Les presses du réel

  • Pédagogique, cet ouvrage est destiné à des étudiants en design intéressés par la philosophie. Il est la restitution de sept conférences données à Strate École de design de 2014 à 2016 sur le thème « Philosophie et design ».
    Chaque chapitre s'ouvre sur la problématisation d'une question qui est analysée à partir de la mise en perspective de textes de trois auteurs. Penser l'objet, designer nos existences, la pensée écologique, le cyborg, l'innovation, telles sont quelques-unes des thématiques abordées.

  • La fin du monde humain ne veut pas dire la fin de l'homme, mais le retrait de la place centrale que celui-ci occupait au sein de l'ensemble des savoirs. Plus que jamais, prendre en compte notre rapport à la Terre et au Cosmos est devenu nécessaire. Dans de nombreux domaines (anthropologie, sociologie, esthétique, droit, politique, etc.) des vues cosmomorphes se substituent aux vieux schémas anthropomorphes. L'homme doit se penser à l'intérieur de mondes infiniment plus larges et complexes que lui. Nous sommes entrés dans une nouvelle période géo-cosmique qui excentre l'homme de son monde. Plus que l'existence dans son monde, c'est sa consistance dans d'autres mondes qui est en jeu. Nos nouveaux problèmes sont des problèmes de consistance. En quoi consistent les rapports esthétiques, politiques, ontologiques qui nous permettent de penser la relation de l'homme aux autres êtres ? Quel nouveau statut advient à l'homme dès lors qu'il tient compte des relations terrestres dont il dépend, si lui est redonné le sens de la Terre et du Cosmos ? Comment redistribuer sur les non humains une dignité d'être sans laquelle l'homme lui-même finira par s'effacer ?

  • Dans cet essai qui privilégie la joie d'une pensée insoumise plutôt que la dénonciation, Isabelle Stengers prend le relais d'Alfred North Whitehead lorsque, diagnostiquant le « déclin de la civilisation moderne », celui-ci assigna à la philosophie la tâche de « souder le sens commun avec l'imagination ». Face aux prétentions à déterminer ce que nous avons le droit de savoir, elle cherche à donner force à ce que nous savons. Face aux oppositions doctrinales prédatrices qui démembrent le sens commun, elle affirme la philosophie comme puissance de problématisation. Prolongeant et renouvelant les ressources proposées par Whitehead, elle fait exister tant la possibilité d'une science « civilisée » que celle, politique, de dispositifs susceptibles d'habiliter les « gens du commun » à faire valoir les questions qui les concernent.
    Au déclin de la civilisation a aujourd'hui succédé la débâcle : « Nous entendons déjà les grincements et les craquements sourds marquant la rupture des plaques de glace, démantibulant le sol que nous avions défini comme assuré. » Il s'agit désormais d'apprendre à vivre dans un monde devenu lui-même intrinsèquement problématique. D'autres voix, et notamment celles, contemporaines, de Donna Haraway, Bruno Latour, David Abram ou Anna Tsing, viendront dès lors s'associer à celle de Whitehead dans l'exploration des manières de « faire commun » que demande notre époque.

  • Le présent essai ressaisit de manière originale une autre métaphysique, à rebours de la philosophie qui s'est imposée en France et en Europe au XXe siècle dans le sillage des pensées de Kant, Husserl, Heidegger.
    Ce livre montre que la métaphysique postkantienne a été un laboratoire conceptuel extrêmement riche et varié, un grand moment d'invention de pensées, peu reconnue en France tant la domination de l'idéalisme fut forte.
    En réaction à Kant, cette philosophie a, pour la dernière fois peut-être, renoué avec l'idée grecque que la philosophie doit être une cosmologie. Elle a réinterrogé la possibilité d'une connaissance absolue du réel, proposé une compréhension nouvelle et audacieuse de ce qui relie les êtres entre eux, qu'ils soient conscients, vivants ou matériels. Elle s'est tournée vers le foisonnement créatif du réel, en arrachant le concept de nature au réductionnisme scientiste et au subjectivisme idéaliste.
    Au fond, cette autre métaphysique aura eu l'ambition de nous faire penser autrement notre insertion dans la trame des êtres. C'est pourquoi, elle s'avère capitale aujourd'hui pour penser les enjeux de notre temps sur la base d'une philosophie de la nature renouvelée.

