La Decouverte

  • L'oeuvre de Frantz Fanon, psychiatre et militant anticolonialiste prématurément disparu en 1961 à l'âge de trente-six ans, a marqué depuis lors des générations d'anticolonialistes, d'activistes des droits civiques et d'intellectuels spécialistes des études postcoloniales. Depuis la publication de ses livres (Peau noire, masques blancs, 1952 ; L'An V de la révolution algérienne, 1959 ; Les Damnés de la terre, 1961), on savait que nombre de ses écrits restaient inédits ou inaccessibles. En particulier ses écrits psychiatriques, dont ceux consacrés à l'« aliénation colonialiste vue au travers des maladies mentales » (selon les mots de l'éditeur François Maspero dans sa préface à Pour la révolution africaine, recueil posthume de Fanon publié en 1964). Ce matériel constitue le coeur du présent volume de textes inédits, établi et présenté à la suite d'un long et difficile travail de collecte par Jean Khalfa et Robert Young.

    Le lecteur y trouvera les articles scientifiques publiés par Fanon, seul ou en collaboration, sa thèse de psychiatrie, ainsi que certains documents annexes et une sélection de textes publiés dans le journal intérieur du pavillon dont Fanon avait la charge à l'Hôpital de Blida-Joinville de 1953 à 1956. On y trouvera également deux de ses pièces de théâtre écrites à Lyon durant ses études de médecine (L'oeil se noie et Les Mains parallèles), la correspondance qui a pu être retrouvée ainsi que certains textes publiés dans El Moudjahid après 1958, non repris dans Pour la révolution africaine.

    La parution de ces Écrits constitue un véritable événement éditorial, par le nouveau regard qu'ils permettent de porter sur la pensée de Fanon autant que par leur portée toujours actuelle, dans le champ psychiatrique comme dans le champ politique.

    Édition établie et présentée par Jean Khalfa et Robert Young.

  • Partout dans le monde, des mouvements contestent l'appropriation par une petite oligarchie des ressources naturelles, des espaces et des services publics, des connaissances et des réseaux de communication. Ces luttes élèvent toutes une même exigence, reposent toutes sur un même principe : le commun.
    Pierre Dardot et Christian Laval montrent pourquoi ce principe s'impose aujourd'hui comme le terme central de l'alternative politique pour le XXIe siècle : il noue la lutte anticapitaliste et l'écologie politique par la revendication des « communs » contre les nouvelles formes d'appropriation privée et étatique ; il articule les luttes pratiques aux recherches sur le gouvernement collectif des ressources naturelles ou informationnelles ; il désigne des formes démocratiques nouvelles qui ambitionnent de prendre la relève de la représentation politique et du monopole des partis.
    Mais, selon les auteurs, le commun ne relève ni de l'essence des hommes ni de la nature des choses, mais de l'activité des hommes eux-mêmes : seule une pratique de mise en commun peut décider de ce qui est « commun », réserver certaines choses à l'usage commun, produire les règles capables d'obliger les hommes. En ce sens, le commun appelle à une nouvelle institution de la société par elle-même : une révolution.

  • Jomo Kenyatta, Aimé Césaire, Ruben Um Nyobè, Frantz Fanon, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Malcolm X, Mehdi Ben Barka, Amílcar Cabral, Thomas Sankara... Longtemps regardés avec dédain par ceux qui, au cours des trois dernières décennies, décrétèrent la mort du tiers-mondisme et le triomphe du néolibéralisme, ces noms reviennent aujourd'hui à l'ordre du jour. Avec l'atmosphère de révolte que l'on sent monter aux quatre coins du monde, ces figures majeures de la libération africaine suscitent un intérêt croissant chez les nouvelles générations.
    Constatant qu'ils sont trop souvent réduits à des icônes, Saïd Bouamama redonne corps et chair à ces penseurs de premier plan qui furent aussi des hommes d'action. Leurs vies rappellent en effet que la bataille pour la libération, la justice et l'égalité n'est pas qu'une affaire de concepts et de théories : c'est aussi une guerre, où l'on se fourvoie parfois et dans laquelle certains se sacrifient. L'auteur, pour autant, n'en fait pas des martyrs absolus : c'est pourquoi ce livre s'attache, avec beaucoup de pédagogie, à inscrire ces parcours dans leurs contextes sociaux, géographiques et historiques.
    À l'heure où l'on se demande comment avoir prise sur le monde, ce portrait politique collectif rappelle qu'il a toujours été possible, hier comme aujourd'hui, de changer le cours des choses.

