Charles Leopold Mayer - Eclm

  • Si certains problèmes sont difficiles à résoudre parce qu'ils sont complexes, d'autres sont difficiles à résoudre parce qu'ils sont trop simples. La crise climatique est un problème du deuxième genre : pour la résoudre, il suffit d'arrêter de brûler le carbone fossile, c'est-à-dire le pétrole, le gaz et le charbon, ces sources d'énergie qui ont alimenté l'économie mondiale depuis deux siècles.
    Une grande partie des instruments de la politique du climat ont été créés pour cacher la simplicité désarmante de ce fait, car la politique climatique est aussi une politique de puissance, le carbone fossile alimentant la croissance économique depuis des décennies. En conséquence, les opposants à une politique climatique efficace exercent une grande influence.
    Or si l'on peut agir sur l'activité économique, on ne peut changer les lois de la nature, et l'on doit de ce fait dessiner un monde avec moins de croissance.
    Marcel Hänggi se penche sur l'avenir de la politique climatique. Il réclame du courage pour l'utopie et davantage d'imagination sociopolitique.

  • La non-violence reste pour beaucoup assimilée à un pacifisme béat, à une posture molle, naïve et impuissante donc potentiellement dangereuse quand la mort et la haine ont déjà frappé. Pourtant, il semble aujourd'hui crucial de soumettre la réponse non violente à la discussion, ne serait-ce que pour éviter les risques de surenchère face à l'horreur des actions terroristes. En s'appuyant sur des matériaux divers, depuis les témoignages recueillis sur le terrain jusqu'aux recherches universitaires et aux rapports d'expertise, l'auteur s'attache d'abord à étudier les racines du terrorisme. Il interroge ensuite les dérives sécuritaires des États démocratiques (torture, recul de l'État de droit) qui ne vont pas sans risques dès lors qu'elles réalisent une partie du projet terroriste: déstabiliser durablement nos sociétés.
    Dans cette perspective, ce livre invite à ne pas céder à la peur, au mimétisme, à la collaboration avec la violence terroriste, mais plutôt à reconquérir notre pouvoir d'action contre la haine. La non-violence est-elle en mesure de fournir des propositions réalistes en contexte de crise ? Sans être LA solution, peut-elle réellement participer des solutions face à la radicalisation violente et le terrorisme ?

  • En 2011, le cigarettier Philip Morris intente une action en arbitrage contre l'État australien, après que le parlement a adopté une loi en faveur des paquets de cigarettes dits « neutres ».
    Ce litige, non encore résolu, a mis au jour un mécanisme peu connu du grand public : le règlement des différends entre investisseurs et États, permettant à une entreprise de porter un litige l'opposant à un État devant une juridiction privée.
    Cet ouvrage reviendra aux origines de l'arbitrage d'investissement, né notamment pour protéger les économies post-coloniales, pour en décrire ensuite le fonctionnement : quelles instances hébergent des tribunaux d'arbitrage ? Quels sont les textes juridiques qui le définissent ? Quels en sont les acteurs ?
    Cet instrument, présent dans de nombreux traités de libreéchange, est aujourd'hui utilisé à grande échelle et laisse craindre une remise en cause des politiques publiques par des multinationales. Démesure des sommes en jeu, opacité, conflits d'intérêt, tout indique qu'une réforme est nécessaire.
    Ajouter des clauses internes aux accords, qui introduisent des droits sociaux et environnementaux, renforcer la médiation et la conciliation, repenser l'équilibre entre les différents acteurs, faire évoluer le droit pour restaurer la supériorité des droits humains sur ceux des entreprises, créer des juridictions économiques internationales, sont autant d'alternatives qui devraient permettre de rééquilibrer le système.

  • Construction de lignes ferroviaires, rénovations urbaines, gestion de certains cours d'eau... de nombreux projets d'aménagement ou de politiques publiques locales sont aujourd'hui soumis à l'obligation de susciter un débat public, et de mettre en oeuvre un processus de concertation. Dans ce domaine, et notamment du fait d'incitations législatives (loi Grenelle II), le recours à des garants tend à se diffuser en France depuis quelques années chez les maîtres d'ouvrage que sont les entreprises publiques et les collectivités territoriales. Dans ces moments de dialogue, le garant est une personne chargée de veiller à la qualité du processus de concertation : transparence, équité, efficacité...
    Les pratiques montrent pourtant une grande diversité dans l'action des garants. Alors que certains se cantonnent à un rôle d'observateurs, la plupart sont des facilitateurs actifs, voire des médiateurs. Ils contribuent à élever le niveau d'exigence méthodologique et de transparence de la concertation.
    Cette « nouvelle figure » de la concertation pose question.
    Comment le garant est-il perçu par les participants aux concertations ? Comment préserve-t-il son indépendance ?
    Quelles doivent être ses compétences ? Et la question du garant renvoie aux imperfections de la concertation : risques de dévoiement, de manipulation, d'inefficacité... Comment y répond-on ? Par la loi ? Par la formation ? Par un tiers extérieur comme le garant ? Il s'agit avant tout de créer une confiance suffisante pour que puissent s'exprimer de façon constructive les désaccords sur le fond des projets et des politiques.