  • Gerhard Richter est un immense artiste. C'est surtout un grand peintre d'Histoire dont l'oeuvre, déjà si accomplie, sort régénérée de la lecture de ce livre. Soit une enquête au coeur du système nazi de stérilisation et d'euthanasie des « faibles d'esprit » : une entreprise criminelle épouvantable dont sera victime la jeune tante du peintre. Celle-là même avec qui il figure, à l'âge de quatre mois, dans son célèbre tableau Tante Marianne peint en 1965 à partir d'une photographie prise en juin 1932, déclarée schizophrène et à l'élimination de laquelle participera comme médecin accoucheur et SS-Obersturmbannfürher le futur beau-père de Richter, Heinrich Eufinger, dont il épousera la fille Ema en 1957 - sans conscience ou connaissance de l'extraordinaire entrelacement des faits que relate l'ouvrage.

    Voilà Richter rattrapé aussi par l'histoire : songeons à l'exil forcé de David ou à la fuite économique contrainte de Courbet, l'homme des allégories réelles, à qui l'on facture abusivement le rétablissement de la colonne Vendôme. Le premier est déclaré régicide, le second est un actif sympathisant de la Commune : c'est leur personne et la fin de leur carrière artistique qui sont concernées. Alors qu'avec Richter, à qui l'on doit en 1988 le fulgurant cycle pictural chroniquant à distance la fin des chefs de la Fraction Armée Rouge à la prison de Stammheim, c'est sa production de tableaux du milieu des années 1960 qui se voit reprise, obligeant salutairement à revoir l'approche de la totalité d'un travail qui n'est sûrement pas réductible à un discours conceptuel sur les styles ou à la seule délectation formelle.

  • Au cours de la dernière décennie s'est produit en France un renouveau d'intérêt pour des penseurs qui se sont vus accoler l'épithète de « spéculatifs », tels que William James, Gabriel Tarde, Alfred North Whitehead et Etienne Souriau. Ce renouveau semble indissociable de la mise en crise généralisée des modes de pensée qui, d'une manière ou d'une autre, devaient leur autorité à une référence au progrès, à la rationalité, à l'universalité. Mise en crise redoutable car on ne se défait pas sans danger de ce qui a servi de boussole à la pensée euro-américaine depuis qu'il est question de modernité. Mise en crise nécessaire car ces modes de pensée sont sourds à la nouveauté effective de cette époque marquée par la menace du désordre climatique, le saccage systématique de la terre, la difficulté d'entendre les voix qui nous engagent à penser devant le lien fort entre la modernité et les ravages de la colonisation. S'il faut parler de « gestes spéculatifs », c'est que la pensée spéculative est trop souvent définie comme purement théorique, abusivement abstraite, ou relevant tout simplement d'un imaginaire déconnecté de toute prise sur le réel. Elle est, telle que nous voudrions en hériter, affaire de gestes, d'engagements par et pour un possible, de virtualités situées. Le sens de tels engagements tient à leurs conséquences, à la modification de l'appréhension du présent qu'ils entraînent. Cet ouvrage rassemble des contributions qui explorent certains des concepts philosophiques qui appellent et rendent possibles de tels gestes spéculatifs, et qui explorent aussi des situations dont nous savons qu'il faut apprendre à les penser autrement.

  • Autoportrait

    Hans Hartung

    Quand il est publié en 1976, le récit autobiographique du peintre abstrait franco-allemand Hans Hartung (1904-1989) intitulé Autoportrait donne le sentiment d'un recueil vivant et parfois un peu décousu de souvenirs personnels et de propos esthétiques. Le livre, qui ne connaît pas en France le succès escompté, est très vite soldé et disparaît des librairies... Cependant, il continue de faire son chemin parmi les spécialistes et les amateurs de Hartung ainsi que parmi les historiens de l'art, lesquels se passionnent pour une vie extraordinaire et romanesque, avec ses échecs initiaux et ses succès mondiaux, ses intuitions picturales visionnaires, ses traumatismes de guerre, sa puissante relation avec Anna-Eva Bergman et bien d'autres choses encore. L'Autoportrait sert obstinément de référence et de source. Si sincères soient-elles, ces mémoires rédigées alors que l'artiste a plus de 70 ans ne sont pourtant pas toujours fiables, loin de là. Il était donc urgent de publier à nouveau ce texte avec un appareil de notes qui l'éclaire, l'affine, le contredit parfois. Cette édition critique s'appuie principalement sur l'étude et le traitement du gigantesque fonds d'archives sur Hartung, conservé à Antibes, dans la Fondation qu'il avait lui-même appelée de ses voeux. C'est son équipe - Marianne Le Galliard, Elsa Hougue, Thomas Schlesser, Jean-Luc Uro - qui a mené cette enquête, afin de mieux cerner l'existence et l'oeuvre d'une des plus singulières figures d'artiste du XXe siècle.

