Catherine Kintzler

  • La collection Chemins Philosophiques a pour objet de favoriser la compréhension
    de notions et d'étayer la réflexion philosophique. Chaque ouvrage offre un
    traitement cohérent et complet de la problématique par le biais de deux
    approches complémentaires de la notion concernée : un exposé de l'enjeu
    philosophique et des principales articulations théoriques de la notion, suivi
    d'une présentation de textes accompagnés d'un commentaire. Ces deux parties
    permettent ainsi au lecteur de saisir la complémentarité de la réflexion
    philosophique contemporaine et de la tradition philosophique.

  • Un peuple souverain qui renoncerait aux savoirs et à l'exercice de la raison abdiquerait sa liberté. Pourtant, répandre « les lumières », n'est-ce pas produire et creuser des différences ? Comment faire alors pour que l'instruction soit source d'équité et de fraternité ? La solution est juridique : faire de l'instruction un organe de l'État républicain ; la distinction des talents y sera la forme la plus haute de l'égalité. Si une telle évidence est devenue pour nous un paradoxe, c'est que nous avons oublié Condorcet. Il fallait arracher le linceul, découvrir une pensée forte, courageuse, moderne, et libre.

  • Si la comparaison peinture/musique, vision/audition, est courante, en revanche il n'existe pas de réflexion théorique qui, en les comparant, fasse appel à des spécialités aussi différentes que l'esthétique philosophique, l'histoire des sciences, l'histoire de l'art, la logique, l'iconographie, la psychosociologie, la théorie musicale, la théorie littéraire. Penser la vision et l'audition, penser la peinture et la musique sont des opérations corrélées mais pas nécessairement dans le sens qu'on pourrait croire : car peinture et musique sont autant révélatrices et constitutives d'une théorie de la vision ou de l'audition que conditionnées ou constituées par elles. Ainsi la circularité entre le moment épistémologique et le moment esthétique méritait d'être examinée pour elle-même. Un tel examen supposait qu'on récuse la logique du spectaculaire figée sur la polarité entre l'agent et l'objet exhibé. Il réclamait la convocation conjointe de différentes disciplines. Des objets et des questions apparemment disparates : théories de la perception, problème de l'autoréférence picturale, iconographie, relation entre oreille et timbre, relation entre écoute musicale, surdité et désir, problème de la correspondance des arts et de leur extériorité - analysés de ce point de vue trouvent leur profonde homogénéité par l'élaboration d'une thèse qui leur sert de foyer d'intelligibilité. C'est que peinture et musique ne sont pas réductibles à des produits de la pensée ; elles sont des lieux où non seulement la pensée se révèle, mais aussi où elle se construit, parce qu'elles fonctionnent comme les opérations d'une réforme (au sens que Bachelard donnait à ce terme) qui, en déstabilisant la tranquillité du regard et de l'écoute, montre et fait résonner ce qui, invisible et inaudible, ne saute ni aux yeux ni aux oreilles, mais que cependant on aurait toujours dû voir et entendre.

  • La danse, devenue art autonome au tournant du xxe siècle, confronte la pensée esthétique à ses propres limites ; elle remet en question le rapport moderne qui lie l'art et ses genres, et la prédominance du modèle de l'oeuvre pour penser l'expérience artistique. La danse serait-elle le paradigme esthétique du xxe siècle, c'est-à-dire la voie incontournable pour accéder aux problèmes philosophiques que pose l'art dans son évolution ? L'émergence de la danse contemporaine est directement liée à la conquête d'un geste libre. Le geste dansé s'affranchit des formes conventionnelles qui s'imposaient à lui et le réglaient auparavant dans la tradition du ballet classique. L'improvisation est un moment crucial dans cette mutation, dans la mesure où elle n'est plus seulement une variation sur des schémas préexistants mais trouve désormais une valeur constituante. Le geste semble procéder de lui-même, ne provenir de rien, dans une sorte de miracle qu'il faut interroger. Le présent livre questionne la danse, sous sa forme contemporaine, dans une perspective non dogmatique. Il ne s'agit pas d'appliquer à la danse des catégories toutes faites et forgées en dehors d'elle, mais de construire les modalités d'un questionnement ancré sur les formes multiples et concrètes de son devenir. Le parcours théorique, qui réunit philosophes et artistes, envisage le geste dansé sous l'angle de son effectuation, de son expressivité, et de son rapport conflictuel à l'oeuvre chorégraphique comme fixation paradoxale de l'éphémère.

  • À l'heure où les idéaux de la laïcité ne font plus l'unanimité, des intellectuels s'interrogent sur le sens qu'il faut donner à cette dernière afin qu'elle ne verse pas dans un intégrisme antireligieux. Objet d'un bon nombre de malentendus, ce concept, fantasmé, Loué, brandi comme un étendard, nous renvoie finalement à une ignorance : qui sait ce qu'est exactement la laïcité ?
    Intraduisible, le terme de « laïcité » ne connaît pas d'équivalent à l'étranger sous la forme qui prévaut en France. Son champ d'application - essentiellement politique - peut-il éviter une ingérence que d'aucuns qualifient d'abusive au sein du domaine de la foi ? Comment gérer une crise identitaire au sein d'un monde de plus en plus multiculturel et interreligieux ? Le rabbin Gabriel Hagaï, le dominicain Frère Emmanuel Pisani, l'imam Ghaleb Bencheikh et la philosophe athée Catherine Kintzler, interviewés par Sabine Le Blanc, s'efforcent de dépassionner le débat en le ramenant à un impensé de la laïcité : l'ignorance quasi collective des Français en matière de culture religieuse... Savons-nous de quoi nous parlons quand nous nous érigeons contre « les religions » ? Y a-t-il un judaïsme, un christianisme, un islam, ou plusieurs courants propres à chaque religion ? De même, faut-il parler d'« une » laïcité ou de divers champs d'application de la laïcité ? Si l'allergie à la laïcité comme aux religions ne semble plus faire recette, c'est que le temps de la connaissance du religieux et de possibles champs d'interprétation des religions au-delà du religieux est peut-être venu.

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