Éditions Nota bene

  • Peut-on encore parler du roman français au singulier aujourd'hui ? Une recherche attentive sur les esthétiques principales ou singulières du roman dit de l'extrême contemporain permet de constater qu'aucune école ou aucun groupe ne domine l'univers romanesque, et qu'aucun mouvement n'impose profondément sa marque sur la scène littéraire. Cela ne signifie pas pour autant qu'il ne reste que des oeuvres disparates et qu'il soit impossible d'organiser une cohérence en arrêtant des corpus.
    Dans de tels cas, c'est moins chercher du côté d'un projet romanesque bien circonscrit que du côté de certaines pratiques transversales. Dans cet ouvrage collectif, le point de départ ne consiste pas à se demander si le roman conserve une pertinence en tant que témoin privilégié
    de la littérature aujourd'hui - cela semble relever de l'évidence -, mais plutôt à identifier ce qui lui confère cette légitimité.

    Cet ouvrage vise aussi à appréhender la notion de contemporanéité à partir de la littérature, du roman. Plus globalement, sans tenter d'offrir un vaste panorama du roman français d'aujourd'hui, son objectif consiste à mieux saisir la pertinence du roman grâce à un ensemble d'études conçues à partir d'axes précis (les idées, le réel, le jeu, le soi) sur les possibles du roman, qu'il adopte une forme fragmentée ou théâtralisée, qu'il préconise un savant collage ou un métadiscours narrativisé, qu'il puise abondamment dans l'autobiographie ou l'essai. Le postulat au fondement de cet ouvrage défend l'idée qu'il existe des romans français importants ou singuliers à notre époque et que nous devons les découvrir et mieux les comprendre.

  • Si la critique littéraire des dernières décennies a réaffirmé avec force la fonction politique de la fiction littéraire et réactivé la notion d'engagement à propos du roman, qu'en est-il des récits non fictionnels qui reposent sur le pacte autobiographique? Cet ouvrage cherche à identifier, à travers l'examen d'une série de textes se situant à la frontière de l'espace privé et de l'espace public, les points de rencontre entre les écritures de soi et des enjeux politiques de la littérature depuis la Seconde Guerre mondiale.

    En interrogeant la part politique des pratiques de subjectivation et des technologies de soi à l'oeuvre dans les écritures autobiographiques, les auteurs cherchent à aller au-delà des références explicites au bruit et à la fureur de l'histoire contemporaine. Quel rapport à la vie politique entretiennent les textes qui aspirent à la transparence d'un dire vrai, à ce que Michel Foucault appelait « le courage de la vérité »? En quoi l'écriture autobiographique, par sa fonction testimoniale, rend-elle lisibles les tensions idéologiques constitutives des subjectivités politiques? Comment le récit de soi contribue-t-il à accroître la puissance d'agir du sujet et sa capacité de résistance aux dispositifs oppressifs du pouvoir? Faisant la part belle à la littérature française contemporaine, ce collectif montre la diversité de stratégies d'élucidation de soi par lesquelles le sujet de l'écriture parvient à démêler le réseau de déterminations identitaires et s'efforce d'infléchir le tracé du devenir collectif.

    Avec des textes de Mathilde Barraband, Yves Baudelle, Bruno Blanckeman, Simon Brousseau, Anne-Renée Caillé, Nicole Caligaris, Éric Chevrette, Laurence Côté-Fournier, Jean-François Hamel, Barbara Havercroft, Élise Hugueny-Léger, Jean-Louis Jeannelle, Audrey Lasserre, Julien Lefort-Favreau, Pascal Michelucci, Joëlle Papillon, Pascal Riendeau, Anne Roche, Françoise Simonet-Tenant et Julie St-Laurent.

  • Maisons en ruine, villes labyrinthiques, hôtels miteux, squats, chantiers, baraquements et autres habitations précaires : dans de nombreux romans français et québécois du tournant du XXIe siècle, l'espace, considéré comme valeur de refuge, est remis en question. Ces fictions proposent différentes représentations d'une habitabilité malaisée de l'espace alors que leurs personnages sont tiraillés par divers désirs de retranchement, d'égarement, de fuite ou de destruction.
    Par quels procédés descriptifs et narratifs, par quelles figures et configurations se noue cette mise en scène d'un espace insaisissable où les lieux et les personnages apparaissent poreux, où les frontières sont perméables et où la perception spatiale est remise en question ? Dans cet essai, Marie-Hélène Voyer propose de définir cette poétique de l'espace incertain qui traverse les romans contemporains tant en France (Éric Chevillard, Marie NDiaye, Christian Oster, Marie Redonnet, Pierre Senges) qu'au Québec (François Blais, Nicolas Dickner, Karoline Georges, Bertrand Laverdure, Catherine Mavrikakis et Gaétan Soucy).
    Les représentations de l'espace incertain dans les romans actuels témoigneraient vraisemblablement d'un monde en déficit d'autorité, reposant sur la labilité des frontières et des cadres spatiaux-temporels, ainsi que sur la volatilité de la mémoire et de la perception.