  • Voici le récit, par son ami Francesco Bonami, du parcours de l'artiste italien, une des plus grandes figures du monde de l'art. De ses débuts dans les milieux populaires de Padoue, dans les années 1960, à l'annonce de la fin de sa carrière d'artiste, associée à la rétrospective qui lui a été consacrée en 2011 au Guggenheim, à New York, sont évoquées la genèse de ses grandes oeuvres et sa propre réaction au monde de l'art, et aux exigences liées à l'identité d'artiste.


    « Je suis Maurizio Cattelan » a déjà eu de multiples occurrences, quand tel ou tel endossait, pour des entretiens ou des conférences, la « personna » de cet artiste italien abonné des magazines, des collectionneurs et des rumeurs les plus enthousiastes du monde de l'art.

    Francesco Bonami a pris les commandes - comme un pirate qui détourne l'avion en vol - du jet(set) de la Cattelan Air, pour une autobiographie non autorisée, où le rusé commissaire d'exposition tient le « je » de l'artiste en haute estime au point d'écrire sans filet ses faits et gestes depuis l'enfance à Padoue jusqu'à sa récente démission de l'art après une rétrospective magistrale au musée Gugenheim de New York.

    à 52 ans, Cattelan met un point final (?) à une carrière brillante, ponctuée d'oeuvres dérangeantes, polémiques et poétiques à la fois.

    Bonami, son ami, le considère pour ce qu'il est ; un artiste né pauvre dont la success story est restée sous contrôle - hinterland italien aidant.

    « J'ai été Maurizio Cattelan » le temps d'un court livre qui dévoile des moments furieux quand j'ai dû faire le choix du gendarme ou du voleur, de la maman ou de la putain, du clown blanc ou de l'amuseur public, quand j'ai eu l'idée de devenir artiste d'art contemporain - cette discipline qui permet tout et son contraire, qui autorise, parfois, tout un chacun à frôler les sommets sans périr foudroyé, qui a su, il y a si longtemps, créer les conditions d'un bouleversement du monde, et qui a échoué en fin de compte.

    Heureusement...

    « Je deviendrai Maurizio Cattelan » si Dieu le veut et si Francesco Bonami le souhaite encore. Le reste est déjà une légende urbaine qui s'étudie dans les classes propédeutiques.

    Il aurait pu s'endormir dans les délices de Padoue, il en a juré autrement ; aujourd'hui, Maurizio Cattelan, qui a repris son nom véritable, officie incognito aux commandes de la plus belle boutique de la ville ; un magasin général.


     

  • Nous sommes entrés dans une nouvelle époque de la nature. Que reste-t-il en effet des frontières que la pensée moderne tentait d'établir entre le vivant et l'inerte, entre la subjectivité et l'ordre naturel, entre l'apparent et le réel, entre les valeurs et les faits, entre la conscience et la vie animale ? Quelle pertinence pourraient encore avoir les grandes oppositions qui ont présidé à l'invention moderne de la nature ?
    De nouveaux récits, de nouvelles cosmologies, sont devenus nécessaires pour que nous puissions réarticuler ce qui jusqu'alors avait été séparé. Ce livre tente de donner ses droits, à la suite de W. James et d'A. N. Whitehead, à une approche pluraliste de la nature. Que se passerait-il si nous attribuions de la subjectivité à tous les êtres, humains et non-humains ? Pourquoi ne ferions-nous pas de l'esthétique, de la manière de sentir, l'étoffe de toute existence ? Et si le sens de l'importance et de la valeur n'était plus l'apanage des seuls humains ?

