La fabrique éditions

  • À partir du 22 février 2019, des millions d'Algériens ont occupé des mois durant, chaque vendredi, les villes du pays pour réclamer le départ du régime. Ce hirak (mouvement) est sans précédent historique : on n'a jamais vu la majorité de la population d'un pays manifester ainsi pacifiquement pendant des mois pour exiger une authentique démocratie.
    Réunissant des contributions de journalistes et professionnels algériens ayant participé au mouvement, ainsi que celles de spécialistes du pays, algériens et français, ce livre rend compte de cette extraordinaire ébullition. Il montre en quoi les mots d'ordre du hirak ont révélé la remarquable lucidité du peuple : ils disent comment le régime est dirigé par une coupole mafieuse, réunissant autour du partage des circuits de corruption les chefs de l'armée et de la police politique, cachés derrière une façade politique civile sans aucune autonomie.
    Après avoir rappelé les raisons profondes du soulèvement, les auteurs restituent ses multiples facettes, l'inventivité et l'humour des manifestants et manifestantes, la place essentielle des jeunes et des femmes ou la revendication centrale de parachever la libération nationale de 1962. Sans négliger le rôle de la presse et des réseaux sociaux, ni les réactions à la répression policière. Analysant enfin les effets du hirak au sein du pouvoir, ainsi que les réactions des grandes puissances, cet ouvrage apporte des clés essentielles pour comprendre l'un des plus puissants mouvements sociaux de l'histoire moderne.

  • Le mot "peuple" a tant de sens différents qu'un danger en découle : celui de le ranger dans le vaste ensemble de mots en caoutchouc qui servent avant tout au maintien de l'ordre existant. Et de fait, certains usages du mot - comme le jugement et l'envoi en prison "Au nom du peuple français" - peuvent justifier une telle méfiance.
    Mais les textes réunis dans ce livre montrent que "peuple" reste un mot actuel depuis l'article 35 de la Déclaration des droits de 1793 ("Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs").
    Le peuple dont la représentation est si problématique (Didi-Huberman), le concept à géométrie variable de "classes populaires", de "peuple" ou de "travailleurs" (Bourdieu), la façon vicieuse d'amalgamer l'idée même de peuple démocratique à l'image de la foule dangereuse (Rancière), la façon dont les éléments réputés constitutifs du peuple ne font sens qu'au moment où se dessine un extérieur au peuple (Khiari) : tels sont quelques-uns des thèmes développés par les auteurs de ce livre, avec pour point commun de résister au découpage/démontage/destruction de la notion toujours subversive de peuple.

  • Mona ; " L'argument du voile "symbole d'oppression des femmes", je pose la question : oppression pour qui ? Pas pour moi. Je suis libre de mes choix, et si j'ai choisi de porter le foulard, c'est une expression de ma liberté ." Nadjer : " A peine arrivée, quand ils m'ont vue avec mon voile, ils m'ont dit que la place était prise ". Malika : " Elle s'est exclamée "Vous comptez donc trouver un emploi avec ce que vous avez sur la tête ? Je me suis levée, je lui ai rappelé les lois de la république ." Khadidja : " Notre exclusion était à l'ordre du jour, et je voyais des militants des Verts ou des JCR, ou même des féministes, qui me psychanalysaient ou qui faisaient de l'exégèse du Coran ! "
    Ce livre ne traite pas de "la question du voile". Les trois personnages qui l'ont conduit - dont deux sont des femmes voilées - n'ont pas cherché à mener une enquête sociologique. On pourrait même dire, au contraire : celles qui parlent ici ne sont pas des objets d'étude, mais des sujets - il n'y pas de féminin à ce mot. Elles peuvent être drôles et insolentes, elles peuvent être en colère ou découragées, mais de témoignage en témoignage, au-delà de la diversité des tempéraments, des origines sociales, des contextes familiaux, des itinéraires spirituels et des parcours scolaires et professionnels, ce qui relie toutes ces filles et ces femmes, c'est l'expérience intime et violente de la stigmatisation.
    Pierre Tevanian enseigne la philosophie à Drancy. Il coanime le collectif "Les mots sont importants" (www.lmsi.net) et a publié plusieurs livres, dont LeDictionnaire de la lepénisation des esprits (L'Esprit frappeur. 2002), Le Ministère de la peur (L'Esprit frappeur, 2004), Le Voile médiatique (Raisons d'agir, 2005) et La République du mépris (La Découverte, 2007). Ismahane Chouder Ismahane Chouder est membre du collectif « Une école pour tou-te-s » et anciennement vice-présidente du collectif des « Féministes pour l'Égalité ». Elle a par ailleurs contribué à l'ouvrage collectif Le Livre noir de la condition des femmes (XO Editions, 2006). Malika Latrèche Malika Latrèche s'investit dans « Une école pour tou-te-s » et défend les mamans exclues des sorties scolaires. Depuis octobre 2006, elle co-préside le collectif des « Féministes pour l'égalité ».


