sont actifs, dotés d'esprit critique et porteurs d'innovations. À l'école, dans l'entreprise, auprès des administrations ou dans les transports publics, ils protestent, négocient, bricolent et aménagent leurs droits, pour rompre avec la citoyenneté de seconde zone qui leur reste assignée.

    Anne Revillard est professeure associée (HDR) en sociologie à Sciences Po, membre de l'Observatoire sociologique du changement (OSC) et directrice du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP).

    Anne Revillard est professeure associée en sociologie à Sciences Po, membre de l'Observatoire sociologique du changement (OSC) et du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP). Ses recherches récentes portent sur les évolutions et la réception des politiques du handicap en France.

  • En choisissant d''étudier le nationalisme de Maurice Barrès, Zeev Sternhell ne pouvait manquer de se heurter à une question essentielle : comment le jeune écrivain des années 1880, dilettante et anarchisant, a-t-il pu devenir, en l''espace de quelques années, l'un des grands interprètes de la pensée traditionaliste française, le doctrinaire et le poète du culte de la Terre et des Morts ? Comment, en d''autres termes, s''est opéré le passage, dans le climat intellectuel et moral de la fin du 19e siècle, du principe de l''exaltation de la personne à l''idée de la subordination de l'individu à la collectivité, de l''affirmation hautaine du Moi individuel à la soumission au Moi national ?
    A cette interrogation majeure Zeev Sternhell répond d''abord en retraçant avec une impitoyable précision toutes les étapes d'une biographie intellectuelle : le recensement exhaustif (et c''est là sans doute l''un des apports les plus originaux de l'ouvrage) de l'oe'uvre journalistique de Barrès permet, sur ce plan, de fixer les points de repère essentiels, de suivre les cheminements, de démontrer toute la logique interne d''une évolution.
    La seconde réponse est fournie par l''étude, non moins exhaustive, de l''environnement politique et intellectuel, c'est-à-dire des formes d''engagement, des amitiés et des influences : l''action de certaines écoles, de certains groupes de pensée et de certains doctrinaires se trouve, dans ces perspectives, pleinement, et pour la première fois, mise en valeur ; c''est tout le panorama d'une certaine France de la fin du 19e siècle qui se trouve en fait restitué.

  • « On est la dernière personne à pouvoir les aider quand ils sont sur la table. » Ainsi une jeune légiste rencontrée dans cet ouvrage résume-t-elle sa vocation pour « la médico-légale ».
    Au terme d'une enquête singulière, menée pendant quatre ans au coeur du dispositif médico-légal français, l'auteur lève le voile sur un métier popularisé par les séries policières et pourtant méconnu. Il nous entraîne dans le quotidien de ces « blouses blanches » dont le rôle est de transformer les corps des victimes, vivantes ou mortes, en preuves judiciaires.
    Nous les suivons dans les salles d'autopsie où ils tentent de percer les secrets des cadavres, dans les cabinets médicaux où ils examinent les plaignants pour évaluer le degré de violence subie, et jusqu'aux tribunaux où les magistrats du parquet se saisissent de leur expertise. Nous écoutons leurs récits pour comprendre ce qui les a conduits, dans leur parcours personnel et professionnel, à exercer aux confi ns de la médecine et du droit une activité qui fait souvent d'eux de véritables juges en matière de faits de violence.
    Romain Juston Morival est maître de conférences en sociologie à l'Université de Rouen-Normandie, membre du Laboratoire DySoLab et chercheur affilié au Centre d'études de l'emploi et du travail.

    Romain Juston Morival, sociologue, est depuis 2019 chercheur affilié au Centre d'études de l'emploi et du travail, et maître de conférences en sociologie à l'Université de Rouen Normandie (Laboratoire DySoLab-IRIHS).

  • Toutes les femmes sont citoyennes, quelques femmes sont artistes. La citoyenne et l'artiste sont-elles les semblables des hommes ? Oui. Tout autant concernées par la politique et par l'art ? Oui.