  • Bien que Richter se soit exprimé à maintes reprises par la parole et l'écrit, jusqu'à présent il s'est toujours montré réservé quant à la publication de ses textes. Hormis de nombreuses interviews, seuls quelques fragments de textes isolés ont été publiés ici et là.

    Outre ses notes et extraits de journal écrits au fil des mots, trouvera-t-on des essais, des lettres, prises de positions et déclarations, manifestes, entretiens, conversations et dialogues.

    Les notes écrites de Richter accompagnent l'acte de peindre, elles le mettent en question et subissent même son correctif. Au lieu d'un texte anticipatoire et explicite, apparaissent une pensée synchrone et une réflexion ultérieure, raisonnée au sens le plus littéral du terme, où le réfléchir sur soi-même est le prolongement du doute.

    Comme nul autre artiste contemporain, Richter s'interroge sur le possible et l'impossible, sur la fonction et l'autonomie de l'art actuel.

  • La revue expérimentale et subjective dédiée à l'exploration des scènes artistiques à travers le monde fait escale à Paris et dresse un portrait décalé et distancié de la scène parisienne et française, à travers la restitution de groupes de travail et grâce aux contributions de 70 intervenants (artistes, collectifs, écrivains, curateurs, enseignants, étudiants, sociologues ou encore urbanistes), qui interrogent la notion d'auteur, d'expertise et la légitimité d'une scène artistique, du marché de l'art et d'initiatives plus audacieuses. Numéro intégralement bilingue français / anglais.

    Ce quatrième numéro de la revue Peeping Tom's Digest a pour particularité de prendre pour point de départ Paris, ville de résidence des membres de Peeping Tom. Pour conserver une distance nécessaire à l'égard d'une scène qui lui était familière, le collectif a privilégié les initiatives et les acteurs pour qui un certain recul (géographique, temporel, émotionnel, économique, idéologique, etc.) était choisi ou subi : étrangers vivant à Paris ou en résidence, Français basés à l'étranger, nomades et dromomanes de passage, initiatives situées en banlieue parisienne ou en province, le milieu étudiant, acteurs ayant quitté la scène artistique ou ayant une autonomie financière en dehors du monde de l'art, regard d'autres professions, pratiques isolées, transversales, inclassables, etc. L'ensemble des contributions questionne les notions de territorialité, d'appartenance et de cloisonnement et dresse un portrait, majoritairement en creux, de « la scène artistique parisienne ».
    La résidence du collectif au Cneai (Centre National Edition Art Image à Chatou en banlieue parisienne) entre 2014 et 2015, a permis la mise en place de cinq groupes de travail autour d'évènements, privés ou publics, venant alimenter la conception éditoriale du livre : diners, performance, table ronde, etc.
    Entièrement bilingue français / anglais, ce numéro réunit plus de 70 intervenants autour d'une quarantaine de textes et de contributions artistiques. Il est accompagné d'un poster rendant visible la généalogie et le fil conducteur de son élaboration ainsi que d'un supplément RURAL, spécial Limousin. Une extension en ligne présentera des contributions inédites.

  • Livre numérique constitué d'une série de 76 captures d'écran du projet de 2013 pd-extended 1, texte en aléatoire composé de typographies, d'images et de sons par le pionnier de la poésie numérique en France. Jacques Donguy, critique d'art, poète, traducteur (d'Augusto de Campos) et théoricien, fondateur de la galerie d'art contemporain J&J Donguy, pratique la poésie numérique et sonore, en collaboration avec Guillaume Loizillon, Laurent Mercier et Etienne Brunet. Il utilise l'ordinateur en faisant appel à des procédures aléatoires basées sur le hasard, ce qui renvoie à Mallarmé et à son Coup de Dés. Jacques Donguy est l'éditeur, avec Sarah Cassenti et Jean-François Bory, de la revue Celebrity Cafe.

  • Première édition critique des écrits de Lucio Fontana (1899-1968), figure incontournable de l'art italien des années 1950 et 1960, fondateur du spatialisme et auteur des Concetti spaziali (Concepts spatiaux), cette anthologie inédite réunit les manifestes, textes et entretiens de l'artiste. Chaque écrit est contextualisé par une introduction et annoté afin de donner au lecteur des clefs de compréhension.