  • Malgré une oeuvre conséquente, dense, exigeante, Hélène Lenoir reste encore pour une part dans l'ombre de plusieurs figures de proue de la littérature contemporaine. Pourtant, son travail romanesque sur l'univers familial, la parole, les affects ou la représentation des femmes, pour ne parler que de ces aspects, mérite à plus d'un égard la réflexion critique pour que soit enfin reconnue une écrivaine qui n'a cesse, par son inventivité formelle et la complexité des imaginaires qu'elle déploie, de questionner ce qui constitue notre temps présent et d'y donner sens au quotidien comme dans ses ramifications intimes ou collectives. C'est à oeuvrer dans cet espace critique encore peu investi et à le baliser que s'emploie cet ouvrage collectif. Les contributions qui le composent constituent toutes à leur manière une invitation à découvrir et à explorer une oeuvre riche dont les multiples facettes sont autant de manières de rendre visibles nombre d'aspects discrets et douloureux, effectifs et cachés, présents et impensés, de nos propres intériorités.

  • La nouvelle québécoise a connu un âge d'or à la fin du XXe siècle, le temps d'une décennie flamboyante qui l'a propulsée à l'avant-plan de la production littéraire. Quel héritage cette période a-t-elle laissé à cette pratique ? Quels déplacements, quelles transforma¬tions a-t-elle connus au tournant du XXIe siècle ? À travers l'étude d'une vingtaine de recueils de nouvelles parus entre 1995 et 2010, le présent ouvrage propose des lectures approfondies, de façon à sortir du cycle des réceptions immédiates et des rapides commentaires critiques qui restent en surface de ces propositions littéraires complexes.

    S'y retrouvent notamment côte à côte Les aurores montréales de Monique Proulx, Cet imperceptible mouvement d'Aude et Celle qui marche sur du verre de Christiane Frenette, oeuvres imposantes de la période, de même que des nouvellistes aussi différents et fascinants que Gaëtan Brulotte, Guillaume Corbeil, Louise Cotnoir, Michael Delisle, Suzanne Jacob et Sylvain Trudel. Un tout autre portrait de la littérature québécoise contemporaine en émerge, celui d'une pratique renouvelée et vive.

  • Poèmes en prose, rêveries de voyage, méditations imaginaires ou méditations littéraires parfois accompagnés de photographies ou de peintures, les ouvrages de l'écrivain contemporain Gérard Macé construisent une oeuvre spéculaire : à la fois oeuvre de pensée et écriture en miroir où les mots, les motifs et les images se dédoublent.



    L'oeuvre de Gérard Macé se fonde sur un métis- sage culturel et formel faisant de l'auteur un poète-colporteur et un chineur d'images ; elle entrelace les cultures et les arts, les livres réels et les livres rêvés pour mieux interroger la notion de « genre » et pour apprivoiser une voix du texte et une voix intérieure.



    Ces enchevêtrements génériques et artistiques donnent à entendre la pensée d'un écrivain et photographe soucieux de lier son art à une esthétique de la brièveté. Dépassant le cadre du récit d'une expérience mémorielle et d'une fascination pour les images, cette quête esthétique révèle la singularité d'une poétique étroitement liée à une éthique :

    une oltracuidansa poetica qui nous permet d'inventer notre rapport au monde en acceptant le monde tel qu'il est.

  • Est contemporain ce qui n'appartient qu'à aujourd'hui. Si tenter de cerner ce qui fait la singularité de la production littéraire contemporaine peut sembler un exercice qui est vite suranné, s'engager dans une réflexion sur l'actualité de la littérature constitue pourtant un défi important : il appelle une cartographie, fondée sur une transformation d'un repère temporel en une compréhension de ses enjeux. Cette quête d'un sens pour la période contemporaine suscite une variété de propositions, un foisonnement qui génère une perspective diffractée : les oeuvres évitent ainsi d'être hâtivement associées à des catégories ou à des étiquettes qui limiteraient leur lecture.

    C'est à cette diffraction des lectures que se sont prêtés les collaborateurs de cet ouvrage collectif. Études d'oeuvres singulières (Michon, Jourde, Millet, Houellebecq), approches transversales
    du contemporain - ses genres (policier, roman, dramaturgie, poésie), ses pratiques (quelle autorité narrative dans la prose ? où sont les groupes d'écrivains ?) -, les chapitres de cet ouvrage examinent la prétendue case vide du discours critique sur la littérature actuelle et apportent,
    à leur façon, de nouveaux éclairages sur les oeuvres d'aujourd'hui.

  • En dépit de l'hétérogénéité des pratiques et des esthétiques, la cartographie de la production narrative contemporaine à laquelle s'emploie la critique depuis quelques années met au jour des modalités inédites d'instauration et de contestation du pacte romanesque. Toute l'adhésion au raconté se trouve ainsi délibérément mise en procès dans le roman contemporain, au gré de formulations diverses qui touchent tant les propositions thématiques que leurs expressions figurales.



    Peut-on tenter de systématiser les mécanismes qui engagent une telle problématisation de la transmission narrative ? Dans cette perspective, et afin d'approfondir l'examen des modalités formelles du paradigme narratif, la question est étudiée sous divers angles théoriques par une vingtaine de chercheurs du Québec, du Canada, de la France et des États-Unis. L'étude de romans parus depuis 1990 permet d'explorer la diversité des stratégies qui réinventent la transmission narrative en jouant de la séduction d'une voix, de la déstabilisation de l'autorité narrative, ou de la déconstruction plus ou moins subreptice de l'adhésion.



    Avec des textes de : René Audet, Yves Baudelle, Bruno Blanckeman, Emmanuel Bouju, Jean-François Chassay, Robert Dion, Frances Fortier, Bertrand Gervais, Barbara Havercroft, Pierre-Luc Landry, Francis Langevin, Andrée Mercier, Jean Morency, Warren Motte, Christine Otis, Marilyn Randall, Pascal Riendeau, Pierre Schoentjes, Phillip Schube-Coquereau, Nicolas Xanthos.

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