    Au commencement de l'ère démocratique, initiée par la Révolution française, ces affirmations furent pourtant sources de débats et de polémiques : aux femmes la famille plutôt que la cité, la muse plutôt que le génie, arguaient bien des hommes qui n'étaient pas tous réactionnaires. Deux cents ans après, nous en discutons encore.

    L'ouvrage revient sur les conséquences de ce moment fondateur. Il rend compte du travail sans fin de la démonstration de l'égalité, dans une « démocratie exclusive » où chacun - donc chacune - peut théoriquement se voir individu, sujet, citoyen, créateur, un, une parmi tous et toutes.

    De Poulain de la Barre, philosophe du XVIIe siècle, à Jacques Rancière, penseur contemporain, avec Virginia Woolf comme avec Simone de Beauvoir, les textes réunis ici montrent à quel point ces questions demeurent essentielles pour la modernité : celle de la jouissance revendiquée, celle de la stratégie subversive, celle de la mesure de l'émancipation des femmes, celle du féminisme comme dérèglement de la tradition occidentale.

  • Si la violence conjugale est aujourd'hui reconnue comme une question de société légitime, il n'en a pas toujours été ainsi. C'est grâce aux mobilisations féministes des années 1970, qui définissent alors la violence dans le couple comme une violence faite aux femmes, produit des rapports de domination entre les hommes et les femmes, que ce phénomène sort de la dénégation sociale dans laquelle il était tenu. Comment une cause féministe devient-elle un problème public dont s'emparent les associations, les institutions internationales et l'État ?

    En apparence, le problème de la violence conjugale paraît semblable partout : il s'agit de développer des lieux d'accueil pour les victimes de violence, de créer des lois pour rendre la violence illégitime et d'appeler à sanctionner ceux qui transgressent ces nouvelles normes sociales et juridiques. Cependant, les conditions institutionnelles, politiques et idéologiques diffèrent dans chacun des pays et le problème public y est traité selon des modalités distinctes. À travers la question des violences conjugales et en comparant le cas français et américain, Pauline Delage analyse avec acuité quelles sont, de part et d'autre de l'Atlantique, les formes légitimes de l'intervention publique dans le domaine de l'intime et des inégalités sexuées.

  • Le droit promeut l'universel sans cesser d'être une lecture des manières humaines. Avec le triple regard de l'anthropologue, du juriste et de l'historien, Louis Assier-Andrieu scrute cette relation entre le droit et les moeurs dont il émane et qu'il transforme. Ses Chroniques parcourent des lieux, des communautés, des temps et des préoccupations aussi divers que les îles du Pacifi que, les paysans catalans, la Commune de Paris, les avocats contemporains, les juristes médiévaux, la défense des droits humains. Avec en filigrane toujours la même question : pourquoi les humains ne peuvent-ils s'empêcher de vivre en commun ?
    Louis Assier-Andrieu est directeur de recherche en sciences du droit au CNRS. Professeur à l'École de droit de Sciences Po, il enseigne en Europe et aux États-Unis.

    Directeur de recherche au CNRS et professeur à l'École de droit de Sciences Po, Louis Assier-Andrieu, est anthropologue historique des cultures juridiques dans sociétés occidentales et occidentalisées.

  • Évolution aussi majeure que silencieuse, les promoteurs immobiliers sont devenus, en France, des partenaires incontournables des politiques publiques du logement. Afin de continuer à soutenir la construction - y compris celle de logements sociaux - tout en limitant leurs investissements, l'État et les maires choisissent depuis vingt ans de « faire faire » aux promoteurs. Ils négocient avec eux, les orientent ou les sanctionnent, utilisant volontiers les outils de régulation fiscale pour encourager ces acteurs peu étudiés, qui comptent dans leurs rangs les filiales de grands groupes tels que Bouygues, Vinci, BNP Paribas, Société générale, etc.Mais alors que les coûts de l'immobilier explosent et que le droit au logement peine à s'exercer, cette nouvelle forme de fabrication des politiques publiques a son revers : en se rendant dépendants des promoteurs, les acteurs publics risquent de se voir dépossédés de la conduite de leur action.