  • Un nouveau courant de l'économie prospère depuis le début des années 2000. À base d'expérimentations, il se propose de créer des modèles pour transformer la conduite des individus par la connaissance des biais qui régissent leurs comportements.
    L'apparente simplicité de ce «?nouveau comportementalisme?», qui prétend notamment changer le sort des populations les plus démunies, redore le blason terni de l'économie, ainsi présentée comme compréhensible, accessible et utile.
    Jean-Michel Servet déconstruit la rhétorique comme la pratique de ce mouvement qui représente, selon lui, non seulement une régression pour les sciences sociales, mais aussi une manière de discipliner les populations pour les amener à agir selon les dogmes d'une économie supposée efficace. Parce qu'il semble ignorer les origines culturelles et sociales des actions humaines, le nouveau comportementalisme perpétue des hypothèses fondamentales de l'orthodoxie économique, revue et corrigée par le néolibéralisme.

  • En 2011, la Commission européenne donne une nouvelle définition de la Responsabilité sociale de l'entreprise (RSE), comme relevant de la maîtrise par une entreprise de ses impacts. Cela constitue un véritable changement de paradigme vis-à-vis de la conception encore prédominante selon laquelle l'entreprise contribuerait à la société par la maximisation du profit, et par des actions philanthropiques volontaires (la RSE).
    Mais pour que cette nouvelle perspective soit effective, cela suppose - paradoxalement - d'en finir avec la RSE : celle-ci continue, en effet, à être envisagée de façon instrumentale et de manière séparée de la stratégie. Maîtriser ses impacts, sur des territoires et au long de chaînes de valeur aujourd'hui mondiales, suppose de définir et d'évaluer l'entreprise comme un commun : par la démocratisation de sa gouvernance et par sa capacité à préserver les biens communs mondiaux tant immatériels (le lien social, la souveraineté populaire) que matériels (le climat, la biodiversité et la qualité de l'eau et de l'air).

  • Le conflit est un phénomène sociétal normal dans la mesure où il résulte de la rencontre d'opinions et de positions opposées et incompatibles. Il devient problématique quand il génère de la violence mais sans cela, il a tout intérêt à émerger et à s'exprimer pour réclamer d'être traité. Pourtant, dans notre société, il est perçu comme un désordre illégitime et à ce titre, on lui applique un traitement sécuritaire et répressif. Si la priorité, quand le conflit explose, est certes de restaurer la sécurité pour tous, on ne peut se limiter à une telle action.
    Le propos central de cet ouvrage vise à décrire le conflit comme un phénomène social également porteur d'opportunités. Cette approche a été théorisée dans la littérature anglo-saxonne sous le nom de Conflict transformation. Il s'agit d'un long processus qui vise à transformer les relations et les structures à la base du conflit et invite à le percevoir comme une opportunité pour le changement social et à faire le deuil de la disposition sociale antérieure.
    Ainsi, ce livre cherche à construire un esprit critique, à poser les bases d'une disposition d'esprit propre à adopter une attitude constructive face aux conflits, à favoriser une posture d'ouverture et de créativité pour amener les changements sociaux qui permettront de construire un avenir commun apaisé.

  • Ce livre est une réédition de Parier pour la paix, du même auteur, publié en 2006. Le général Cot en a réactualisé le contenu, incluant l'analyse des conflits récents en Ukraine, en Afghanistan, en Irak ou en Syrie et l'émergence de Daesh.
    Il retrace son parcours de militaire ayant exercé de hautes responsabilités opérationnelles. Ce texte relève autant du témoignage personnel que de la réflexion abstraite. Avec une conviction communicative, l'auteur proclame sa foi en une utopie aussi vieille que la guerre : la paix du monde. La guerre, dit-il, n'est pas une fatalité mais un mode aberrant de résolution des tensions inévitables, voire nécessaires. Elle ne résulte pas de réactions en chaîne incontrôlables mais, le plus souvent, de la volonté délibérée de « fauteurs de guerres » qu'il faut identifier, dénoncer, condamner. À la base, des femmes et des hommes de plus en plus nombreux nourrissent et transmettent une véritable culture de paix. Au sommet, l'Onu reste malgré tout la seule instance légitime pour fédérer les efforts de tous les peuples afin que la loi du plus fort cesse enfin d'être la meilleure.

  • Derrière la crise et les doutes économiques et financiers sur l'avenir de l'Europe, se cache aussi une crise de la citoyenneté européenne. Les normes d'enseignement supérieur, les médias sociaux et les voyages à bas coûts auraient dû renforcer cette citoyenneté, mais dans les faits, nous sommes loin d'avoir créé les conditions nécessaires au développement d'un sentiment d'appartenance, et la distance réelle ou supposée entre la « bureaucratie » de Bruxelles et les européens ordinaires ne semble pas se réduire.
    Dans cet ouvrage, Tony Venables plaide pour une citoyenneté européenne à grande échelle, la seule pouvant rassembler une Union européenne composée de 28 États membres avec 24 langues officielles et une grande diversité en termes de taille, de structures institutionnelles et de performances économiques, où l'identification des intérêts communs devient plus problématique. Avec pour fondement l'égalité de traitement, la lutte contre toutes les formes de discrimination et une Charte des droits fondamentaux juridiquement contraignante, la citoyenneté européenne peut aider à prévenir les excès du nationalisme débouchant sur le racisme et la xénophobie.
    Une citoyenneté européenne plus active devrait permettre aux citoyens d'unir leurs forces par-delà les frontières et d'engager la responsabilité des gouvernements lorsqu'ils négocient dans les organisations internationales ou au sein de l'Union européenne.

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