  • Il est temps de rouvrir le futur. Et d'engager résolument la réflexion sur ce que peut être un monde libéré de la tyrannie capitaliste. C'est ce que propose ce livre, en prenant notamment appui sur les expérimentations sociales et politiques accumulées par l'insurrection et les communautés zapatistes, une « utopie réelle » de grande envergure.
    Pratiquer une démocratie radicale d'autogouvernement et concevoir un mode de construction du commun libéré de la forme État ; démanteler la logique destructrice de l'expansion de la valeur et soumettre les activités productives à des choix de vie qualitatifs et collectivement assumés ; laisser libre cours au temps disponible, à la dé-spécialisation des activités et au foisonnement créatif des subjectivités ; admettre une pluralité des chemins de l'émancipation et créer les conditions d'un véritable échange interculturel : telles sont quelques-unes des pistes qui dessinent les contours d'un anticapitalisme non étatique, non productiviste et non eurocentrique.
    En conjuguant un effort rare de projection théorique avec une connaissance directe de l'une des expériences d'autonomie les plus originales des dernières décennies, Jérôme Baschet s'écarte des vieilles recettes révolutionnaires dont les expériences du XXe siècle ont montré l'échec tragique. Il propose d'autres voies précises d'élaboration pratique d'une nouvelle manière de vivre.

  • Au moment ou certaines archives demeurées longtemps secrètes de la guerre d'Algérie s'ouvrent enfin et que les historiens font éclater de part et d'autre la vérité sur un conflit qui n'a pas encore révélé ses aspects les plus sombres, ce « classique de la décolonisation », publié pour la première fois en 1959 et sans cesse réédité reste d'actualité. Ce livre est né de l'expérience accumulée au coeur du combat, au sein du FLN. Car Frantz Fanon, né antillais et mort algérien (1925-1961), avait choisi de vivre et de lutter parmi des colonisés comme lui, en Algérie, pays du colonialisme par excellence. Texte militant, cet ouvrage fut aussi la première analyse systématique de la transformation qui s'opérait alors au sein du peuple algérien engagé dans la révolution. Ce texte, parmi les tout premiers publiés aux Editions Maspero, décrit de l'intérieur les profondes mutations d'une société algérienne en lutte pour sa liberté. Ces transformations, la maturation politique et sociale, ignorées par les colons alors qu'elles étaient justement les fruits de la colonisation et de l'humiliation, présidèrent pourtant largement au processus qui mena à la guerre d'Algérie, « la plus hallucinante qu'un peuple ait menée pour briser l'oppression coloniale ».

  • Georges Corm, dont les travaux sur le Proche-Orient contemporain et les rapports entre Europe et Orient sont devenus des références incontournables, propose ici une vision synthétique et vivante de l'histoire du Moyen-Orient depuis la plus haute Antiquité, c'est-à-dire bien avant l'apparition de l'islam. Il rappelle ainsi utilement ce qu'il appelle la " géologie des cultures ", ces différentes couches anthropologiques sur lesquelles l'Islam a bâti une des grandes civilisations de l'histoire de l'humanité. Le Moyen-Orient apparaît ainsi dans la diversité de ses patrimoines culturels, avec les ruptures et continuités entre les empires et les civilisations qui ont marqué son histoire.
    Pour mieux dépeindre la complexité de cette région du monde ouverte sur trois continents, l'auteur présente les " socles géographiques " sur lesquels se sont bâtis ces empires : le socle anatolien, le socle iranien et mésopotamien, le socle égyptien. Grâce à cette approche, il devient enfin possible de sortir des amalgames entre des peuples de langues différentes, mais en interaction permanente : Iraniens, Turcs et Arabes, aujourd'hui confondus dans la " nébuleuse islamique ". Enfin, les dynamiques malheureuses des rapports entre l'Occident et le Moyen-Orient, ainsi que la décadence de cette région depuis deux siècles, sont explicitées de façon claire et objective, prenant en compte les facteurs sociaux et économiques si souvent négligés dans la littérature sur l'islam et le monde musulman.

