Bruno Doucey

  • " La valise serrée contre ses jambes, il avait laissé ses pensées prendre le large pour apaiser l'angoisse que faisait monter en lui la présence des militaires. Pas un carnet dans la valise, pas un crayon qu'on lui aurait immédiatement confisqué. Non, mais des poèmes par centaines, dans la tête et dans le coeur, que rien ni personne ne parviendrait à lui enlever. Quelle chance, après tout, d'avoir choisi la poésie, et non la peinture ou le piano ! Dans les camps, dans les prisons où on les jette, le peintre privé de toiles et de pigments vit un enfer, le musicien sans piano se voit amputé de la meilleure part de lui-même, mais moi, poète sans stylo, ni papier, de quoi me prive-t-on que je ne puisse trouver en moi ? Les doigts coupés, la langue arrachée, je continuerais à sentir la vibration du poème. Elle est la corde tendue de mes nerfs. Ma résistance."

    Bruno Doucey a de multiples vies ; toutes le ramènent vers cette histoire qu'il a longtemps portée en lui. L'éditeur a publié six recueils de Ritsos, le poète se nourrit du lyrisme et de l'engagement de son ombre tutélaire, l'homme a trouvé une seconde patrie en Grèce, et l'humaniste abhorre la dictature. Quant au romancier, après avoir redonné vie à Neruda, Lorca, Max Jacob, Marianne Cohn, Victor Jara et Matoub Lounès, il se devait de faire entendre le chant et la révolte de ce frère d'âme.

  • Toute sa vie, Lounès Matoub a, à travers ses chansons, combattu l'intégrisme. Poète de la langue des Kabyles, le tamazight, il a refusé très jeune l'arabisation de sa région. Enlevé par des islamistes, puis relâché, il devient célèbre au début des années 1990, avant de se faire assassiner en 1998 par ceux qui ne supportaient pas sa liberté de penser.

  • En 1936, le poète et écrivain Federico Garcia Lorca est arrêté et fusillé par les milices franquistes. Ses derniers jours sont racontés ici par la voix d'un jeune phalangiste.

  • 1943 : Saint-Benoît-sur-Loire. Dans une chambre, un vieux poète juif attend qu'on vienne le chercher. Anticipant son arrestation, Max Jacob noircit les pages d'un petit carnet, racontant avec un humour féroce la folie qui s'est emparée du monde, son inquiétude pour sa soeur déjà déportée, ses angoisses, ses rêves et ses colères. Ce carnet ne le quitte pas en prison et l'accompagne jusqu'à ses dernières heures à Drancy. Il y consigne l'horreur mais aussi l'humanité des rencontres au camp. C'est en poète qu'il vit chaque instant et nous donne à voir un univers où la folie s'est emparée des hommes. Un univers où la poésie se transmet comme seule étincelle de vie contre la barbarie. Ce faux journal résonne avec une justesse bouleversante et nous tient en haleine de bout en bout.

  • « J'en pleure

    Les quatre points cardinaux
    ne lui suffisaient pas

    Il a fallu
    qu'il en trouve
    un cinquième

    et qu'il enferme
    cinq fois par jour
    tous les horizons de sa vie
    dans le corps d'une seule
    femme vêtue de noir »

    Quels points communs entre les habitants d'un village de Grèce, un lit d'hôpital où se meurt un ami et la femme d'une cité de banlieue dont le fils a choisi le Coran ? On ne les entend pas, on ne les voit pas. De la Crète à Créteil, de elle à il, le talent de Bruno Doucey est de savoir donner vie à ceux qui sont privés de parole. Sous sa plume, « les mots remontent du silence comme l'odeur de la terre sous une pluie d'été ». Ses poèmes sont autant de chroniques d'une crise violente d'où émergent des noms et des visages : ceux d'un peuple qui ne veut pas vivre à genoux, d'un homme qui combat le crabe entouré des siens, des migrants qui se massent aux portes de l'Europe, d'une mère alliée à d'autres mères. Avec S'il existe un pays (2013), il nous invitait à un voyage autour du monde ; avec Ceux qui se taisent, c'est le monde qui vient à nous. Le livre-témoin d'une époque.

    Pour Bruno Doucey, poète, éditeur de poètes, la poésie permet de faire entendre ce que les mots ne disent pas, de voir ce que les yeux ne regardent pas, de toucher ce que la main ignore. Avec son dernier recueil paru en 2013, S'il existe un pays (ed.Bruno Doucey), ce sourcier des images nous offrait en partage le fruit de ses voyages autour du monde ; avec Ceux qui se taisent, il donne la parole à ceux qui ne l'ont pas. Et ce sont les silences que sa poésie habite, en témoin engagé de son temps.

  • Un recueil qui associe lyrisme et résistance pour faire entendre le chant du monde.

  • Oratorio pour Federico Garcia Lorca... Ce long poème, initialement publié dans le recueil S'il existe un pays (Éditions Bruno Doucey, 2013), est dédié au poète espagnol mort en août 1936 sous la mitraille franquiste. Comme il le ferait dans un opéra en trois actes, le poète évoque successivement l'arrestation de Lorca, son exécution dans le barranco de Viznar, et la recherche des preuves qui paraissent aujourd'hui encore se dérober. Dans un entrelacs de mots et de notes, avec un sens inné du dialogue entre les arts, la poésie de Bruno Doucey se mêle à la musique du guitariste de flamenco Pedro Soler, pour ressusciter la figure inoubliable de Federico Garcia Lorca. Parce que le chant des hommes l'emporte sur la barbarie.

    Depuis qu'il a écrit ses premiers poèmes, Bruno Doucey est épris d'une ville espagnole, Grenade, et du chant de son poète assassiné par les nationalistes. Comme si le sang de Lorca coulait dans ses veines, le poète éditeur de poètes nous transmet sa passion brûlante d'émotion. Il l'a fait une première fois dans un roman, Federico Garcia Lorca, non au franquisme (Actes Sud Junior, 2010). Le voici aujourd'hui qui fait revivre le poète andalou avec le guitariste de flamenco Pedro Soler.

  • La plus grande fierté de sa vie. Le poète chilien Pablo Neruda, magistral écrivain, prix Nobel de littérature, condamné à l'exil politique, parlait ainsi du Winnipeg, ce bateau grâce auquel il accomplit le sauvetage de milliers de réfugiés espagnols en 1939. Une aventure étonnante et méconnue qui résonne de manière brûlante avec notre actualité.

  • Juin 1873. Gustave Courbet s'apprête à prendre le chemin de l'exil vers la Suisse et rumine sa rage. Cet artiste peintre réputé est un colosse qui ne plie jamais l'échine. Un insoumis qui porte haut et fort depuis toujours une vision de la peinture progressiste et naturaliste, loin des codes imposés et des carcans académiques. Mais son engagement politique aux côtés des Communards lui coûte cher : le voici obligé de fuir pour échapper à la prison et à la ruine. Au cours de ce dernier voyage, il revisite sa vie, revoit ses actes qui ont scandalisé les bourgeois et revendique son anticonformisme d'avant-garde. Un roman écrit à plusieurs mains.
     

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