    Cette édition est précédée d'un essai qui s'attache à analyser et à relire l'oeuvre de Lucio Fontana en mettant en dialogue sa part textuelle et ses réalisations plastiques dans la perspective de saisir la diversité de ses modes d'expression (peinture, sculpture, céramique, environnement) dans le contexte de la création européenne et américaine de la seconde moitié du XXe siècle.

  • On a beaucoup écrit sur le couple étonnant que formèrent les cinéastes Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Beaucoup trop. Trop de gloses, de références, de déférence. De seconde main.

    Loin des chapelles, des groupes, des clans, des revues de cinéphiles, j'ai voulu Straub/Huillet, non merci ? comme un acte au plus près d'une mémoire.

    C'est un livre apparemment narcissique, égocentrique, mais celui qui y dit « je » s'abrite derrière les masques du professeur, du poivrot, du clown lunaire, mélancolique et qui s'embrase au moindre souvenir.

    J'ai rencontré le couple au sortir de mon adolescence, juste après la découverte éblouissante de Chronik der Anna-Magdalena Bach. Une longue amitié naissait, non sans éclats multiples dus au frottement de nos caractères assez rudes. Longtemps, je me suis couché devant eux ; j'étais devenu « straubien » comme bien d'autres, mais mon instinct de survie m'a conduit à cette guerre de libération personnelle que raconte Straub/Huillet, non merci ?

    C'est - aussi - une déclaration d'amour posthume à Danièle Huillet, à sa beauté, sa force.

    Son sourire enfui.

  • La vaste enquête engagée par Judith Ickowicz dans Le droit après la dématérialisation de l'oeuvre d'art présente, à travers de nombreux cas, la rencontre féconde du droit et de l'art contemporain. Elle révèle la capacité créatrice des opérations juridiques et l'apport du droit dans le champ de l'art.
    Le droit est une technique dont les opérations marquent le jeu social, ses acteurs et les rapports qui les unissent. Il agit sur ces référents et les transforme avec ses outils : règles, procédures, concepts, systèmes de catégories. Il influence notamment les pratiques artistiques, qui peuvent aussi s'en inspirer.
    Le droit après la dématérialisation de l'oeuvre d'art conduit aux origines des notions modernes d'auteur et d'oeuvre et permet d'examiner la manière dont le lien juridique qui les unit se construit en revisitant les notions de personne, de chose, de propriété et d'autorité dont elles sont issues.
    En particulier, lorsque l'oeuvre d'art est dénuée de support physique, il devient nécessaire de construire une continuité, une concordance, entre un principe artistique fondateur et ses différentes « activations ». Comme le montre l'ouvrage, cette évolution historique de l'oeuvre d'art procède également du droit : le droit intervient dans le processus de création comme en témoigne, par exemple, l'intérêt des artistes pour le contrat.
    Le droit - le droit d'auteur, mais aussi le droit des contrats, le droit des biens, le droit des personnes - est ainsi repensé par Judith ickowicz comme un outil d'intelligibilité de la réalité sociale de l'art, un facteur de son évolution, un matériau directement expérimenté par les artistes et un instrument pour aller au-delà du droit.

  • Le XXe siècle a été le théâtre d'une recherche intense et plurielle dans le champ musical, remettant sur le chantier l'ensemble des normes qui structuraient et définissaient la nature même de la musique : du futurisme à la noise, en passant par l'improvisation, la poésie sonore, l'électroacoustique, la live electronic music, ou encore l'installation sonore, furent ainsi reconsidérés les rapports entre musique et bruit, musiciens et non-musiciens, à l'espace et au langage, les notions de forme et de temps musical, les modalités de la création sonore, tout comme sa relation avec le quotidien et les autres arts. Si l'expression « musiques expérimentales » a pu désigner durant la seconde moitié du XXe siècle - et plus particulièrement dans les pays anglo-saxons - les recherches effectuées principalement dans une filiation diffuse avec l'esthétique cagienne, elle semble aujourd'hui beaucoup plus large, embrassant toute pratique se développant sur le terreau fertile des expériences musicales du siècle dernier, mais aussi sous l'influence des musiques populaires.
    Les contributions réunies ici - écrits d'artistes, recherches universitaires ou essais critiques - ont valeur d'introspection de cette diversité, tout du moins d'une partie. Elles abordent tour à tour les notions d'expérience et d'indétermination, les rapports au bruit et au territoire, l'esthétique minimaliste et l'improvisation, le field recording, l'électroacoustique et l'électronique, l'approche conceptuelle, l'influence du metal, ou encore la place du son dans le champ de l'art contemporain, dessinant dans leur articulation les contours de ce que peut être l'expérience de l'expérimentation.