  • Ce livre, où il est question de poésie, réunit des écrivains qui ont en commun de ne pas trop aimer qu'on les traite de poètes. Qui plus est, il sort dans une maison d'édition qui n'a jamais publié
    de poésie. C'est que dans leur grande diversité, les écritures de celles et ceux qui ont accepté de participer au projet ont un trait commun : elles sont hantées par la politique. Non qu'elle en soit le thème explicite, sauf exception - mais alors, où se loge-t-elle ? Moins dans un style que dans un effort pour renouveler la construction, l'agencement et les enjeux du livre, et de ce qui, au-delà même de l'objet livre, poursuit l'analyse critique de nos mondes. La poésie ici envisagée est une opération pratique, concrète, où l'on pense l'art comme un acte - individuel certes - mais aussi comme un lieu public, une scène ouverte.

  • De toujours la psychanalyse a suscité méfiance et rejet, et les tentatives d'arraisonner cette pratique singulière et dérangeante n'ont pas manqué au fil de l'histoire.
    L'article 52 de la loi du 9 août 2004, qui réglemente l'usage du titre de psychothérapeute, a franchi un pas : en incluant les psychanalystes, cette loi sert de cheval de Troie à la logique des évaluations, des garanties d'Etat et à l'idéologie du risque zéro, pour envahir le champ psychanalytique. Loin des insipides controverses "pour ou contre la psychanalyse", ce livre propose un état des lieux du mouvement psychanalytique et une réflexion sur ce qui fait la singularité et la richesse de l'expérience analytique.
    L'ambition des auteurs - qui en 2004 ont été, avec quelques autres, à l'origine du Manifeste pour la psychanalyse est de créer un espace politique pour que l'impact insurrectionnel de la découverte freudienne et de sa refonte lacanienne ne soit pas perdu, mais au contraire revivifié à l'aune des impasses de nos civilisations, qu'elles soient déclinantes ou émergentes.
    Sophie Rouillé, psychanalyste à Paris, est membre de la lettre lacanienne, une école de la psychanalyse et du comité de rédaction de la revue Essaim. Pierre Bruno, psychanalyste à Paris. est membre de l'Association de psychanalyse Jacques Lacan. A créé et dirigé la revue Barca ! (poésie, politique, psychanalyse), puis dirigé la revue Psychanalyse. Vient de publier Lacan passeur de Marx (Erès, 2010). Franck Chaumon exerce la psychanalyse à Paris. Il anime l'association Pratiques de la folie. Parmi ses publications: Lacan. La loi, le sujet et la jouissance(Michalon, 2004). Guy Lérès pratique la psychanalyse à Paris, il est membre de la lettre lacanienne, une école de la psychanalyse. Michel Pion, psychanalyste à Paris, est membre du comité de rédaction de la revue Essaim et de La Quinzaine littéraire.

  • Jamais l'Europe n'aura été aussi présente dans le débat public. Depuis 2009, pas un mois ne passe sans que le spectacle mélodramatique des déchirements et réconciliations entre gouvernements et institutions de l'Union ne connaissent de nouveaux rebondissements. Tandis que la région s'enfonce dans la récession et la désespérance sociale, partisans et adversaires de l'austérité s'affrontent, faisant de cette querelle macroéconomique la question principale. Paradoxalement, au-delà des péripéties institutionnelles et du constat de l'enlisement économique, le problème de savoir ce qu'il advient de l'Europe et de ses peuples demeure terriblement obscure. L'objet Europe est certes difficile à saisir, protéiforme et instable, mais cela rend d'autant plus nécessaire d'ouvrir la boîte noire. Ce livre propose ainsi de faire un pas de côté par rapport au torrent des événements pour comprendre la crise et expliciter ses enjeux. Les textes réunis engagent de front une discussion devenue inévitable sur le projet européen dans sa globalité. Sociologue, économiste, anthropologue ou politiste, chacun des auteurs intervient pour en éclairer un aspect jusqu'alors sous-jacent mais rendu saillant par l'onde de choc de la première grande crise capitaliste du xxième siècle.
    Sous la direction de Cédric Durand. Avec les contributions de Dimitris Dalakoglou, Costas Lapavitsas, Razmig Keucheyan, Stathis Kouvelakis et Wolfgang Streeck.

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