Aubier (réédition numérique FeniXX)

  • Fournit une grille d'analyse critique des transformations en cours dans l'audiovisuel.

  • Aujourd'hui, le savoir humain est devenu capable de produire un grand discours cosmogonique particulièrement homogène dans sa forme et dans ses principes, dont nous voyons des fragments de plus ou moins grande ampleur paraître dans des ouvrages dont la qualité scientifique est incontestable : un grand discours cosmogonique qui, totalement rassemblé, enchaînerait successivement les récits de l'explosion primordiale qui donna le jour à l'univers, de la naissance de notre planète, de l'apparition de la vie, de l'émergence de l'homme et de l'origine du langage. La forme d'un tel discours n'est plus celle du mythe, mais celle du roman. L'auteur s'est prososé de dégager dans ses grandes lignes l'intrigue du roman cosmogonique et d'examiner les conditions formelles auxquelles doit satisfaire pour remplir sa fonction poétique c'est-à-dire de poser les fondements d'une poétique du discours scientifique.

  • La télévision réunit sur un même petit écran le forum et la foire ; le débat, le conte, la fête et le boniment ; le journaliste, l'auteur, l'animateur et le camelot. Ce serait une nouvelle agora si notre société pouvait se comparer à celle de l'antiquité. Mais le développement technique au service de puissantes industries de l'électronique et des télécommunications d'un côté, la démocratie bourgeoise redéfinie par l'État-providence de l'autre, forment un tout autre cadre dans lequel le média est né et continue de grandir. Les États initiateurs et régulateurs, les annonceurs intéressés, les industriels de la culture entreprenants se rencontrent dans une volonté commune de favoriser sa croissance. Pourtant chacun a des idées particulières sur son avenir. Enfin, contrairement à l'antiquité, ou même aux plus récentes pratiques sociales, la différenciation des genres n'est plus spatiale, mais temporelle. Le débat politique, le théâtre, le jeu, le marché ne se répartissent plus en différents lieux dans une ville, mais en différents moments dans une grille de programmes. S'ils restent clairement identifiés, ils sont tous contraints d'industrialiser leur fabrication pour répondre à la boulimie du flot télévisuel. L'Europe est atteinte par le virus de la communication, la télévision fait une poussée de fièvre : sa croissance est forte, les générations industrielles s'entrelacent, les modes de régulation se renégocient... Le média est au centre d'un débat plus passionné que réfléchi : État ou marché ? Information ou spectacle ? Éducation ou distraction ? Impérialisme américain ou protectionnisme ? Avant de répondre trop hâtivement à des questions trop simples, il est urgent de mieux penser la télévision.

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