  • Stefan Banz rassemble des preuves et des documents jusqu'alors inconnus sur l'émergence, la disparition et la réception du célèbre readymade de Marcel Duchamp, Fontaine, et offre une perspective nouvelle sur cette oeuvre qui apparaît comme la plus importante du XXe siècle.
    Stefan Banz examine en détail les cinq différentes répliques de Fountain réalisées en 1918, 1938, 1950, 1963 et 1964. Cette oeuvre questionne la question de l'auteur et elle est posée pour la première fois dans l'histoire par des moyens artistiques.
    On découvre dans son étude que l'urinoir des deux photographies de Roché de 1918 n'est pas le même modèle que celui de la célèbre photographie de Stieglitz de 1917 : l'urinoir des photographies de Roché peut être clairement identifié à un modèle commercial, tandis que celui de la photographie de Stieglitz ne peut être identifié à aucun modèle industriel. Dans ce contexte, l'auteur propose également une nouvelle théorie sur l'origine réelle de cet urinoir qui est aujourd'hui considéré comme le célèbre « original » disparu de Fountain.
    On y trouve aussi des indices sur la raison pour laquelle Duchamp a signé cette oeuvre avec le pseudonyme R. Mutt.
    Les sources et les documents de cet ouvrage prouvent aussi que la proposition d'Irene Gammel, de Glyn Thompson et surtout de Siri Hustvedt concernant l'implication de La Baronne von Freytag-Loringhoven dans la conception de Fountain est plus qu'improbable.
    Curieusement c'est Francis Naumann, le plus célèbre spécialiste américain de Duchamp, qui s'est involontairement trouvé à la base de cette fausse nouvelle, en essayant, en 1994, d'améliorer le travail artistique de la Baronne dans son célèbre livre New York Dada 1915-23 (également par intérêt personnel, car il est aussi marchand d'art et possédait de nombreuses oeuvres de la Baronne). Il lui a attribué par exemple, comme co-autrice, le Readymade God de Morton Schamberg de 1917 (aujourd'hui au Philadelphia Museum of Art), qui représente en quelque sorte une réaction à Fountain.
    Quand Irene Gammel (qui a écrit une monographie sur la La Baronne von Freytag-Loringhoven) a lu ce texte en 2001, elle a poussé l'allégation jusqu'à à prétendre (sans avoir de preuve) que la Baronne pourrait aussi être l'auteur de Fountain de Duchamp. Et l'idée fait son chemin, reprise entre autres par la femme d'une superstar (Paul Auster), et la fausse nouvelle se répand sur Internet, appuyée par la vague de #metoo.

  • Le second numéro du livre-revue annuel de recherche dédié aux musiques expérimentales (au croisement des approches musicales et musicologiques, esthétiques, philosophiques, politiques et socioculturelles au sens large), autour de la question de l'expérimentation en musique (dossier dirigé par Matthieu Saladin) : articles de fond, textes de réflexion, documents, recensions critiques, comptes-rendus...

  • The first issue of the experimental music annual review. Dossier John Cage (headed by Matthieu Saladin): in depth studies and articles (Philip Gentry, Sarah Troche, Jean-Yves Bosseur, Xabier Erkizia, Seth Kim-Cohen, Michael Pisaro, Sophie Stévance, Mattin) and free reflection papers (Matthieu Saladin, Radu Malfatti, Toshiya Tsunoda, Jérôme Noetinger), documents, critical reviews and reports (Philip Thomas, Rob Haskins, Ivana Miladinovi´c Prica, Cyrille Bret)...

    1 autre édition :

  • Le quatrième Cahier Maurice Blanchot présente deux dossiers importants. Premièrement, renouvelant une collaboration qui remonte jusqu'aux années Gramma, ...

  • The two dancers and choreographers share and compare ideas and references that underpin their respective work.

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