  • L'homme ou la femme moderne a tout aussi besoin que le citoyen de l'Antiquité d'apprendre à argumenter pour convaincre son interlocuteur ou son public, que ce soit dans sa vie professionnelle, dans son activité de militant associatif, ou dans le cercle de ses proches. Comme le rappelle ici Philippe Breton, l'acte de convaincre, distinct de celui d'expliquer ou de celui d'informer, a le pouvoir de faire évoluer l'opinion de l'autre et peut contribuer à changer les choses.
    S'inspirant des techniques mises au point par la rhétorique grecque et romaine, ce manuel pratique montre que l'efficacité peut aller de pair avec le respect de l'autre et celui de soi-même, et que la manipulation n'est guère efficace et même le plus souvent contre-productive.
    Réalisé à partir de l'expérience des formations à l'argumentation animées par l'auteur et construit autour de plusieurs dizaines d'exemples, cet ouvrage pose les grands principes du convaincre, puis développe étape après étape le « protocole de l'argumentation » permettant d'atteindre ses objectifs. Le livre se termine par des conseils concernant la prise de parole, l'élocution, la mémorisation.

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  • Cet ouvrage magistral, devenu un classique depuis sa première publication en 1993, rassemble plusieurs domaines jamais connectés jusqu'ici de l'histoire des sciences et de la politique. Il retrace à la fois l'histoire de l'Etat, des statistiques, des bureaux de l'administration et de la modélisation de l'économie, domaines dont le rapprochement ne s'est fait que très progressivement. Ainsi, la statistique, qui était au XVIIIe siècle la 'science de l'Etat', ignorait alors les probabilités : elles n'y ont été associées qu'au XIXe siècle. Au fur et à mesure que la 'politique des grands nombres' s'enrichit, elle brasse tour à tour les jeux de hasard, les risques de la vaccination, les assurances sur la vie, la fixation des tarifs douaniers, la fiabilité des jurys, puis, plus récemment, les effets catastrophiques des cycles économiques et les sondages d'opinion, dont l'auteur propose une analyse fort stimulante. En reconstituant les hésitations, les contingences et les controverses qui définissent la 'raison statistique', ce livre ne s'adresse pas seulement aux historiens des sciences, aux économistes ou aux spécialistes de science politique, mais veut ouvrir un débat avec le grand public ausculté par ces appareils statistiques.

  • Près d'un demi-siècle après la fin de son empire, la France demeure hantée par son passé colonial. Pourquoi une telle situation, alors que les autres sociétés postcoloniales en Occident travaillent à assumer leur histoire outre-mer ? Pour répondre à cette question, Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire ont décidé d'ausculter les prolongements contemporains de ce passé à travers les différentes expressions de la fracture coloniale qui traverse aujourd'hui la société française. Ils ont réuni, dans cette perspective, les contributions originales de spécialistes de diverses disciplines, qui interrogent les mille manières dont les héritages coloniaux font aujourd'hui sentir leurs effets : relations intercommunautaires, ghettoïsation des banlieues, difficultés et blocages de l'intégration, manipulation des mémoires, conception de l'histoire nationale, politique étrangère, action humanitaire, place des Dom-Tom dans l'imaginaire national ou débats sur la laïcité et l'islam de France... Les auteurs montrent que la situation contemporaine n'est pas une reproduction à l'identique du " temps des colonies " : elle est faite de métissages et de croisements entre des pratiques issues de la colonisation et des enjeux contemporains. Pour la première fois, un ouvrage accessible traite de la société française comme société postcoloniale et ouvre des pistes de réflexion neuves.

  • Certains mythes économiques ont la vie dure. L'idée du XXe siècle comme paradis du libre-échange, ou celle d'une prospérité de l'Occident bâtie sur le pillage des colonies confortent ainsi bien des enthousiasmes ou des indignations. Mais elles ont l'inconvénient majeur d'être totalement fausses. Paul Bairoch, spécialiste renommé de l'histoire économique, entreprend dans cet essai à la fois alerte et richement documenté de démolir une vingtaine d'idées reçues de la même veine, sans égard pour leur coloration idéologique.

  • Depuis la chute du Mur de Berlin, le système international est devenu une sorte d'énigme. Vit-on désormais dans un monde « post-bipolaire », « unipolaire » ou « multipolaire » ? Derrière ce flou terminologique se dissimule une continuité profonde : la prétention des plus « grands » de se partager le pilotage du monde. On retrouve aujourd'hui cet entêtement oligarchique dans les nouveaux « directoires du monde » que seraient le G8 puis le G20. La « diplomatie de connivence » est examinée ici dans son histoire, ses fonctions, et ses échecs, une manière d'explorer aussi la notion de « système international ».

  • Alors que la crise de 2007-2009 a révélé à tous les méfaits de la mondialisation et de la spéculation financière, rien ne change, malgré les dénonciations qui se multiplient de tous bords. Pour comprendre les racines de cette inertie mortifère des décideurs économiques et politiques mondiaux, l'auteur explore dans ce livre les mécanismes permettant la reproduction de cette « civilisation des affaires en déclin » (Robert Heilbroner).