  • Surpris par l'irruption des « révoltes arabes », les régimes autoritaires d'Afrique du Nord ont, pour la plupart, fait preuve d'une certaine robustesse. Pour combien de temps encore ?

    Fin connaisseur de la région, Luis Martinez fait le point sur la situation de pays tels que l'Algérie, le Maroc, la Libye et la Tunisie. Il montre qu'en s'arcboutant aux deux fonctions héritées du pouvoir colonial, maintien de l'ordre et extraction des ressources naturelles, ces États ont omis de placer l'intérêt général au coeur de leur action. Incapables de se départir d'une obsession sécuritaire - partagée par la communauté internationale -, les yeux braqués sur la bande sahélo-saharienne, nouvel épicentre du jihadisme, leurs gouvernants paraissent ignorer le véritable défi qui se pose à eux : répondre à la colère d'une jeunesse nombreuse et au chômage, et gagner la loyauté d'un peuple qui paie le prix de la corruption, de modèles erronés de développement économique et d'une absence d'État-providence.

  • Le monde est en train de basculer dans un avenir hostile. Notre obstination à tirer profit de la planète au-delà des limites supportablespar son écosystème a déclenché des effets indirects si dramatiques que la crise climatique menace désormais notre existence. Nous avons nié cette réalité. Nous avons ignoré ou accueilli avec lassitude les signaux d'alarme des climatologues, refusé de remettre en cause le dogme de la croissance et l'obsession consumériste. Nous devons maintenant en mesurer les conséquences pour le 21e siècle et agir afin de tirer le meilleur parti de l'inéluctable. Un propos courageux,un livre d'utilité publique.

  • L'Anthropocène a fait une entrée tonitruante dans la pensée contemporaine. Pour la première fois dans l'histoire de la planète, une époque géologique serait défi nie par l'action d'une espèce : l'espèce humaine. Mais que l'on isole l'humanité en tant qu'acteur unique ou que l'on pointe le rôle récent de la révolution industrielle, c'est toujours une vision occidentale que l'on adopte pour décrire le basculement annoncé, au risque de tenir à l'écart le reste du monde, humain et non humain.Issu d'un colloque organisé par Philippe Descola et Catherine Larrère au Collège de France, à l'initiative de la Fondation de l'écologie politique, cet ouvrage réunit les contributions de chercheurs d'horizons multiples sur un sujet qui par défi nition traverse toutes les disciplines. Sans négliger les controverses entre géologues, il prend le parti de la pluralité des récits anthropocéniques, en privilégiant le point de vue des peuples sur un changement qu'ils subissent et que l'on nomme à leur place, et en tenant compte de la dimension sociale, genrée et inégalitaire de la question climatique.Ouvrant la réflexion à d'autres manières d'habiter la terre, aussi improbables paraissent-elles, il montre que l'avenir n'est pas que le prolongement linéaire du présent.

  • SOMMES-NOUS GOUVERNÉS PAR DES EXPERTS DE L'ÉMOTION ?
    Conseils de quartier, conseils de jeunes, débats publics, dialogues citoyens, budgets participatifs, conférences de consensus, sondages délibératifs, etc. Les dispositifs de participation associant les citoyens à la décision publique se multiplient. Comment cette forme particulière de mobilisation des profanes de la politique, qui s'appuie largement sur le registre de l'affect, est-elle façonnée par les autorités publiques ?
    À partir d'une grande diversité de cas empiriques, l'ouvrage s'intéresse à la façon dont les émotions des citoyens sont accueillies, formalisées et maîtrisées au sein des arènes participatives, à la manière dont elles sont tantôt prescrites tantôt proscrites selon les stratégies et les niveaux d'implication recherchés, la probabilité de se faire entendre, la volonté d'inclure ou de disqualifier les publics les plus démunis, etc. Il montre finalement que les politiques participatives reposent sur des dispositifs de mobilisation qui doivent autant à l'expertise qu'aux émotions

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