Nathalie Kouamé

  • Dès l'arrivée au Japon du jésuite navarrais François Xavier (1549), le premier missionnaire chrétien à avoir foulé le sol nippon, le dialogue engagé entre les membres de la Compagnie de Jésus et les Japonais révéla surtout la distance culturelle qui séparait alors l'Orient de l'Occident : assurément, les peuples de ces deux extrémités de la terre avaient des conceptions différentes des origines du monde, des êtres divins et de la vie dans l'au-delà. Dépourvus de toute force militaire, et ne pouvant avoir recours qu'à la « suave pression de la volonté » promue à l'époque par Bartolomé de Las Casas, les premiers évangélisateurs du pays du Soleil levant durent multiplier leurs efforts pour faire la « conquête spirituelle » d'une nation libre et soucieuse de préserver ses traditions. Cet essai propose une lecture inédite des vingt premières années du « siècle chrétien » de l'histoire du Japon. En se fondant sur des sources européennes et japonaises de première main, l'ouvrage propose une analyse approfondie de l'installation dans l'archipel des missionnaires chrétiens, du contenu de leurs conversations et débats avec les Japonais, et des réactions de ces derniers à l'égard de la nouvelle religion étrangère. Ce faisant, le livre offre un exemple significatif des difficultés du processus de mondialisation qui s'est enclenché à partir des XVe et XVIe siècles sous la férule des conquistadors, des marchands et des missionnaires. Avec une préface de Claude Prudhomme. Nathalie Kouamé est professeur à l'université Paris Diderot Paris 7 où elle enseigne l'histoire de l'Asie orientale et de ses religions. Elle a fait de longs séjours d'études dans diverses régions du Japon (Kansai, Shikoku, Kantô, Kyûshû) et a enseigné la langue et la civilisation japonaises pendant une quinzaine d'années à l'INALCO. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le Japon ancien et a dirigé Historiographies d'ailleurs. Comment écrit-on l'histoire en dehors du monde occidental ? aux éditions Karthala (2014).

  • Quels rapports les sociétés humaines entretiennent-elles avec leur passé et quels récits font-elles du temps révolu ? Pour ce premier volume de l'Encyclopédie des historiographies. Afriques, Amériques, Asies, 157 spécialistes représentant 88 institutions académiques en France et dans le monde explorent l'univers des productions humaines qui constituent des sources pour l'historien et déchiffrent les nombreuses modalités (« scientifiques », littéraires, artistiques, monumentales...) de l'écriture du passé. Évoquant tour à tour l'Afrique, l'Amérique latine, l'Asie, l'Océanie, les 216 notices de l'ouvrage présentent des matériaux historiques de toute nature, issus de toutes les époques, souvent méconnus, ainsi que l'histoire de leurs usages. L'entreprise collective qu'est l'Encyclopédie se veut novatrice : il s'agit de susciter une réflexion historiographique résolument non-occidentalo-centrée qui complète utilement les démarches épistémologiques traditionnelles. Nouvel outil de connaissance historique forgé à l'heure de la mondialisation, l'Encyclopédie des historiographies est aussi une véritable invitation au voyage.

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