Langue française


  • Les transformations des rapports entre politique et religion ont été généralement pensées sur le modèle d'une séparation progressive entre les deux sphères, tendue vers l'autonomisation du politique conçue comme une conquête. Le religieux a été considéré comme un résidu, un enclos dont l'évolution de la société finirait, croyait-on, par avoir raison, avec une inégale lenteur au Nord et au Sud de la Méditerranée.


    D'un même mouvement, l'islam tend à être réduit à un invariant transhistorique, dans lequel politique et religion seraient fusionnés depuis l'origine. La Méditerranée, au Nord et au Sud, au Moyen Âge et à l'époque contemporaine, constitue un espace privilégié d'observation et de critique de ces représentations, devenues sens commun.

    />
    Les contributions réunies dans cet ouvrage (sept médiévistes, un moderniste, six contemporanéistes) conduisent à écarter l'image traditionnelle d'un Moyen Âge uniformément dominé par la sphère religieuse, et mettre en question la sécularisation comme mode d'explication systématique des transformations observées depuis le XVIe siècle.


    L'accent a été mis sur la pluralité des rapports entre politique et religion, sur le bourgeonnement des formes du religieux (piété, dévotion, sainteté, théologie, réflexion sur l'économie et sur l'État), puis sur l'intrication de ces deux sphères, que l'émergence du politique moderne, toujours en mouvement, conduit moins à séparer qu'à rendre de plus en plus asymétriques.


  • Comprendre la complexité de l'organisation de la Méditerranée médiévale impose de dépasser la logique de confrontation de blocs conçus de manière trop monolithique, dans une approche comparatiste associant spécialistes de Byzance, de l'Islam et du monde latin. C'est ce que permet l'analyse en terme de réseaux, entamée dans un premier volume qui s'était attaché à décrire les configurations que pouvaient prendre, à différentes échelles, ces réseaux méditerranéens. Ce deuxième volume, résultat de séminaires tenus à la Sorbonne entre 2005 et 2007, met l'accent sur la phase cruciale que constitue la genèse des réseaux, afin d'en saisir les logiques, les motivations, les mécanismes. Les douze contributions rassemblées permettent ainsi de s'interroger à la fois sur les circonstances de leur création, sur les acteurs à l'origine de ces constructions réticulaires, et sur les objectifs, conscients ou non, qui expliquent l'émergence de nouveaux réseaux. Deux modalités essentielles paraissent ainsi se dégager des nombreux exemples pris à la fois dans le contexte de la chrétienté latine, du monde byzantin et des pays d'Islam : celle de réseaux pensés
    a priori
    , résultant d'une volonté de création, et celle de réseaux spontanés sans projet préalable. Toutefois, cette distinction fondamentale ne saurait résumer à elle seule toute la richesse et la complexité des phénomènes réticulaires déployés à travers la Méditerranée au Moyen Âge, qui contribuent à en façonner l'organisation politique, économique, sociale, mais aussi culturelle.




  • Les contributions rassemblées abordent les identités collectives vécues, avec le souci de faire resurgir des fragments d'un passé pluraliste, fut-il conflictuel. Elles traitent des groupes englobés dans le cadre de la conquête arabe - chrétiens du Maghreb, Berbères -, de groupes isolés, comme les chrétiens arabes de la Péninsule ibérique, les Maltais ou les juifs arabophones de la Sicile médiévale. L'ensemble des contributions met l'accent sur le caractère indissociable du couple identité/altérité, de même que sur l'identité comme lieu de tensions et de souffrance.

empty