  • Ce livre, devenu un classique depuis sa première édition en 1988, est d'abord une contribution à la discussion d'un des plus graves problèmes de notre temps : pourquoi, cinquante ans après la défaite du nazisme, trente ans après la décolonisation et la reconnaissance des droits civiques aux Noirs américains, le racisme est-il en progression dans le monde ? La thèse soutenue ici est qu'il ne s'agit ni d'un épisode, ni d'une survivance, ni d'un préjugé, mais d'un rapport social indissociable des structures mêmes de ce monde : le complément intérieur de l'universalisme « bourgeois ». Ce livre est ensuite un dialogue entre deux auteurs, historien et philosophe, américain et français, chacun représentant à sa façon un courant et une expérience de rencontre entre la recherche théorique et l'activité militante au cours des trente dernières années. D'un texte à l'autre, les divergences se redistribuent, les convergences se dégagent en vue de l'analyse des conflits sociaux de demain, dans l'espace de la politique-monde où la crise de la forme nation s'accompagne de la flambée du nationalisme. Enfin ce livre est une tentative pour avancer sur les questions qui ont été traditionnellement les points faibles de la conception marxiste de l'histoire, et qui peuvent devenir les points forts de sa refonte, après Braudel, après Althusser l'espace du capitalisme périphérique, l'idéologie dominante.

  • Ouvrage de base pour découvrir l'islam ou en approfondir sa connaissance, Qu'est-ce que l'islam ? propose un " parcours complet " de la religion musulmane. Si l'objet central de ce livre est bien le fait religieux islamique, il puise très largement dans l'histoire, la sociologie et l'ethnologie.

  • Désert de poussière, patrie de Nicole Kidman et de Rupert Murdoch, ou berceau de l'une des plus grandes traditions artistiques de l'humanité ? L'Australie n'est jamais exactement - ou jamais seulement -, telle qu'on l'imagine. Ce guide invite le lecteur à découvrir la réalité d'un pays caléidoscope, aux visages multiples et souvent inattendus. Désert de poussière, patrie de Nicole Kidman et de Rupert Murdoch, ou berceau de l'une des plus grandes traditions artistiques de l'humanité ? L'Australie n'est jamais exactement - ou jamais seulement -, telle qu'on l'imagine. Une île déserte ? C'est un pays dur, aride, mais aussi le royaume du surf et des promenades en forêts tropicales. Une petite Amérique ? L'Australie est l'alliée des États-Unis, mais son histoire la lie plus qu'intimement à la Grande-Bretagne. Un urbanisme ultramoderne ? On connaît les fronts de mer bordés de gratte-ciel, l'opéra de Sydney ; on connaît moins les marchés aux poissons, les quartiers asiatiques, les façades victoriennes et les jardinets des banlieues bien loties. Quant aux Aborigènes, que font-ils lorsqu'ils ne peignent pas ces toiles fabuleuses ? Qu'ont-ils vécu avant l'arrivée des colons, et depuis ? Ce guide invite le lecteur à découvrir un pays kaléidoscope, souvent surprenant.

  • Les arbres ont-ils le droit de plaider en justice ? Peut-on breveter les cellules d´un individu ? La couche d´ozone peut-elle être cotée en Bourse ? Ces questions apparemment surréalistes sont aujourd´hui au coeur des problèmes qui se posent au droit de l´environnement. Pour François Ost, on ne peut se satisfaire d´un débat technique entre juristes pour résoudre ces controverses. La crise écologique met en jeu toutes nos représentations de l´homme et de la nature. L´auteur renvoie dos à dos les thèses de l´humanisme abstrait à la façon de Luc Ferry, qui ne se donne pas les moyens de penser la complexité des rapports homme-nature, et celles de l´«écologie profonde », qui se coupe de toute possibilité d´agir rationnellement en sacralisant la nature. Il dénonce également les illusions de la régulation marchande de l´environnement et examine les questions de justice écologique à la lumière de la tradition philosophique, de Kant à Rawls et Hans Jonas. Au-delà de la nature-objet manipulable à volonté et de la nature-objet intouchable et sacrée, il plaide pour une nature-projet qui inscrit l´homme dans la complexité des interactions avec son milieu et définit une éthique de la responsabilité soucieuse de notre avenir commun. Au carrefour de la philosophie, de l´écologie et du droit, ce livre informé et engagé propose de nouveaux fondements pour une politique publique de l´environnement.

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